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Coups de cœur
Le désir
Avide je bois ton parfum et je prends ton visage
entre mes mains comme on serre
en son âme un miracle.
Si proche l’un de l’autre, tes yeux dans mes yeux, que c’en est brûlure.
Et pourtant tu murmures à mon oreille que je te manque.
Mystérieuse et hantée de désir tu m’appelles comme si je vivais
exilé sur une autre planète.
Femme,
quelle mer portes-tu dans le cœur et qui es-tu ?
Ô, que s’élève encore une fois le chant de ton désir,
j’écouterai ta voix
et chaque instant sera comme un bourgeon gonflé
où fleurit en vérité – l’éternité.
Lucian Blaga
I'm your man
If you want a lover I'll do anything you ask me to And if you want another kind of love I'll wear a mask for you If you want a partner Take my hand Or if you want to strike me down in anger Here I stand I'm your man If you want a boxer I will step into the ring for you And if you want a doctor I'll examine every inch of you If you want a driver Climb inside Or if you want to take me for a ride You know you can I'm your man
Ah, the moon's too bright The chain's too tight The beast won't go to sleep I've been running through these promises to you That I made and I could not keep Ah but a man never got a woman back Not by begging on his knees Or I'd crawl to you baby And I'd fall at your feet And I'd howl at your beauty Like a dog in heat And I'd claw at your heart And I'd tear at your sheet I'd say please, please I'm your man
And if you've got to sleep A moment on the road I will steer for you And if you want to work the street alone I'll disappear for you If you want a father for your child Or only want to walk with me a while Across the sand I'm your man
If you want a lover I'll do anything you ask me to And if you want another kind of love I'll wear a mask for you
Leonard Cohen
Nuit sur le lac
Dans l'anse tiède
Dans l’anse tiède d’un nid de bras et de feuillages
Tu buvais la rosée au ventre d’une femme
Elle avait nom de forêt et quand traversaient
Les chevreuils on oubliait la course du monde
Mais tu le sais bien ce temps-là n’est plus jamais
Entre les pages du livre des jours on glissait
Chants de merles bleus et leurs ailes plumes de pluie
Des murmures mêlés de caresses odorantes
Eclats de vent et bruits de bêtes apeurées
Mais tu le sais bien ce temps-là n’est plus jamais
Et c’était pourtant l’heure de lui tenir la main
A celui qui s’éloignait dans l’ombre sans voix
La porte des adieux n’était pas encore scellée
Sur le seuil comme un écho le bruit de ses pas
Mais tu le sais bien ce temps-là n’est plus jamais
Percevrons-nous quelquefois une rumeur lointaine
Ou comme un tremblement au long du peuplier
Dans son ombrage nous nous serons étendus nous
Tendrons l’oreille et même les pierres feront silence
Antoine Maine
Soif d'un baiser
Comme une ville qui s'allume
Et que le vent vient embraser,
Tout mon coeur brûle et se consume,
J'ai soif, oh ! j'ai soif d'un baiser.
Baiser de la bouche et des lèvres
Où notre amour vient se poser,
Pleins de délices et de fièvres,
Ah ! j'ai soif d'un baiser !
Baiser multiplié que l'homme
Ne pourra jamais épuiser,
O toi, que tout mon être nomme,
J'ai soif, oui d'un baiser.
Fruit doux où la lèvre s'amuse,
Beau fruit qui rit de s'écraser,
Qu'il se donne ou qu'il se refuse,
Je veux vivre pour ce baiser.
Baiser d'amour qui règne et sonne
Au coeur battant à se briser,
Qu'il se refuse ou qu'il donne
Je veux mourir de ce baiser.
Valentines
Germain Nouveau
Pourquoi écrire un poème au cœur de la catastrophe ?
"Pourquoi écrire un poème au cœur de la catastrophe ? Pourquoi choisir cette forme au bord d’un ravin, ou à l’entrée d’une chambre à gaz, comme cette jeune Tchèque citée par Kulka, ou encore au fond d’un ghetto, la veille de l’anéantissement, comme Wladyslaw Szlengel à Varsovie ?
Pourquoi la poésie ? Que nous dit-elle ? « L’espace de la poésie, répondent les auteures, permet de dépasser le problème de l’irreprésentable, la violence radicale peut être montrée à l’aide de la réalité symbolique, des métaphores ou des allégories, des ressources multiples des images poétiques qui proposent aux lecteurs des évocations puissantes. »
Elles ont raison. Pourtant, au-delà du langage poétique, il nous faudrait aussi réviser nos questionnements, ne plus parler de poésie « après » mais « avec » la Shoah, et se demander à quoi répond l’état poétique en ces moments. Face à la mort. N’y a-t-il pas là un comportement de la victime qui dépasse le témoignage ? "
Jean-Yves Potel
Suite Bergamasque : Clair de lune
la non demande en mariage
Ma mie, de grâce, ne mettons
Pas sous la gorge à Cupidon
Sa propre flèche
Tant d'amoureux l'ont essayé
Qui, de leur bonheur, ont payé
Ce sacrilège...
J'ai l'honneur de
Ne pas te demander ta main
Ne gravons pas
Nos noms au bas
D'un parchemin
Laissons le champs libre à l'oiseau
Nous seront tous les deux prisonniers sur parole
Au diable les maîtresses queux
Qui attachent les cœurs aux queues
Des casseroles!
J'ai l'honneur de
Ne pas te demander ta main
Ne gravons pas
Nos noms au bas
D'un parchemin
Vénus se fait vielle souvent
Elle perd son latin devant
La lèchefrite
A aucun prix, moi je ne veux
Effeuiller dans le pot-au-feu
La marguerite
J'ai l'honneur de
Ne pas te demander ta main
Ne gravons pas
Nos noms au bas
D'un parchemin
On leur ôte bien des attraits
En dévoilant trop les secrets
De Mélusine
L'encre des billets doux pâlit
Vite entre les feuillets des livres de cuisine.
J'ai l'honneur de
Ne pas te demander ta main
Ne gravons pas
Nos noms au bas
D'un parchemin
Il peut sembler de tout repos
De mettre à l'ombre, au fond d'un pot
De confiture
La jolie pomme défendue
Mais elle est cuite, elle a perdu
Son goût "nature"
J'ai l'honneur de
Ne pas te demander ta main
Ne gravons pas
Nos noms au bas
D'un parchemin
De servante n'ai pas besoin
Et du ménage et de ses soins
Je te dispense
Qu'en éternelle fiancée
A la dame de mes pensées
Toujours je pense
Georges Brassens
Les femmes
"Or, sont ainsi les femmes diffamées
Par moultes gens et à grand tort blâmées
Tant par bouche que par plusieurs écrits:
Oui, qu'il soit vrai ou non, tel est le cri !
Mais moi, tout le grand mal qu'on en a dit
Ne trouve en aucun livre, ni récit ...
Par ces preuves justes et véritables,
je conclus que tout homme raisonnable
Doit les femmes priser, chérir, aimer;
Qu'il ait souci de ne jamais blâmer
Celle de qui tout homme est descendu.
Ne lui soit le mal pour le bien rendu
... C'est sa mère, c'est sa sœur, c'est sa mie,
Ne sied pas qu'il la traite en ennemie..."
Christine de Pisan
