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Coups de cœur
L'étoile qui file
Petite étoile, au sein des vastes cieux,
Toi que suivaient et mon cœur et mes yeux,
Toi dont j'aimais la lumière timide,
Où t'en vas-tu dans ta course rapide ?
Ah ! j'espérais que, dans ce ciel d'azur,
Du moins pour toi le repos était sûr.
Pourquoi t'enfuir, mon étoile chérie ?
Pourquoi quitter le ciel de ma patrie ?
Mon cœur connut le bonheur et l'amour :
Amour, bonheur, tout n'a duré qu'un jour.
Près d'un ami, je cherchai l'espérance...
Et mon ami m'oublia dans l'absence !
Le cœur brisé, j'aimais encor les fleurs,
Quand je les vis se faner sous mes pleurs ;
Au ciel alors, pour n'être plus trahie,
J'avais aimé.... l'étoile qui m'oublie !
Adieux à toi, belle étoile du soir !
Adieux à toi, toi, mon dernier espoir !...
Errante au ciel comme moi sur la terre,
En d'autres lieux va briller ta lumière.
Rien n'est constant pour moi que la douleur,
Rien ici-bas n'a voulu de mon cœur ;
Autour de moi, tout est sombre et se voile,
Et tout me fuit... même au ciel, une étoile !
Sophie d'Arbouville.
La poésie est une langue à part
La poésie est une langue à part et ne peut se traduire en aucune autre langue,
pas même en celle où elle semble avoir été écrite.
Jean Cocteau
Dopo tanti perigli...Non potrà dirmi ingrata
G.F. Haendel: Orlando, "Dopo tanti perigli...Non potrà dirmi ingrata", Arleen Auger, soprano, The Academy of Ancient Music, Christopher Hogwood
Résipiscence
Celle qui m’apparaît, quand j’ai clos mes yeux las,
Tricote un bas de laine. Elle a des bandeaux plats,
Elle a passé la fleur de ses jeunes années
Dans des salons proprets, aux couleurs surannées,
Et rêve d’épouser un substitut grivois.
Elle chante, avec un petit filet de voix :
« Le départ d’Alcindor, les pleurs de son amante. »
Son corsage montant et sa petite mante,
Cachent probablement un corps grêle et fiévreux :
Il n’est pas étonnant que j’en sois amoureux.
Charles CROS
La poésie
La poésie, c’est la « capacité de faire parler la langue comme personne pour tout le monde »
Alain Borer
Ecume de chair
sous le bleu émaillé
d'un ciel en écaille
elle s'étale au cour
des bruyères
un mystère
dans les profondeurs
tressaille
le feu exalte l'eau
et la chair évaporée
s'abandonne
à la quintessence
des voluptés
corps instrument
doigts mélomanes
prélude à la fièvre
quand la musique
se fait pressante
petits boutons de rose
rougissant
frissons à fleur de cuisses
douces vagues entêtantes
jaillir et jouir
au cœur des bruyères
une femme
vient de naître
Cathy Garcia
Leopoldo Pomés
La nuit t'ouvre une femme
La nuit t'ouvre une femme : son corps, ses havres, son rivage; et sa nuit antérieure où gît toute mémoire. L'amour en fasse son repaire !
Ta langue est dans ma bouche comme sauvagerie de mer, le goût de cuivre est dans ma bouche. Et notre nourriture dans la nuit n'est point nourriture de ténèbres, ni notre breuvage, dans la nuit, n'est boisson de citerne.
Tu resserreras l'étreinte de tes mains à mes poignets d'amante, et mes poignets seront, entre tes mains, comme poignets d'athlète sous leur bande de cuir. Tu porteras mes bras noués au-delà de mon front; et nous joindrons aussi nos fronts, comme pour l'accomplissement ensemble de grandes choses sur l'arène, de grandes choses en vue de mer, et je serai moi-même ta foule sur l'arène, parmi la faune de tes dieux.
Saint-John Perse (1887-1975)
Amers III
Si tu me parles, quelque soir
Si tu me parles, quelque soir,
Du secret de mon cœur malade,
Je te dirai, pour t’émouvoir,
Une très ancienne ballade.
Si tu me parles de tourment,
D’espérance désabusée,
J’irai te cueillir, seulement,
Des roses pleines de rosée.
Si, pareille à la fleur des morts
Qui se plaît dans l’exil des tombes,
Tu veux partager mes remords…
Je t’apporterai des colombes.
Villiers de L’Isle-Adam

