Les poètes sont
Les poètes sont des monstres d’aimer la vie qui les brise.
Même leurs malédictions sont plus belles que nos sourires.
Christian Bobin à propos d’Anna Akhmatova.
Coups de cœur
Les poètes sont des monstres d’aimer la vie qui les brise.
Même leurs malédictions sont plus belles que nos sourires.
Christian Bobin à propos d’Anna Akhmatova.
Le ciel délire dans ses prunelles
L'air sur ses lèvres dit l'infini du temps
Le manque a posé ses mains sur ma bouche
Je crie comme un sourd
car sa beauté m'émeut
et me touche
Jour du jour
Mes pieds au bord de l'abîme
entre le dit et le tu
Nus contre l'oubli
Fabio Scotto
N’écris pas. Je suis triste, et je voudrais m’éteindre.
Les beaux étés sans toi, c’est la nuit sans flambeau.
J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre,
Et frapper à mon coeur, c’est frapper au tombeau.
N’écris pas !
N’écris pas. N’apprenons qu’à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu’à Dieu… qu’à toi, si je t’aimais !
Au fond de ton absence écouter que tu m’aimes,
C’est entendre le ciel sans y monter jamais.
N’écris pas !
N’écris pas. Je te crains ; j’ai peur de ma mémoire ;
Elle a gardé ta voix qui m’appelle souvent.
Ne montre pas l’eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N’écris pas !
N’écris pas ces doux mots que je n’ose plus lire :
Il semble que ta voix les répand sur mon coeur ;
Que je les vois brûler à travers ton sourire ;
Il semble qu’un baiser les empreint sur mon coeur.
N’écris pas !
Marceline Desbordes-Valmore
Ma belle Gala, mon trésor merveilleux de chair et d’esprit, je mène une assez triste vie sans toi. Mes seuls délices sont de regarder sans cesse tes photos nues, où tes seins si doux à manger, où ton ventre se respire et je te le lèche et le mange, ton sexe est tout ouvert sur mon visage entier, puis mon sexe y pénètre tout entier et je tiens tes fesses qui bougent merveilleusement, comme le printemps. Tu as les plus beaux yeux du monde, je t’aime, tu prends mon sexe avec la main, tu as les jambes écartées, ton corps se creuse doucement, tu me branles furieusement, j’écrase tes seins, tes cheveux, et soudain tu as la main pleine de sperme et tu es forte et sûre de mon pouvoir sur toi, de ton pouvoir sur moi, sur Tout. […]
Je veux que tu sois heureuse, à tout prix, je veux que tu aies la sensation de rayonner, de jouir de tout. Je t’adore. Je t’embrasse partout.
Paul Eluard à Gala - avril 1930
Je te donne une bouche propre
parfumée de musc
et de secrets
je te donne une bouche qui mange
qui mâche
qui boit
qui avale
je te donne une bouche qui raconte des histoires
qui clame des poèmes
qui sourit des métaphores
et pleure de douleur
une bouche qui désire
qui embrasse
et jouit
Je te donne une oreille
qui perçoit les voix secrètes
qui ouvre ses portes au tumulte de la vie
qui croit les promesses
et danse sur chaque rythme
une oreille qui pleure
et sourit
une oreille qui désire
qui embrasse
et jouit
Je te donne deux seins
emplis de désir
emplis de tendresse
emplis de crainte
et de lait
deux seins emplis
d'un liquide débordant
de vie
je te donne un ventre doux
qui souffre
conçoit
enfante
un ventre qui désire
embrasse
et jouit
Je te donne un corps fait de baisers
sculpté de caresses
hâlé de soleil
qui désire
qui embrasse
et jouit
je te donne deux bras
je te donne des mains
des doigts
je te donne deux jambes
je te donne un nid
je te donne un dos
je te donne
je te donne
une âme
Maram al-Masri
Pour veiner de son front la pâleur délicate,
Le Japon a donné son plus limpide azur ;
La blanche porcelaine est d'un blanc bien moins pur
Que son col transparent et ses tempes d'agate ;
Dans sa prunelle humide un doux rayon éclate ;
Le chant du rossignol près de sa voix est dur,
Et, quand elle se lève à notre ciel obscur,
On dirait de la lune en sa robe d'ouate ;
Ses yeux d'argent bruni roulent moelleusement ;
Le caprice a taillé son petit nez charmant ;
Sa bouche a des rougeurs de pêche et de framboise ;
Ses mouvements sont pleins d'une grâce chinoise,
Et près d'elle on respire autour de sa beauté
Quelque chose de doux comme l'odeur du thé.
Théophile Gautier.
Les actions du poète ne sont que la conséquence des énigmes de la poésie.
René Char