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A la Femme aimée

25 Décembre 2024, 01:57am

Publié par vertuchou

Lorsque tu vins, à pas réfléchis, dans la brume,
Le ciel mêlait aux ors le cristal et l’airain.
Ton corps se devinait, ondoiement incertain,
Plus souple que la vague et plus frais que l’écume.
Le soir d’été semblait un rêve oriental
De rose et de santal.

Je tremblais. De longs lys religieux et blêmes
Se mouraient dans tes mains, comme des cierges froids.
Leurs parfums expirants s’échappaient de tes doigts
En le souffle pâmé des angoisses suprêmes.
De tes clairs vêtements s’exhalaient tour à tour
L’agonie et l’amour.

Je sentis frissonner sur mes lèvres muettes
La douceur et l’effroi de ton premier baiser.
Sous tes pas, j’entendis les lyres se briser
En criant vers le ciel l’ennui fier des poètes
Parmi des flots de sons languissamment décrus,
Blonde, tu m’apparus.

Et l’esprit assoiffé d’éternel, d’impossible,
D’infini, je voulus moduler largement
Un hymne de magie et d’émerveillement.
Mais la strophe monta bégayante et pénible,
Reflet naïf, écho puéril, vol heurté,
Vers ta Divinité.

Renée Vivien

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La Poésie ne rythmera plus

24 Décembre 2024, 01:15am

Publié par vertuchou

La Poésie ne rythmera plus l'action. Elle sera en avant.

Arthur Rimbaud

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La nudité de la vie

23 Décembre 2024, 01:08am

Publié par vertuchou

À cause d’un pays de pierre et de vent dur
D’un pays de lumière parfaite et claire
Du noir de la terre et du blanc du mur
À cause des visages de silence et de patience
Que la misère a longuement dessinés
Au ras des os avec toute la précision
D’un rapport interminable irrécusable
À cause de la limpidité des mots
Si aimés toujours dits avec passion
À cause de la couleur et du poids des mots
Du silence pur et concret des mots
Par où se dressent les choses nommées
À cause de la nudité des mots éblouis

Sophia de Mello Breyner Andresen

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The Boogie Woogie Twins

22 Décembre 2024, 01:12am

Publié par vertuchou

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Refrains mélancoliques

21 Décembre 2024, 01:50am

Publié par vertuchou

I

O l'ineffable horreur des étés somnolents
Où les lilas au long des jardins s'alanguissent
Et les zéphyrs, soupirs de sistres indolents,
Sur les fleurs de rubis et d'émeraude glissent !

Car les vieilles amours s'éveillent sous les fleurs,
Et les vieux souvenirs, sous le vent qui circule,
Soulèvent leurs soupirs, échos vagues des pleurs
De la mer qui murmure en le lent crépuscule.

II

O l'indicible effroi des somnolents hivers
Où les neiges aux cieux s'en vont comme des rêves
Et les houles roulant dans les brouillards amers
Ululent en mourant, le soir, au long des grèves.

Car les vieilles amours s'engouffrent sous leurs flots
Et les vieux souvenirs râlant sous la rafale
Dans la nuit qui s'emplit de sonores sanglots
Se laissent étrangler par la Mort triomphale.

III

J'ai demandé la mort aux étés somnolents
Où les lilas au long des jardins s'alanguissent
Et les zéphyrs, soupirs de sistres indolents,
Sur les fleurs de rubis et d'émeraude glissent.

Mais oh ! les revoici, les mêmes avenirs !
Les étés ont relui sur la terre ravie,
Et les vieilles amours et les vieux souvenirs
De nouveau, pleins d'horreur, sont venus à la vie.

IV

J'ai demandé la vie aux somnolents hivers
Où les neiges aux cieux s'en vont comme des rêves
Et les houles roulant dans les brouillards amers
Ululent en mourant, le soir, au long des grèves !

Mais j'ai vu revenir les mêmes avenirs.
Les hivers ont neigé sur le sein de la terre,
Et les vieilles amours et les vieux souvenirs
De nouveau, fous d'effroi, sont morts dans le mystère.

V

Toujours vivre et mourir, revivre et remourir.
N'est-il pas de Néant très pur qui nous délivre !
Mourir et vivre, ô Temps, remourir et revivre :
Jusqu'aux soleils éteints nous faudra-t-il souffrir !


Stuart Merrill

 

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Je ne sais pas comment

20 Décembre 2024, 01:08am

Publié par vertuchou

Je ne sais pas comment on peut passer de l’amour fou à plus rien. Je sais pas comment on peut dire : je veux passer ma vie avec toi, et tout arrêter brusquement. C’est comme quand quelqu’un que tu aimes meurt : on te certifie qu’il est mort mort mort mais tu ne peux pas t’y résoudre. Tu dis : non. Et la mort dit : si, bien sûr que si. Et tu meurs, toi aussi, jour après jour, sans mourir vraiment. C’est comme une maladie qui te cloue et tu ne sais pas si ça va finir. Tu guettes mais la fièvre ne se calme pas. Tu te dis qu’une fois bien au fond, noyée, tu vas retrouver l’instinct de survie pour remonter à la surface, mais non : tu croupis, les poumons gonflés d’eau, tu étouffes, et tu n’en meurs même pas… T’es juste à l’agonie. Une agonie qui est devenue ton état permanent.

Arnaud Cathrine, Romance.

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La vie n’est pas une plaisanterie

19 Décembre 2024, 01:06am

Publié par vertuchou

La vie n’est pas une plaisanterie,
Tu la prendras au sérieux,
comme le fait un écureuil, par exemple,
Sans rien attendre hors de la vie ni au-delà de la vie,
C’est-à-dire : vivre sera tout ton souci.
La vie n’est pas une plaisanterie,
Tu la prendras au sérieux,
Mais au sérieux à tel point,
Que les mains liées, par exemple, dos au mur,
Ou dans un laboratoire
en blouse blanche, avec d’énormes lunettes,
Tu mourras pour que vivent les hommes,
Les hommes dont tu n’auras même pas vu le visage.
Et tu mourras tout en sachant
Que rien n’est plus beau, que rien n’est plus vrai
que la vie.
Tu la prendras au sérieux,
Mais au sérieux à tel point
Qu’à soixante-dix ans, par exemple, tu planteras des oliviers
Non pour qu’en héritent tes enfants, non,
Mais parce que tu ne croiras pas à la mort
Tout en la redoutant,
mais parce que la vie pèsera plus lourd dans la balance.

Nazim Hikmet

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Composition

18 Décembre 2024, 00:51am

Publié par vertuchou

Einar Lynge-Ahlberg, Composition, Aquarelle sur papier, 35 x 26 cm.

Einar Lynge-Ahlberg, Composition, Aquarelle sur papier, 35 x 26 cm.

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Ainsi tu vieilliras

17 Décembre 2024, 01:46am

Publié par vertuchou

Ainsi tu vieilliras loin de moi, et des peines
Que je ne saurai pas te viendront à pas lents,
Je ne scruterai pas les ombres de tes veines,
Je ne compterai pas tes premiers cheveux blancs.

Au foyer inconnu dans un fauteuil antique,
Près d’un jeune miroir tu t’assiéras, songeant,
Et parmi la douceur des ombres domestiques,
Tu seras grave et douce avec des mains d’argent.

Peut-être avec regret en te voyant moins belle,
Te rappelleras-tu ta grâce et ton éclat ?
Pour t’expliquer l’attrait de ta beauté nouvelle
Et pour te consoler je ne serai pas là.

Je ne connaîtrai pas les meubles et les choses,
Quels livres préférés seront alors les tiens.
Tu chanteras des vers, tu toucheras des roses,
Et des vers et des fleurs, moi je ne saurai rien.

Je ne percerai pas le mystère des chambres
Où tu vivras. L’oubli gardera ta maison.
Et quand l’âge à la fin te glacera les membres,
Un autre pour la mort sera ton compagnon…

Maurice Magre

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Nous cheminons

16 Décembre 2024, 01:14am

Publié par vertuchou

Nous cheminons vers le sens dans la mesure

où nous habitons en poète sur la terre.

Friedrich Hölderlin

 

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