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Coups de cœur
Les papillons
Quelques feuilles, guirlande verte,
Environnent de leur émail
Cette jeune rose entrouverte,
Petite coupe de corail.
Ses pétales aux teintes blondes,
Dont la nacre rose pâlit,
Se frisent et semblent les ondes
Du frais parfum qui la remplit.
Vois-tu, soulevant de son aile
Un nuage de tourbillons,
Voler et tourner autour d'elle
L'essaim naïf des papillons.
Ainsi, pour savourer l'ivresse
Du baume de la volupté,
Mes désirs voltigent sans cesse
- Sans cesse, autour de ta Beauté.
Louis-Xavier de Ricard
Ô toi, si riche,
Ô toi, si riche, tu donnes des rêves à mes nuits, des chansons à mes matins, des buts à mes jours et des désirs solaires à mes rouges crépuscules. Tu donnes sans fin. Et je m’agenouille et tends les bras pour recevoir ta grâce. Ô toi, si riche ! Je suis tout ce que tu veux. Et je serai esclave ou roi selon que tu t’irrites ou tu souris. Mais ce qui me fait exister — c’est toi.
Cela, je le dirai souvent, très souvent. Mon aveu mûrira, toujours plus sobre et plus simple. Et le jour où je le dirai très simplement, tu le comprendras simplement, et alors notre été sera là. Et il s’étendra au-delà des jours de ton
René
Aujourd’hui, tu viens ?
Lettre de R. M. Rilke à Lou Andreas-Salomé datée de 1897
Sur les collines de l’Ardèche
Sur les collines de l’Ardèche,
L’aube, demi-nue, a frémi...
Je me souviens d’une aube fraîche
Sur Paris à peine endormi.
Nous allions, nombreux, dans cette aube ;
Tour à tour, l’un de nous parlait.
Je me souviens de votre robe,
Quand votre hanche me frôlait.
Je me souviens de votre chambre
Aux rideaux baissés que le jour
Traversait de poussières d’ambre ;
J’entends les oiseaux dans la cour.
Ah ! je me souviens des caresses
De vos bras souples et musclés ;
De votre front parmi les tresses
De vos beaux cheveux écroulés.
Je me souviens de l’aube fraîche...
Mais à quoi bon ? puisque, devant
Les monts paisibles de l’Ardèche,
Je suis seul, au soleil levant !
Jean-Marc Bernard
Le baiser
Sonnet 116
Je ne veux à l'union de deux âmes sincères
Admettre empêchement. L'amour n'est point l'amour
S'il change en trouvant ailleurs le changement,
Ou s'éloigne en trouvant en l'autre l'éloignement.
Oh non ! il est un phare au regard immuable
Fixé sur la tempête et jamais ébranlé !
Pour tout navire errant il est l'astre qui guide,
Dont on prend la hauteur, mais ne sait l'influence.
L'amour n'est point le jouet du Temps, dont la faucille
Emporte en son croissant les joues et lèvres roses ;
Il n'est pas altéré par les jours, les semaines,
Mais endure et survit jusqu'à la fin des temps.
Si ceci est une erreur, contre moi démontrée,
Nul n'a jamais aimé et je n'ai rien écrit.
William Shakespeare
Juge : Quelle votre profession ?
Juge : Quelle votre profession ?
Brodsky : je suis un poète.
Juge : Mais qui vous reconnaît comme poète, qui vous a enrôlé dans les rangs des poètes ?
Brodsky : Personne. Et qui m’a enrôlé dans les rangs de l'humanité ?
Juge : Avez-vous étudié pour être poète ?
Brodsky : Cela ne s'apprend dans aucune école. Cela est, cela vient de Dieu.
Joseph Brodsky
Où veux-tu
Où veux-tu que je dépose mes caresses
lorsque la lune est rouge
lorsque mon cri échevelé vient te dire que l'amour fermente sous le lichen
lorsque tu danses près d'un gouffre de lumière
lorsque tu marches sur des plages garnies d'apothéoses et de galets hors saison
lorsque la mer me confie son silence me propose ses regrets comme la terre ses alarmes
lorsque tu ruisselles sous l'écorce de tes nuits inventées
lorsque je traverse le pont de tes rires téméraires
lorsque enfin nos mains fleurissent sous un grand pin argenté
Huguette Bertrand
Photographie aérienne
Le chat
Au sentiment, à la tendresse
Le chien joint la fidélité.
Le chat plaît par sa gentillesse.
Les grâces et l'agilité ;
En ses yeux brille un caractère
Tout à la fois plaisant et fin:
Dans l'art d'amuser le parterre
Il fut le maître de Carlin.
Contre des animaux paisibles
Le chien en plaine prend l'essor.
Contre des animaux nuisibles
Le chat nous sert bien mieux encor.
Quel prix n'auraient point ses services
Si, de ces êtres pleins d'appas,
Adorés, malgré leurs caprices,
Il pouvait prendre tous les rats.
Mais chat joli, femme jolie,
Toujours entre eux vivront en paix ;
Ruse, détour, plaisir, folie,
Pour tous deux ont mêmes attraits.
Voyez-vous comment la coquette
En use avec ses favoris ?
Elle les joue, elle les traite
Comme le chat fait la souris.
Le chat est friand ; et les belles
Partagent ce charmant défaut:
Il est amoureux; et près d'elles
L'est-on jamais plus qu'il ne faut?
D'amour le chat est leur modèle ;
Aussi, quand l'amant délicat
En obtient le prix de son zèle,
C'est toujours :
Mon cœur ou mon chat.
Ce mot-là, dis-le-moi sans cesse,
Eglé ! mais ne le dis qu'à moi.
Qu'il rend bien cette douce ivresse
Que je ne sens qu'auprès de toi !
De Minette offre-moi les charmes ;
Mais point de ses malins retours :
Pour mes rivaux garde ses armes ;
Fais pour moi patte de velours.
Louis Philipon De La Madelaine (1734-1818)

