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Nudes in Mirror

5 Mai 2018, 01:50am

Publié par vertuchou

Roy Lichtenstein, Nudes in Mirror, 1994, huile et magna sur toile, 254 x 213.4 cm.

Roy Lichtenstein, Nudes in Mirror, 1994, huile et magna sur toile, 254 x 213.4 cm.

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Je cherche les endroits

4 Mai 2018, 01:40am

Publié par vertuchou

    Je cherche les endroits où ta robe est allée,
    Où flotte un souvenir de ta jupe envolée,
    Où je retrouve encor dans l’air je ne sais quoi
    Qui me fait palpiter le cœur, et qui fut toi.
   

    Là, les yeux au plafond, pendant que mon cigare
    Exhale un lent nuage azuré qui s’égare
    Comme dans un brouillard matinal, je revois
    Ton sourire, ton beau sourire d’autrefois.
   

    Le passé me remonte à l’âme… et comme un pâtre
    Qui rêve solitaire au fond du soir bleuâtre
    Je regarde immobile en mon recueillement,
    Je regarde là-bas sur mon cœur doucement,
    Plus suave, on dirait, dans les ombres accrues,
    Tourner le chœur léger des choses disparues.
   

    Ton souvenir est comme un coffret de reliques
    Où dorment des joyaux d’amour mélancoliques
    Et que j’ouvre à genoux pour voir comme un trésor
    Tout mon passé dans l’ombre étinceler encor !
   

    Comme un écho profond l’amour en moi persiste.
    Le reproche est bavard ; la rancune égoïste.
    Je ne te dirai rien, sinon que je suis triste…
   

    Telle une fleur qu’on coupe et qui douce à souffrir
    Ne sait rien qu’exhaler ses parfums et mourir.


    Albert Samain

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Un homme et une femme devisent

3 Mai 2018, 02:18am

Publié par vertuchou

Un homme et une femme devisent. Derrière leurs propos anodins ce sont peut-être des mots de désir et d’amour qui passent. Ils le devinent, mais tremblent encore de se l’avouer. Pour exprimer la délicatesse des émotions qui le traversent, lui, le jeune homme commence à réciter quatre vers d’un poème. Je crois me rappeler qu’il s’agit du Pont Mirabeau… Mais peu importe ! Il s’arrête. Elle, la jeune femme, poursuit en récitant les quatre vers suivants.

    Silence.

Très proches, accoudés tous deux sur le bord d’une cheminée, les yeux dans les yeux, aussi spontanément que doucement, ils prononcent en duo les quatre derniers vers du poème.

    Silence.

Bouleversé, il murmure dans le souffle d’une caresse : « Nous avons été Un pendant un instant ». Elle répond brisant le sortilège : « Non, nous avons été seuls ensemble, ce n’est pas la même chose ».

Françoise Bétourné, L’amour est toujours réciproque dans la sphère d’aimance

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La demeure de Reverdy

2 Mai 2018, 02:28am

Publié par vertuchou

Je suis entré dans la demeure de Reverdy
sans connaître le poète,
sans connaître l’architecte,
sans connaître le maçon;
mais j’ai découvert la maison
sur ma route,
après un carrefour, dans un chemin de crête
à peine plus large que ses marches.
Elle m’a parue, de l’intérieur, toute petite
comme les paroles auxquelles on est habitué :
une maison pour le geste et le sommeil d’un homme;
mais elle étonne, comme la mémoire du monde,
avec ses miroirs encastrés
et le silence entre ses portes,
avec ses pierres des différents âges de la pensée
puis son étoile percée, le soir.

Août 1960

Edmond Jabès

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Jeune femme souriant

1 Mai 2018, 02:05am

Publié par vertuchou

Carlos Relvas (1838 - 1894), jeune femme souriant, 1880

Carlos Relvas (1838 - 1894), jeune femme souriant, 1880

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Qui dira ma robe fourrée

30 Avril 2018, 02:09am

Publié par vertuchou

Qui dira ma robe fourrée
De la belle pluie dorée
Qui Daphnés enclose ébranla :
Je ne sais rien moins, que cela.

Qui dira qu'à plusieurs je tends
Pour en avoir mon passetemps,
Prenant mon plaisir çà, et là :
Je ne sais rien moins, que cela.

Qui dira que t'ai révélé
Le feu long temps en moi celé
Pour en toi voir si force il a :
Je ne sais rien moins, que cela.

Qui dira que, d'ardeur commune
Qui les jeunes gens importune,
De toi je veux... et puis holà !
Je ne sais rien moins, que cela.

Mais qui dira que la Vertu,
Dont tu es richement vêtu,
En ton amour m'étincela :
Je ne sais rien mieux, que cela.

Mais qui dira que d'amour sainte
Chastement au coeur suis atteinte,
Qui mon honneur onc ne foula :
Je ne sais rien mieux, que cela.

Pernette du Guillet

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Qu’est-ce qu’un poème dans la marche du monde ?

29 Avril 2018, 02:29am

Publié par vertuchou

Qu’est-ce qu’un poème dans la marche du monde ? Peut- on encore écrire des
poèmes après les horreurs des camps d’extermination et les génocides ? Interrogations
légitimes. Chaque homme qui naît recommence l’histoire et la poésie,
comme toute forme de l’art, accompagne, éclaire, soutient son existence tout en
creusant le mystère de l’être au monde.  [...]  Cultiver la gratuité, la beauté avec                        ce matériau qui appartient  à tous : les mots de la langue. Faire sien le quotidien et le transfigurer.

Je crois aux mots d’enfance et de l’imaginaire qui permettent de tendre une main.
Écrire, lire la poésie accroît la liberté et donc la joie.
La poésie est tout sauf un luxe. En parler sans jargon, avec des mots simples,
afin de la rendre au grand public. Substantielle, elle aide à vivre et celui qui l’écrit
et ceux qui la lisent.

Janvier 2011

Colette Nys-Mazur

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Transes

28 Avril 2018, 02:35am

Publié par vertuchou

Quand tes cils battent des ailes, je quitte un peu la terre
Entre tes bras, je trouve la forêt nocturne où méditent les orpailleurs.
Tes mains viennent du monde des félins timides et des carrières lunaires.
Abolissant l’hiver, ton regard est la noisette que je croque sur le rivage.
Et nous voguons sur la nuit démontée, comme vers une île ultime.
Et nous marchons dans le silence, comme sur un nuage métaphysique.

Marie-Anne Bruch
 

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Young Russian Jewess

27 Avril 2018, 02:51am

Publié par vertuchou

Lewis Hine, Young Russian Jewess, Ellis Island, 1905

Lewis Hine, Young Russian Jewess, Ellis Island, 1905

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Mon Dieu, que j'aime à baiser les beaux yeux

26 Avril 2018, 02:38am

Publié par vertuchou

Mon Dieu, que j'aime à baiser les beaux yeux
De ma maîtresse, et à tordre en ma bouche
De ses cheveux l'or fin qui s'escarmouche
Si gaiement dessus deux petits cieux !

C'est à mon gré le meilleur de son mieux
Que ce bel oeil, qui jusqu'au coeur me touche,
Dont le beau noeud d'un Scythe plus farouche
Rendrait le coeur courtois et gracieux.

Son beau poil d'or, et ses sourcils encore
De leurs beautés font vergogner l'Aurore,
Quand au matin elle embellit le jour.

Dedans son oeil une vertu demeure,
Qui va jurant par les flèches d'Amour
De me guérir ; mais je ne m'en assure.

Pierre de Ronsard

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