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Coups de cœur
Ta vie est ta vie
Ta vie est ta vie
Ne te laisse pas abattre par une soumission moite
Sois à l’affût
Il y a des issues
Il y a de la lumière quelque part
Il y en a peut-être peu
Mais elle bat les ténèbres
Sois à l’affût
Les dieux t’offriront des chances
Reconnais-les
Saisis-les
Tu ne peux battre la mort
Mais tu peux l’abattre dans la vie
Et le plus souvent tu sauras le faire
Le plus il y aura de lumière.
Ta vie, c’est ta vie.
Sache-le tant qu’il est temps
Tu es merveilleux
Les dieux attendent cette lumière en toi.
Charles Bukowski
Portrait d’Hélène Rubinstein
Je regardais, au bord de la Néva…
À la veille de l’anniversaire du 4 août 1864
Le long de la grand-route me voilà errant,
À la douce lumière du jour qui s’en va…
C’est dur, j’avance en soupirant…
Mon amie, me vois-tu de là-bas ?
La nuit tombe sur la terre, la nuit tombe,
C’est l’ultime lueur du jour qui s’en va…
Voici le monde où nous vécûmes ensemble,
Mon ange, me vois-tu de là-bas ?
Demain est un jour de prière et de larmes,
Demain est un jour plein de toi…
Mon ange, où que demeurent les âmes,
Mon ange, me vois-tu de là-bas ?
Fiodor Tiouttchev
/Traduction du russe par Sophie Benech
Si la poésie n’a pas bouleversé notre vie
Si la poésie n’a pas bouleversé notre vie, c’est qu’elle ne nous est rien.
Andrée Chedid, Terre et poésie.
Donne-moi ta main
Donne-moi ta main :
Je vais maintenant te conter
comment je suis entrée dans cet inexpressif
qui avait toujours été ma quête aveugle et secrète.
Comment je suis entrée
dans ce qui existe entre le chiffre un et le chiffre deux,
comment j’ai vu la ligne de mystère et de feu
qui est une ligne subreptice.
Entre deux notes de musique, il existe une note,
entre deux faits il existe toujours un fait,
entre deux grains de sable, si proches soient-ils l’un de l’autre,
il y a toujours un intervalle ;
il existe un sentiment qui se trouve entre le sentiment
— dans les interstices de la matière primordiale
se trouve la ligne de mystère et de feu
qui est la respiration du monde,
et la respiration continuelle du monde
que nous écoutons
et que nous appelons silence.
Clarice Lispector
Sophia Loren Hôtel Carlton
Nègre
Je suis un Nègre :
Noir comme la nuit est noire,
Noir comme les profondeurs de mon Afrique.
.
J’ai été un esclave :
César m’a dit de tenir ses escaliers propres.
J’ai ciré les bottes de Washington.
.
J’ai été ouvrier :
Sous ma main les pyramides se sont dressées.
J’ai fait le mortier du Woolworth Building.
.
J’ai été un chanteur :
Tout au long du chemin de l’Afrique à la Géorgie
J’ai porté mes chants de tristesse.
J’ai créé le ragtime.
.
Je suis un Nègre :
Les Belges m’ont coupé les mains au Congo.
On me lynche toujours au Mississipi.
.
Je suis un Nègre :
Noir comme la nuit est noire
Noir comme les profondeurs de mon Afrique.
Langston Hughes
Nous sommes allongés
Nous sommes allongés l’un contre l’autre. Henry dit que je suis enroulée autour de lui, comme un chat. J’embrasse sa gorge, j’aperçois sa gorge comme sa chemise ouverte, je ne peux plus parler tant le désir me trouble. Je lui murmure à l’oreille d’une voix enrouée : « Je t’aime » , trois fois, sur un ton si étrange qu’il en est effrayé. « Je t’aime tant que je voudrais même t’offrir des femmes ! ».
Anaïs Nin, Henry et June : Les cahiers secrets.
Il n’y a pas d’autre manière
Il n’y a pas d’autre manière d’approcher
de ta bouche : tant de soleils et de mers
brûlent pour que tu ne sois pas de neige :
corps
ancré dans l’été : les oiseaux de mer
couronnent ton visage
de leur vol : musique inachevée
que les doigts délivrent :
lumière répandue sur le dos et les hanches,
encore plus douce au creux des reins :
pour te porter à ma bouche, tant de mers
ont brûlé, tant de navires.
Eugénio de Andrade
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