Ce quelque chose ou quelqu’un
Ce quelque chose ou quelqu’un
Venu de loin
Qui nous effleure avec douceur
Dans la velléité de l’aube
Pour nous annoncer que toujours
Le monde recommence.
François Cheng
Coups de cœur
Ce quelque chose ou quelqu’un
Venu de loin
Qui nous effleure avec douceur
Dans la velléité de l’aube
Pour nous annoncer que toujours
Le monde recommence.
François Cheng
Nous retournions le long des champs inondés de lumière, enveloppés dans un chandail de laine fanée; et tout en nous arrêtant de temps à autre pour pouvoir nous embrasser à l'aise à l'ombre des acacias , nous marchions d'un pas léger, complétement plongés dans notre confiance virginale, divine.
Pier Paolo Pasolini, Actes impurs.
Lorsque ma main frémit si la tienne l'effleure,
Quand tu me vois pâlir, femme aux cheveux dorés,
Comme le premier jour, comme la première heure,
Rien qu'en touchant ta robe et ses plis adorés ;
Quand tu vois que les mots me manquent pour te dire
Tout ce dont tu remplis mon sein tumultueux ;
Lorsqu'en me regardant tu sens que ton sourire
M'enivre par degrés et fait briller mes yeux ;
Quand ma voix, sous le feu de ta douce prunelle,
Tremble en ma bouche émue impuissante à parler,
Comme un craintif oiseau tout à coup pris par l'aile
Qui frissonne éperdu sans pouvoir s'envoler ;
Ô bel être créé pour des sphères meilleures,
Dis, après tant de deuils, de désespoirs, d'ennuis,
Et tant d'amers chagrins et tant de tristes heures
Qui souvent font tes jours plus mornes que des nuits ;
Oh ! dis, ne sens-tu pas se lever dans ton âme
L'amour vrai, l'amour pur, adorable lueur,
L'amour, flambeau de l'homme, étoile de la femme,
Mystérieux soleil du monde intérieur !
Ne sens-tu pas, dis-moi, passer sur ta paupière
Le souffle du matin, des ténèbres vainqueur ?
Ne vient-il pas des voix tout bas te dire : espère !
N'entends-tu pas un chant dans l'ombre de ton cœur
Oh ! recueille ce chant, âme blessée et fière !
Cette aube qui se lève en toi, c'est le vrai jour.
Ne crains plus rien ! Dieu fit tes yeux pour la lumière,
Ton âme pour le ciel et ton cœur pour l'amour !
Regarde rayonner sur ton destin moins sombre
Ce soleil de l'amour qui pour jamais te luit,
Qui, même après la mort, brille sorti de l'ombre,
Qui n'a pas de couchant et n'aura pas de nuit !
Victor Hugo
Cécilia me prend dans ses bras ; elle a les lèvres rouges et une odeur que je ne lui connais pas ; et je nous vois dans le miroir de l’armoire où sa jupe se déploie jusqu’à le déborder : Cecilia me fait danser sur un rythme qu’elle entretient sur place, elle chantonne une mélodie qui s’en va dans l’aigu, et c’est le bonheur lorsqu’elle me passe sa main sur les joues, mais rien que pour sécher mes larmes, pour qu’elles n’abîment pas son fard : elle ne me caresse pas. […]
Sans rien posséder que mes envies, j’aurais tout donné pour une caresse. Les enfants ni les adultes ne jouissaient du toucher sous nos latitudes. Aussi de la petite enfance, ne reste-t-il que la main de ma grande sœur sur ma joue mouillée, tandis que dans un lent tournoiement d’ombres roses nous nous éloignons dans les miroirs jusqu’à disparaître sous la soie du sommeil qui m’enveloppe.
Hector Banciotti, Ce que la nuit raconte au jour.
Souviens-toi par-dessus tout, Petit, qu’écrire n’est pas
Difficile, n’est pas douloureux, que ça jaillit de toi
Avec aisance, que tu peux balancer une petite histoire à toute
Vitesse, que lorsque tu le fais ouvertement, lorsque
Tu veux imprimer une vérité, ce n’est pas difficile,
Pas douloureux, mais facile, plein de grâce, saturé d’une douce
Puissance, comme si tu étais un clavier doté d’un stock
De littérature illimité, énorme, infini
Et riche. Parce que c’est vrai ; parce que c’est ainsi. Ne l’oublie pas
Dans tes moments les plus sombres. Fais chauffer ton truc,
Touche juste, à l’américaine, tu te fous des critiques, tu te
Fous des thèses universitaires mortelles des professeurs, ils ne
Savent pas de quoi ils parlent, ils sont
A côté de la plaque, ils sont froids ; tu es chaud, tu es
Bouillant, tu peux écrire à longueur de journée, tu sais ce que
Tu sais ; souviens-toi de ça, Petit, et quand
Tu as l’impression de ne plus pouvoir écrire, que ça ne sert
Plus à rien, que la vie ne vaut rien, relis ça et
Comprends que tu peux faire beaucoup de bien dans ce
Monde en révélant des vérités de ce genre, en répandant
La chaleur, en essayant de prêcher la vie pour le bien de la vie,
Pas à la façon chaude, à la façon
De l’amour, à la façon qui dit : Mes frères, je vous accueille
A bras ouverts, j’accepte vos faiblesses, je vous offre
Les miennes, accordons-nous et jouons toute la gamme
De la riche existence humaine. Souviens-toi Petit : l’aisance, la
Grâce, le gloire, la grandeur de ton art, souviens-toi
De ça, n’oublie jamais. Souviens-toi de la passion. N’oublie pas
N’abandonne pas, ne néglige pas, C’est là,
L’ordre et le dessein ; le chaos est là, mais pas en
Toi, pas au plus profond de ton coeur, pas de chaos,
Seulement l’aisance, la grâce, la beauté, l’amour, la grandeur… Petit
Tu peux balancer une histoire, une petite vérité, tu peux
Balayer le plancher avec une petite histoire à toute vitesse ; c’est
Du gâteau, tu es un flot de douce puissance froufroutante,
Tu es un écrivain, et tu peux révéler quelques trucs bien
Méchants, et tu vas en révéler des tonnes, parce que
C’est toi, et ne l’oublie pas, Petit, ne l’oublie pas ;
S’il te plaît, s’il te plaît, ne l’oublie pas ; sauve-le,
Sauve-le, préserve–toi, révèle toutes
Ces sales petites histoires méchantes par douzaines, c’est facile,
C’est la grâce, c’est à l’américaine, c’est la touche juste,
Vends la vérité, car elle a besoin d’être vendue. Souviens-toi, Petit,
De ce que je te dis cette nuit ; ne l’oublie jamais, lis-le
Sans cesse dans tes moments les plus sombres et jamais, jamais
N’oublie… jamais, jamais, jamais n’oublie… S’il te plaît,
S’il te plaît, Petit, s’il te plaît…
_
Jack Kerouac, 1941
Trad. Pierre Guglielmina.
Ton baiser, sa douceur terrible, tout l'émoi
De ton corps qui fuit et qui cède
Si profondément me possède
Qu'en te quittant, je sens ta forme vivre en moi.
C'est elle qui se berce à mes étroites hanches,
Qui gonfle mon torse ambigu,
Qui luit à mon orteil aigu,
Arrondit mes genoux et creuse mes mains blanches.
Et j'aime porter à mon front rougissant
L'inquiétude et l'insolence
De me souvenir en silence
Sans qu'on puisse savoir que je t'ai dans le sang.
Lucie Delarue-Mardrus
La poésie peut péricliter en tant que genre littéraire, elle n'en reste pas moins vivante au coeur de ceux des hommes qui conservent le sens de la prière. Je ne parle pas nécessairement de la prière chrétienne, mais de ces prières naturelles que sont l'attention, l'imagination, une tendre disposition du coeur, l'aptitude à s'émerveiller. Elle restera toujours nécessaire à ceux pour qui la vie est une raison suffisante de survivre. Une prometteuse aventure, une chance, un bonheur dont il faut témoigner.
Jean-René Huguenin, Le Feu à sa vie
Ce matin je suis sorti bien tôt,
Pour m'être réveillé encore plus tôt
Sans avoir le moindre envie de faire quoi que ce soit...
Je ne savais quel chemin prendre
Mais le vent soufflait fort, il balayait dans un seul sens,
Et j'ai suivi le chemin vers où le vent me soufflait dans le dos.
Telle a toujours été ma vie, et
Telle je désire qu'elle soit toujours -
Je vais où le vent m'emporte et je ne me
Sens pas penser.
Fernando Pessoa