La poésie ne se laisse pas saisir
La poésie ne se laisse pas saisir.
Quand elle nous veut, elle est par essence indescriptible…
Lorsqu’elle est enfin capturée, c’est la griserie.
René Char, Sous ma casquette amarante
Coups de cœur
La poésie ne se laisse pas saisir.
Quand elle nous veut, elle est par essence indescriptible…
Lorsqu’elle est enfin capturée, c’est la griserie.
René Char, Sous ma casquette amarante
Je regarde cette montagne qui vieillit en janvier,
et cana je regarde expirer avec la neige
son sommet qui, froid, sombre et bref,
Le soleil la regarde, qui l'a peinte en premier.
Je vois que dans de nombreux endroits, flatteur,
soit il donne sa glace, soit il la boit;
qui, reconnaissant de sa pitié, bouge
le musicien de cristal libre et bavard.
Mais dans les Alpes de ta poitrine en colère,
Je ne vois pas que tes yeux sur les miens
Donnez, étant le feu, la glace que vous aimez.
Ma propre flamme se multiplie par le froid,
et dans mes propres cendres je brûle gelé,
envier le bonheur de ces rivières.
Francisco de Quevedo
Étoiles d’été cueillies une à une
Rayon fouillant l’ombre bruissante
Où demeure obscure et claire
La source du désir
François Cheng
AVANT-HIER c’était l’anniversaire de notre amour !
Je ne me souviens plus de cette première nuit.
Je me souviens du bar, du boulevard, du baiser. Après nous avons marché. Je me souviens que je ne t’ai pas aimée, durant notre nuit. J’ai commencé à t’aimer lorsqu’au matin je t’ai vue partir. Là, je me rappelle notre gêne.
Je crois que mon premier sentiment était de vous avoir blessée. Et le respect qui m’est venu pour vous, c’était le commencement de l’amour.
Jacques Higelin, Lettres d'amour d'un soldat de vingt ans.
Un jour d'hiver gris et terne. Avoir,
le jardin est paresseux, les fleurs somnolent,
fatigué les eaux, qui tiennent à peine
redresser les jets des jets.
Il n'y a pas d'oiseaux qui chantent; aucune voix ne retentit;
et dans l'anémie de la lumière et de la verdure,
deux papillons qui vont et viennent
les ailes de couleur aromatisées secouent.
Vous cherchez du miel, vous vous trompez! le miel n'existe plus,
et un trope m'assaille, très vieux et très triste:
les deux illusions de toute ma vie.
(Aimer! Être aimé!) Sont deux papillons
dans un jardin desséché sans roses….
Ce sont deux retardataires du printemps.
Luis Gonzaga Urbina
Ta vie est ta vie
Ne te laisse pas abattre par une soumission moite
Sois à l’affût
Il y a des issues
Il y a de la lumière quelque part
Il y en a peut-être peu
Mais elle bat les ténèbres
Sois à l’affût
Les dieux t’offriront des chances
Reconnais-les
Saisis-les
Tu ne peux battre la mort
Mais tu peux l’abattre dans la vie
Et le plus souvent tu sauras le faire
Le plus il y aura de lumière.
Ta vie, c’est ta vie.
Sache-le tant qu’il est temps
Tu es merveilleux
Les dieux attendent cette lumière en toi.
Charles Bukowski
À la veille de l’anniversaire du 4 août 1864
Le long de la grand-route me voilà errant,
À la douce lumière du jour qui s’en va…
C’est dur, j’avance en soupirant…
Mon amie, me vois-tu de là-bas ?
La nuit tombe sur la terre, la nuit tombe,
C’est l’ultime lueur du jour qui s’en va…
Voici le monde où nous vécûmes ensemble,
Mon ange, me vois-tu de là-bas ?
Demain est un jour de prière et de larmes,
Demain est un jour plein de toi…
Mon ange, où que demeurent les âmes,
Mon ange, me vois-tu de là-bas ?
Fiodor Tiouttchev
/Traduction du russe par Sophie Benech