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Impuissance

13 Mai 2025, 00:04am

Publié par vertuchou

Quel désastre nouveau, quel étrange malheur
Me brasse le destin, me banissant de l’heur
Dont je pouvais jouir cette nuit près de celle
Qui brûle comme moi d’une amour naturelle ?
 
Hé quoi ! tenant ma langue entre l’ivoire blanc
De sa bouche de baume, enté flanc contre flanc,
Voyant du beau Printemps les richesses écloses,
Dessus son large sein les œillets et les roses,
Un tétin ferme et rond en fraise aboutissant,
Un crêpe d’or frisé sur un teint blanchissant,
Un petit mont, feutré de mousse délicate,
Tracé sur le milieu d’un filet d’écarlate,
Sous un ventre arrondi, grasselet, potelé ;
Un petit pied mignard bien fait et bien moulé,
Une grève, un genouil, deux fermes rondes cuisses,
De l’amoureux plaisir les plus rares délices ;
Un doux embrassement de deux bras gras et longs,
Mille tremblants soupirs, mille baisers mignons,
Mon v.. fait le poltron étant en même sorte
Qu’un boyau replié de quelque chèvre morte !
Bref, il reste perclus, morne, lâche et faquin,
Comme un drapeau mouillé ou un vieil brodequin,
Baigné, trempé de l’eau, comme si la tempête
Eût voulu triompher des honneurs de ma tête.
Frappé d’un mauvais vent, je demeure sans cœur,
Flac, équené, transi, sans force et sans vigueur.
Qu’est devenu ce v.. à la pointe acérée ?
V.. rougissant ainsi que la crête pourprée
Qui couronne, flottant, le morion d’un coq ;
Roide, entrant tout ainsi que la pointe d’un soc
Qui se plonge et se cache en toute terre grasse,
Jusqu’aux couillons, ce v.. était enflé d’audace,
Écumant de colère et de fumante ardeur ;
Ce v.. comme un limier qui de flairante odeur
Suivait le trac d’un c.. ; v.. de bonne espérance,
Toujours gonflé d’orgueil et gorgé de semence,
Et qui pour galoper ne faisait du rétif,
Mais maintenant, ô Dieux, est couard et craintif.
 
Donc, pour te faire arcer, mon v.., il te faut ores
Une vieille à deux dents qui  se souvienne encores
De Jeanne la Pucelle ; à qui l’entrefesson
Sans enflure, sans poil, soit gelé de frisson
Et si peu fréquenté qu’on sente de la porte
Un relent vermoulu, une peau déjà morte
Entrouvrant tout ainsi qu’un sépulcre cendreux,
Béant sur le portail, tout rance et tout poudreux,
Où pende, pour trophée et pour belles enseignes,
Un vieux crêpe tissu des lèvres des araignes ;
Un c.. baveux, rogneux, landieux et peautreux,
Renfrogné, découpé, marmiteux et chancreux ;
Tel c.. sera pour toi, afin de mettre au plonge,
Dans l’abîme profond, ce nerf qui ne s’allonge
Et qui ne dresse point, glissant comme un poisson
Qui frétille, goulu, autour de l’hameçon,
Mais qui jamais ne prend amorce à la languette ;
Une tripe, une peau, une savate infecte,
Rebouchant, remoussé, et pliant de façon
Que fait contre l’acier une lame de plomb ;
Brave sur le rempart et couard à la brèche,
Un canon démonté sans amorce et sans mèche,
Un manche sans marteau, un mortier sans pilon,
Un navire sans mât, boucle sans ardillon,
Un arc toujours courbé et qui jamais ne bande,
Un nerf toujours lâché et qui jamais ne tende.
Il faut donc pour ce v.. un grand c.. vermoulu,
Un c.. démesuré qui dévore, goulu,
La tête et les ....llons pour le mettre en curée,
Un c.. toujours puant comme vieille marée ;
Tel c.. sera pour toi, puisqu’un autre plus beau
Ne peut faire roidir cette couarde peau.
Adieu, et jamais plus ne t’avienne entreprendre
De faire le raillant, toi qui ne saurait tendre ;
Adieu, contente-toi, et ne pouvant dresser,
Que le boyau ridé te serve de pisser.

Remy Belleau

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Ain't No Sunshine

11 Mai 2025, 00:54am

Publié par vertuchou

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Un ami dort

10 Mai 2025, 00:01am

Publié par vertuchou

   

Tes mains jonchant les draps étaient mes feuilles mortes.
            Mon automne aimait ton été.
Le vent du souvenir faisait claquer les portes
            Des lieux où nous avons été.
 
Je te laissais mentir ton sommeil égoïste
            Où le rêve efface tes pas.
Tu crois être où tu es. Il est tellement triste
            D’être toujours où l’on n’est pas.
 
Tu vivais enfoncé dans un autre toi-même
            Et de ton corps si bien abstrait,
Que tu semblais de pierre. Il est dur, quand on aime,
            De ne posséder qu’un portrait.
 
Immobile, éveillé, je visitais les chambres
            Où nous ne retournerons point.
Ma course folle était sans remuer les membres,
            Le menton posé sur mon poing.
 
Lorsque je revenais de cette course inerte,
            Je retrouvais avec ennui,
Tes yeux fermés, ton souffle et ta main grande ouverte,
            Et ta bouche pleine de nuit.
 
Que ne ressemblons-nous à cet aigle à deux têtes,
            À Janus au double profil,
Aux frères Siamois qu’on montre dans les fêtes,
            Aux livres cousus par un fil ?
 
L’amour fait des amants un seul monstre de joie,
            Hérissé de cris et de crins,
Et ce monstre, enivré d’être sa propre proie,
            Se dévore avec quatre mains.
 
Quelle est de l’amitié la longue solitude ?
            Où se dirigent les amis ?
Quel est ce labyrinthe où notre morne étude
            Est de nous rejoindre endormis ?
 
Mais qu’est-ce que j’ai donc ? Mais qu’est-ce qui m’arrive ?
            Je dors. Ne pas dormir m’est dû.
À moins que, si je dors, je n’aille à la dérive
            Dans le rêve où je t’ai perdu.
 
Dieu qu’un visage est beau lorsque rien ne l’insulte.
            Le sommeil, copiant la mort,
L’embaume, le polit, le repeint, le resculpte,
            Comme Égypte ses dormeurs d’or.
 
Or je te contemplais, masqué par ton visage,
            Insensible à notre douleur.
Ta vague se mourait au bord de mon rivage
            Et se retirait de mon cœur.
 
La divine amitié n’est pas le fait d’un monde
            Qui s’en étonnera toujours.
Et toujours il faudra que ce monde confonde
            Nos amitiés et nos amours.
 
Le temps ne compte plus en notre monastère.
            Quelle heure est-il ? Quel jour est-on ?
Lorsque l’amour nous vient, au lieu de nous le taire,
            Vite, nous nous le racontons.
 
Je cours. Tu cours aussi, mais à contre machine.
            Où t’en vas-tu ? Je reviens d’où ?
Hélas, nous n’avons rien d’un monstre de la Chine,
            D’un flûtiste du ciel hindou.
 
Enchevêtrés en un au sommet de vos crises,
            Amants, amants, heureux amants...
Vous être l’ogre ailé, niché dans les églises,
            Autour des chapiteaux romans.
 
Nous sommes à deux bras et noués par les âmes
            (C’est à quoi s’efforcent les corps.)
Seulement notre enfer est un enfer sans flammes,
            Un vide où se cherchent les morts.
 
Accoudé près du lit je voyais sur ta tempe
            Battre la preuve de ton sang.
Ton sang est la mer rouge où s’arrête ma lampe...
            Jamais un regard n’y descend.
 
L’un de nous visitait les glaces de mémoire,
            L’autre les mélanges que font
Le soleil et la mer en remuant leurs moires
            Par des vitres, sur un plafond.
 
Voilà ce que ton œil intérieur contemple.
            Je n’avais qu’à prendre ton bras
Pour faire, en t’éveillant, s’évanouir le temple
            Qui s’échafaudait sur tes draps.
 
Je restais immobile à t’observer. Le coude
            Au genou, le menton en l’air.
Je ne pouvais t’avoir puisque rien ne me soude
            Aux mécanismes de ta chair.
 
Et je rêvais, et tu rêvais, et tout gravite.
            Le sang, les constellations.
Le temps qui point n’existe et semble aller si vite,
            Et la haine des nations.
 
Tes vêtements jetés, les plis de leur étoffe,
            Leur paquet d’ombre, leurs détails,
Ressemblaient à ces corps après la catastrophe
            Qui les change en épouvantails.
 
Loin du lit, sur le sol, une de tes chaussures
            Mourait, vivait encore un peu...
Ce désordre de toi n’était plus que blessures.
            Mais qu’est-ce qu’un dormeur y peut ?
 
Il te continuait. Il imitait tes gestes.
            On te devinait au travers.
Et ne dirait-on pas que ta manche de veste
            Vient de lâcher un revolver ?
 
Ainsi, dans la banlieue, un vol, un suicide,
            Font un tombeau d’une villa.
Sur ces deuils étendu, ton visage placide
            Était l’âme de tout cela.
 
Je reprenais la route, écœuré par le songe,
            Comme à l’époque de Plain-Chant.
Et mon âge s’écourte et le soleil allonge
            L’ombre que je fais en marchant.
 
Entre toutes cette ombre était reconnaissable.
            Voilà bien l’allure que j’ai.
Voilà bien, devant moi, sur un désert de sable,
            Mon corps par le soir allongé.
 
Cette ombre, de ma forme accuse l’infortune.
            Mon ombre peut espérer quoi ?
Sinon la fin du jour et que le clair de lune
            La renverse derrière moi.
 
C’est assez. Je reviens. Ton désordre est le même.
            Tu peux seul en changer l’aspect.
Où l’amour n’a pas peur d’éveiller ce qu’il aime,
            L’amitié veille avec respect.
 
Le ciel est traversé d’astres faux, d’automates,
            D’aigles aux visages humains.
Te réveiller, mon fils, c’est pour que tu te battes.
            Le sommeil désarme tes mains.

Jean Cocteau

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Si la société évacue la poésie

9 Mai 2025, 00:21am

Publié par vertuchou

Si la société évacue la poésie comme mode d’expression non productif, c’est peut-être que la poésie est un foyer de contestation, un acte de résistance, une incompatibilité fondamentale avec le système dominant. 

Jean Rouaud

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A la musique

8 Mai 2025, 00:29am

Publié par vertuchou

Place de la Gare, à Charleville.

Sur la place taillée en mesquines pelouses,
Square où tout est correct, les arbres et les fleurs,
Tous les bourgeois poussifs qu’étranglent les chaleurs
Portent, les jeudis soirs, leurs bêtises jalouses.

– L’orchestre militaire, au milieu du jardin,
Balance ses schakos dans la Valse des fifres :
Autour, aux premiers rangs, parade le gandin ;
Le notaire pend à ses breloques à chiffres.

Des rentiers à lorgnons soulignent tous les couacs :
Les gros bureaux bouffis traînant leurs grosses dames
Auprès desquelles vont, officieux cornacs,
Celles dont les volants ont des airs de réclames ;

Sur les bancs verts, des clubs d’épiciers retraités
Qui tisonnent le sable avec leur canne à pomme,
Fort sérieusement discutent les traités,
Puis prisent en argent, et reprennent :  » En somme !…  »

Épatant sur son banc les rondeurs de ses reins,
Un bourgeois à boutons clairs, bedaine flamande,
Savoure son onnaing d’où le tabac par brins
Déborde – vous savez, c’est de la contrebande ; –

Le long des gazons verts ricanent les voyous ;
Et, rendus amoureux par le chant des trombones,
Très naïfs, et fumant des roses, les pioupious
Caressent les bébés pour enjôler les bonnes…

– Moi, je suis, débraillé comme un étudiant,
Sous les marronniers verts les alertes fillettes :
Elles le savent bien ; et tournent en riant,
Vers moi, leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes.

Je ne dis pas un mot : je regarde toujours
La chair de leurs cous blancs brodés de mèches folles :
Je suis, sous le corsage et les frêles atours,
Le dos divin après la courbe des épaules.

J’ai bientôt déniché la bottine, le bas…
– Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres.
Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas…
– Et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres…

Arthur Rimbaud

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Colonel

7 Mai 2025, 00:08am

Publié par vertuchou

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Te vêtir

6 Mai 2025, 00:35am

Publié par vertuchou

Te vêtir… Ô le paradoxe
Quand au contraire je ne veux
Pour l’amour et sa tendre boxe
Que ta parure de cheveux

C’est en vain que tu dérobes
Sous tous les plis que tu voudras
A la plus belle de tes robes
J’aime mieux le pli de tes draps.

Ôte-moi donc vite la gêne
De la souple et nerveuse gaine.

Paul Valéry

 

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Elle avait fait surgir

5 Mai 2025, 00:31am

Publié par vertuchou

Elle avait fait surgir du plus profond de moi des mondes inexplorés, où tout demeurait à inventer. Ses propres dérives lui avaient donné un regard indulgent sur mes nuits blanches et mes appétits désordonnés. Parfois, son regard laissait affleurer l’empreinte des vies antérieures incandescentes et dangereuses, que je m’efforçais d’apaiser. Elle m’avait apprivoisé sans rien exiger, décuplant sans le savoir un insatiable désir d’elle.

Gaëlle Josse, Nos vies désaccordées.

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Confession

4 Mai 2025, 00:26am

Publié par vertuchou

Je t’aime comme on aime vivre,
À mon insu, et cependant
Avec ce sens craintif, prudent,
Qu’ont surtout les cœurs les plus ivres !

J’ai douté de toi, mon amour.
Quelle que soit ta frénésie.
Puisqu’il faut qu’il existe un jour
Au loin, où, ni la poésie,

Ni les larmes, ni la fureur,
Ni cette vaillance guerrière
Qui criait au Destin : « Arrière ! »
N’agiront contre ce qui meurt.


Jamais je ne fus vraiment sûre
De te voir, quand je te voyais :
Ce grand doute sur ce qui est
C’est la plus fervente blessure !

Tu sais, on ne peut exprimer
Ces instinctives épouvantes :
J’ai peur de n’être pas vivante
Dès que tu cesses de m’aimer !

Anna de Noailles

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Ouverture

3 Mai 2025, 01:05am

Publié par vertuchou

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