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Coups de cœur
Printemps
Quand loin de la chair molle et des amours brutales
Les pardons du sommeil tombent sur mes yeux las,
Je rêve un odorant bosquet de blancs lilas,
Abritant vos baisers, tendresses virginales !
J’aime comme une fleur, j’aime comme un oiseau,
J’aime si doucement que l’amour s’en étonne ;
Et les jeunes printemps viennent dans mon automne
Refléter leur beauté comme le ciel dans l’eau.
Des brises, des chansons, des parfums, des lumières !…
Mon âme vous salue, ô splendeurs printanières,
Suprême illusion de la félicité !
Ni passé ni futur : le présent nous convie !
Le mensonge divin chante la volupté
Et leurre en souriant l’Espérance ravie.
Ivan Gilkin
Selon les règles du jeu
Selon les règles du jeu il s'allonge contre elle et presse la bouchecontre son front, ses paupières, ses joues, son cou, ses épaules.
Ses épaules son cou ses paupières.
Peau brûlante goût de sel résistance de la chair dès que les lèvres s'y appuient odeur Vermeille goût de soleil goût de raisins de serre il ne respire plus ses propres mains ses reins ses jambes sont glacés les battements de son cœur se développent de plus en plus fort de plus en plus rapprochés irradiant sa gorge comme si une course
une fuite blessée le soulevait du sol et le laissait retomber plus lourdement à chaque foulée il fuit bien qu'il ne bouge pas ne l'embrasse même plus reste simplement serré contre elle poursuivi par le goût de raisins de sa chair et le faible parfum d'amandes de ses cheveux
Jean-René Huguenin, La côte sauvage.
Ce doute
Ce doute
Sur le devenir des choses
Je l’avais déjà hier
Akiko Yosano
Conclusion en ré majeur pour hautbois
Large est la lumière jaune du soir
Large est la lumière jaune du soir,
Tendre la fraîcheur d’avril.
Tu es en retard de dix années,
Mais je suis heureuse de te voir.
Assieds-toi, là, plus près de moi,
Regarde de tes yeux joyeux:
Voici le cahier bleu ciel
Rempli de mes vers d’enfant.
Pardonne-moi: j’ai vécu triste
Et sans faire fête au soleil.
Pardon! Ils sont bien trop nombreux
Ceux que d’abord j’ai pris pour toi.
Anna Akhmatova.
En définitive
En définitive, ce n’est pas la poésie qui doit être libre, c’est le poète.
Robert Desnos
Ce quelque chose ou quelqu’un
Ce quelque chose ou quelqu’un
Venu de loin
Qui nous effleure avec douceur
Dans la velléité de l’aube
Pour nous annoncer que toujours
Le monde recommence.
François Cheng
Visage
Nous retournions le long des champ
Nous retournions le long des champs inondés de lumière, enveloppés dans un chandail de laine fanée; et tout en nous arrêtant de temps à autre pour pouvoir nous embrasser à l'aise à l'ombre des acacias , nous marchions d'un pas léger, complétement plongés dans notre confiance virginale, divine.
Pier Paolo Pasolini, Actes impurs.
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