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Coups de cœur
Je regardais, au bord de la Néva,
Je regardais, au bord de la Néva,
Dans les vapeurs d’une brume glacée,
Resplendir la coupole dorée
Du grand géant Saint-Isaac.
Timidement les nuages se levaient
Sur le ciel nocturne, hivernal,
Dans un silence de mort le fleuve pâle
Luisait de ses eaux gelées.
Et j’ai songé, triste et silencieux,
Qu’en des pays de soleil brûlant,
La baie de Gênes en cet instant
Flamboyait de tous ses feux.
O toi, Nord, Nord-sorcier,
Suis-je donc par toi envoûté ?
Ou suis-je vraiment enchaîné
Au froid granit de tes contrées ?
Ah, si un souffle, en passant,
Doucement dans le soir incertain,
M’emportait, m’emportait au loin,
Là-bas, là-bas, vers le Sud brûlant…
Fiodor Tiouttchev
La poésie, c’est quelque chose qui traîne
La poésie, c’est quelque chose qui traîne dans les rues. Qui se meut, qui passe à côté de nous. Toutes les choses ont leur mystère, et la poésie, c’est le mystère de toutes les choses. On passe près d’un homme, on regarde une femme, on remarque l’allure oblique d’un chien, et c’est en chacun de ces objets humains que réside la poésie.
Federico García Lorca
Je m'allongerai sous tes paupières
Je m'allongerai sous tes paupières.
Lorsque tu les baisseras pour t'endormir,
je lancerai de l'or dans ton sommeil.
De l'or et des songes pareils à des nuages.
Christian Bobin
Sonate n°31 en la bémol
Oh, objet désiré
Oh, objet désiré de ma douce flamme !
Je respire enfin l’air que tu respires.
Où que je tourne mon regard,
ce sont tes traits charmants
que l’amour peint en moi,
et mes pensées forment
les plus belles espérances.
Dans le désir qui emplit mon cœur,
je te cherche, je t’appelle, j’espère et soupire !
Ranieri de Calzabigi
Avec quel émoi Meaulnes se rappelait
Avec quel émoi Meaulnes se rappelait dans la suite cette minute où, sur le bord de l'étang, il avait eu très près du sien le visage désormais perdu de la jeune fille ! Il avait regardé ce profil si pur, de tous ses yeux, jusqu'à ce qu'ils fussent près de s'emplir de larmes. Et il se rappelait avoir vu, comme un secret délicat qu'elle lui eût confié, un peu de poudre restée sur sa joue...
A terre, tout s'arrangea comme dans un rêve. Tandis que les enfants couraient avec des cris de joie, que les groupes se formaient et s'éparpillaient à travers bois, Meaulnes s'avança dans une allée, où, dix pas devant lui, marchait la jeune fille. Il se trouva près d'elle sans avoir eu le temps de réfléchir :
« Vous êtes belle », dit-il simplement.
Alain-Fournier, Le grand Meaulnes.
Ta langue
Ta langue, ta langue sage qui invente ma peau,
ta langue de feu qui m'enflamme,
ta langue qui crée l'instant de folie, le délire du corps,
ta langue, fouet sacré, douce braise,
ta langue de chair sans vergogne,
ta langue qui m'explore et me découvre,
ta magnifique langue qui peut aussi dire qu'elle m'aime..
D. Jaramillo Agudelo
Lisa Fonssagrives-Penn avec une harpe
La poésie est un écho
La poésie est un écho, demandant à une ombre de danser.
Carl Sandburg
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