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Coups de cœur
Les nymphes
Oui, des lèvres aussi, des lèvres savoureuses
Mais d’une chair plus tendre et plus fragile encor
Des rêves de chair rose à l’ombre des poils d’or
Qui palpitent légers sous les mains amoureuses.
Des fleurs aussi, des fleurs molles, des fleurs de nuit,
Pétales délicats alourdis de rosée
Qui fléchissent, pliés sur la fleur épuisée,
Et pleurent le désir, goutte à goutte, sans bruit.
Ô lèvres, versez-moi les divines salives
La volupté du sang, la chaleur des gencives
Et les frémissements enflammés du baiser
Ô fleurs troublantes, fleurs mystiques, fleurs divines,
Balancez vers mon coeur sans jamais l’apaiser,
L’encens mystérieux des senteurs féminines.
Pierre Louÿs
Être poète à seize ans
Être poète à seize ans, c’est avoir seize ans. L’être à quarante, c’est être poète.
Sois les deux. Lève-toi et pisse, le monde est en feu. Que ta journée soit belle.
Lawrence Ferlinghetti, Des défis pour les jeunes poètes.
Des rayons de soleil
Des rayons de soleil passaient à travers la vitre.
Dans la lumière du soleil, des grains de poussière se déplaçaient en tout sens.
Je ne savais pas que c'était de la poussière.
Je pensais que c'étaient des bébés punaises.
J'ai essayé d'en attraper un.
Mais je n'ai jamais pu.
Richard Brautigan
Bert Oldman Jr
Baiser
Renverse-toi que je prenne ta bouche,
Calice ouvert, rouge possession,
Et que ma langue où vit ma passion
Entre tes dents s'insinue et te touche :
C'est une humide et molle profondeur,
Douce à mourir, où je me perds et glisse ;
C'est un abîme intime, clos et lisse,
Où mon désir s'enfonce jusqu'au coeur...
- Ah ! puisse aussi t'atteindre au plus sensible,
Dans son ampleur et son savant détail,
Ce lent baiser, seule étreinte possible,
Fait de silence et de tiède corail ;
Puissé-je voir enfin tomber ta tête
Vaincue, à bout de sensualité,
Et détournant mes lèvres, te quitter,
Laissant au moins ta bouche satisfaite !...
Lucie Delarue-Mardrus
Elle était arrivée un peu en retard
Elle était arrivée un peu en retard, il l'avait vue venir de loin, ils s'étaient serré la main avec la confusion et le plaisir, aussitôt il s'était mis à marcher, toujours dans la même direction, et elle à le suivre ). Je ne sais pas du tout où je vais ! dit-il. Et moi je vous suis aveuglément dit-elle. Ils rirent pour la première fois en même temps, et c'était simple de rire ! Ils sentirent comme le rire résumait et résolvait tout
Alice Ferney, La conversation amoureuse.
Imaginons
Le temps que met l’eau à couler de ta main
Le temps que met le coq à crier le soleil
Le temps que l’araignée dévore un peu la mouche
Le temps que la rafale arrache quelques tentes
Le temps de ramener près de moi tes genoux
Le temps pour nos regards de se dire d’amour
Imaginons ce qu’on fera de tout ce temps.
Eugène Guillevic
Song of the medina Casbah
Seulette
Seulette suis, et seulette veux être,
Seulette m'a mon doux ami laissée.
Seulette suis, sans compagnon ni maître,
Seulette suis, dolente et courroucée,
Seulette suis, en langueur malaisée,
Seulette suis, plus que nulle égarée,
Seulette suis, sans ami demeurée.
Seulette suis, à huis ou à fenêtre,
Seulette suis, en un anglet muciée,
Seulette suis, pour moi de pleurs repaître,
Seulette suis, dolente ou apaisée,
Seulette suis, rien qui tant messiée,
Seulette suis, en ma chambre enserrée,
Seulette suis, sans ami demeurée.
Seulette suis, partout et en tout aître,
Seulette suis, que je marche ou je siée,
Seulette suis, plus qu'autre rien terrestre,
Seulette suis, de chacun délaissée,
Seulette suis, durement abaissée,
Seulette suis, souvent toute éplorée,
Seulette suis, sans ami demeurée.
Princes, or est ma douleur commencée :
Seulette suis, de tout deuil menacée,
Seulette suis, plus teinte que morée,
Seulette suis, sans ami demeurée.
Christine de Pisan
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