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Verre d'eau

19 Janvier 2025, 01:17am

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Publié par vertuchou

Emma May Riley, Verre d'eau, 2013, huile sur toile.

Emma May Riley, Verre d'eau, 2013, huile sur toile.

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Résurrection

18 Janvier 2025, 01:22am

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Publié par vertuchou

Et la Mort est entrée. Elle a dit : « C’est assez !
Je le veux à mon tour. Toi, viens, et toi, demeure ! » —
Puis sur le corps raidi, sur les membres glacés,
Elle a parachevé son œuvre, heure par heure.

Avec méthode, elle a d’abord terni les yeux ;
Elle a scellé la bouche, effacé le sourire.
Aux cheveux elle a pris leurs beaux reflets soyeux ;
Elle a changé la face en un masque de cire.

Rongeant sans cesse, enfin, elle a détruit la chair,
Évidé la poitrine et dénudé les hanches…
Ne laissant subsister de ce qui me fut cher
Qu’un squelette qui rit de toutes ses dents blanches…

Elle m’a dit alors : « Regarde ton amant.
À le voir sans dégoût oserais-tu prétendre ?
Il est semblable à moi sous ce déguisement,
Et, tel que le voilà, voudrais-tu le reprendre ?… »

Comme le peintre fixe avec de la couleur
Sur la toile un visage où l’âme se rallume,
Avec mon cœur ardent et ma sainte douleur
– Mais sans art – je l’ai fait revivre sous ma plume.

Entre les plus doux mots j’ai fait encore un choix
Pour recomposer mieux la radieuse image :
Ils ont brillé, ses yeux, elle a sonné, sa voix…
Et, tout entier, il a surgi de chaque page.

Et j’ai dit à la Mort : « Il est ressuscité !
Aussi beau qu’autrefois il renaît de sa cendre.
Il vit par mon amour et par ma volonté
Et, tel que le voilà, tu ne peux plus le prendre ! »

 Marie Nizet

 

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les poètes seuls

17 Janvier 2025, 01:05am

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Publié par vertuchou

Mais les poètes seuls fondent ce qui demeure.

           Friedrich Hölderlin

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Azur

16 Janvier 2025, 01:38am

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Publié par vertuchou

Azur ! nos bêtes sont bondées d'un cri !
Je m'éveille, songeant au fruit noir de l'Anibe dans sa cupule verruqueuse
et tronquée… Ah bien ! les crabes ont dévoré tout un arbre à fruits mous.
Un autre est plein de cicatrices, ses fleurs poussaient, succulentes, au
tronc. Et un autre, on ne peut le toucher de la main, comme on prend à
témoin, sans qu'il pleure aussitôt de ces mouches, couleurs !… Les
fourmis courent en deux sens. Des femmes rient toutes seules dans les
abutilons , ces fleurs jaunes tachées de noir pourpre à la base que l'on
emploie dans la diarrhée des bêtes à cornes… Et le sexe sent bon. La
sueur s'ouvre un chemin frais. Un homme seul mettrait son nez dans le pli
de son bras. Ces rives gonflent, s'écroulent sous des couches d'insectes
aux noces saugrenues. La rame a bourgeonné dans la main du rameur. Un
chien
vivant au bout d'un croc est le meilleur appât pour le requin…
- Je m'éveille songeant au fruit noir de l' Anibe ; à des fleurs en paquets
sous l'aisselle des feuilles.

Saint-John Perse

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La Poule

15 Janvier 2025, 01:02am

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Vous pensiez que j'étais de ce genre

14 Janvier 2025, 01:17am

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Publié par vertuchou

Vous pensiez que j'étais de ce genre :
Que vous pouviez m'oublier,
Et que je supplierai et pleurerai
Et que je me jetterai sous les sabots d'une jument baie,
Ou que je demanderais aux sorciers
Une potion magique à base de racines et vous enverrai un terrible cadeau :
Mon précieux mouchoir parfumé.
Maudit soit-vous ! Je ne donnerai pas à votre âme maudite
Des larmes par procuration ni un seul regard.
Et je vous le jure par le jardin des anges,
Je le jure par l'icône miraculeuse,
Et par le feu et la fumée de nos nuits :
Je ne reviendrai jamais vers vous.

Anna Akhmatova

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Quand elle a fermé les yeux

13 Janvier 2025, 01:53am

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Publié par vertuchou

Quand elle a fermé les yeux, elle a senti qu’il avait beaucoup de mains, qui la touchaient partout, et beaucoup de bouches, qui passaient si vite sur elle, et avec une acuité de loup, ses dents s’enfonçaient dans ses parties les plus charnues. Désormais nu, il étendit toute sa longueur sur elle. Elle appréciait son poids sur elle, aimait être écrasée sous son corps. Elle voulait qu’il lui soit soudé, de la bouche aux pieds. Des frissons ont traversé son corps. »

Anaïs Nin, Delta de Vénus.

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Bonne Justice

12 Janvier 2025, 01:02am

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Publié par vertuchou

C’est la chaude loi des hommes
Du raisin ils font du vin
Du charbon ils font du feu
Des baisers ils font des hommes
 
C’est la dure loi des hommes
Se garder intact malgré
Les guerres et la misère
Malgré les dangers de mort
 
C’est la douce loi des hommes
De changer l’eau en lumière
Le rêve en réalité
Et les ennemis en frères
 
Une loi vieille et nouvelle
Qui va se perfectionnant
Du fond du cœur de l’enfant
Jusqu’à la raison suprême.

Paul Éluard

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Arioso

11 Janvier 2025, 01:03am

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Paroles dans l'ombre

10 Janvier 2025, 01:13am

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Publié par vertuchou

Elle disait : C’est vrai, j’ai tort de vouloir mieux ;
Les heures sont ainsi très doucement passées ;
Vous êtes là ; mes yeux ne quittent pas vos yeux,
Où je regarde aller et venir vos pensées.
Vous voir est un bonheur ; je ne l’ai pas complet.
Sans doute, c’est encor bien charmant de la sorte !
Je veille, car je sais tout ce qui vous déplaît,
À ce que nul fâcheux ne vienne ouvrir la porte ;
Je me fais bien petite, en mon coin, près de vous ;
Vous êtes mon lion, je suis votre colombe ;
J’entends de vos papiers le bruit paisible et doux ;
Je ramasse parfois votre plume qui tombe ;
Sans doute, je vous ai ; sans doute, je vous voi.
La pensée est un vin dont les rêveurs sont ivres,
Je le sais ; mais, pourtant, je veux qu’on songe à moi.
Quand vous êtes ainsi tout un soir dans vos livres,
Sans relever la tête et sans me dire un mot,
Une ombre reste au fond de mon cœur qui vous aime ;
Et, pour que je vous voie entièrement, il faut
Me regarder un peu, de temps en temps, vous-même.

                                                                Paris, octobre 18.

Victor Hugo
 

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