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Coups de cœur
Petit air
Quelconque une solitude
Sans le cygne ni le quai
Mire sa désuétude
Au regard que j’abdiquai
Ici de la gloriole
Haute à ne la pas toucher
Dont maint ciel se bariole
Avec les ors de coucher
Mais langoureusement longe
Comme de blanc linge ôté
Tel fugace oiseau si plonge
Exultatrice à côté
Dans l’onde toi devenue
Ta jubilation nue
II
Indomptablement a dû
Comme mon espoir s’y lance
Eclater là-haut perdu
Avec furie et silence,
Voix étrangère au bosquet
Ou par nul écho suivie,
L’oiseau qu’on n’ouït jamais
Une autre fois en la vie.
Le hagard musicien,
Cela dans le doute expire
Si de mon sein pas du sien
A jailli le sanglot pire
Déchiré va-t-il entier
Rester sur quelque sentier !
Stéphane Mallarmé
La poésie est le chemin
La poésie est le chemin qui nous aide à formuler ce qui est sans nom, le rendant ainsi envisageable. Les horizons les plus lointains de nos espoirs et de nos peurs sont pavés de nos poèmes, taillés dans le roc des expériences de nos vies quotidiennes.
Audre Lorde
Menschen, glaubt doch dieser Gnade
Christ, notre Seigneur est venu au Jourdain, BWV 7 : VII. Hommes, croyez pourtant en cette grâce
Sans titre
Good Thing
Corps à cœur
Le coup d'un soir
où la rencontre des corps
n'a rien du coup
porté
mais nous transporte
vers là d'où l'on est arrivé
Effarant décalage
des corps et des âmes
où la douceur de la caresse
n'a d'égal
inversé
que la rugosité du palais
Quand le reste s'en mêle
l'impalpable
l'insaisissable
l'inexplicable
qu'on emballe en un joli mot
ne jamais le
dé-cor-tiquer
au risque de l'abîmer
Pourquoi
cet homme que tu glisserais
volontiers dans ton lit
mais pas à ta table
ou l'inverse
cet autre dont la seule main
sur ton épaule
te fait hérisser le poil
D'où viennent les aimants
ceux qui s'attirent
Forces telluriques
Où vont les contraires
Où allaient ceux
de chaque côté de la faille
dont la rencontre fortuite
réveilla la colère
de la terre
D'où venions-nous
Où allions-nous
Qu'avions-nous rapporté
des sentiers empruntés
Où irions-nous si
l'on ne faisait halte
jamais
à la rencontre de l'autre
qui nous ressemble
parfois
ou nous surprend
mais toujours
nous rassemble
différemment
Thérèse Bardenaine
Dis-moi aussi que tu m'aimes
Dis-moi aussi que tu m'aimes, et comment tu m'aimes, et que tu m'aimeras jusqu'à la fin. J'en ai besoin, c'est l'eau dans le désert. Mon amour, mon cher amour, je suis tourné vers toi, sans trêve, de tout l'être, sans exception. Pardonne-moi cette lettre un peu morne. C'est ton silence, peut-être. Mais mon cœur lui est vivant et c'est à toi qu'il le doit. Je vais aller mieux, travailler... Mais je ne t'aimerai jamais mieux, ni plus, maintenant que je suis tout entier abandonné à toi.
J'embrasse tes yeux, ton rire, ta nuque sous les cheveux... ô quelle pluie de délices, ce serait, que de pouvoir te tenir encore sous moi, captive, et tiède... toi et moi, enfin...
14 heures. Je t'aime.
15 heures. Nous !
16 heures. Nous… »
Lettre d'Albert Camus à Maria Casarès.
Chant de fête
Il disait : « Pourquoi ce sourire,
« Pourquoi ces yeux prêts à pleurer,
« Pourquoi rester sans me rien dire,
« Et, tout bas, pourquoi soupirer ?
« Quel regret des choses passées
« Du jour présent vient émerger ?
« Quelle est celle de tes pensées
« Que je ne dois pas partager ?
« Est-ce désir, espoir ou rêve,
« Inquiétude ou souvenir ?
« Souffle de l’aube qui se lève
« Ou de la nuit qui va venir ?
« Est-ce au ciel bleu que tu regardes,
« Aux clairs horizons infinis ?
« Ou bien, cher ange qui nous gardes,
« Est-ce au foyer que tu bénis ?
« Est-ce tes enfants ou ta mère
« Ou celui qui vit à tes pieds ?
« Quelle envie ou quelle chimère
« Fait tes doux regards tout mouillés ?
« Est-ce angoisse ou mélancolie ?
« Ennui, songe vain, vague effroi ?
« Oh ! parle : tristesse ou folie,
« Tu le sais, j’aime tout de toi ! »
Mais elle, relevant la tête,
Répondait : « Ne comprends-tu pas ?
« Tout à l’heure, au seuil de la fête
« On s’écartait devant nos pas.
« J’entendais un murmure étrange
« Qui s’élevait derrière nous…
« Et c’était un chœur de louange
« Autour du nom de mon époux.
« L’un disait l’œuvre de la veille,
« L’autre le bienfait d’aujourd’hui :
« Tous étaient d’accord, ô merveille !
« Et tous s’inclinaient devant lui.
« Tandis qu’il allait, l’âme fière
« De mon bras passé sous le sien,
« Ô candeur ! ô vertu première !
« Lui n’entendait, ne voyait rien.
« Mais moi, que sa gloire auréole,
« Que l’honneur de son nom grandit,
« Je recueillais chaque parole
« Et j’écoutais tout ce qu’on dit.
« Aussi pressé-je avec ivresse
« Dans ma main l’anneau nuptial,
« Immortel gage de tendresse,
« Chaînon du lien idéal ;
« Aussi plus que tous admiré-je
« Ces traits lassés et maladifs
« Et ce large front dont la neige
« Couronne les sillons hâtifs ;
« Aussi sens-je un dédain extrême
« Pour les biens dont tous sont jaloux ;
« Car j’ai l’amour pour diadème,
« La joie et l’orgueil pour bijoux. »
Louisa Siefert
![Edward Weston. Sans titre [Seminaire de San Martín, Tepotzotlán], 1924.](https://image.over-blog.com/i1pGptMJold827zQWIz7Vrr3XLI=/filters:no_upscale()/image%2F0674225%2F20260607%2Fob_4ce20e_edward-weston-untitled-window-seat.jpg)