La poésie ne sauve pas
La poésie ne sauve pas,
La poésie ne sauve rien,
Mais il y a la poésie.
Sylvia Plath
Coups de cœur
La poésie ne sauve pas,
La poésie ne sauve rien,
Mais il y a la poésie.
Sylvia Plath
Mes nuits sont tressées de rêves
Doux comme le vin nouveau
J’ai rêvé que les fleurs des arbres tombaient
M’enveloppaient, me recouvraient.
Et toutes ces fleurs devenaient des baisers
Brûlants comme le vin rouge
Et tristes comme des papillons de nuit qui savent
Qu’ils devront s’éteindre dans le faux-semblant de la mort
Mes nuits sont tressées de rêves
Lourds comme le sable fatigué
J’ai rêvé que, des arbres mourants,
Les feuilles tombaient dans ma main.
Et toutes ces feuilles devenaient des mains
Qui caressaient comme un sable mouvant
Et étaient fatiguées comme des papillons qui savent
Qu’ils finiront avant le rayon du soleil
Mes nuits sont tressées de rêves
Bleus comme le mal d’amour
J’ai rêvé que de tous les arbres tombaient
Des flocons de neige qui tintinnabulaient
Et tous ces flocons devenaient des larmes
Que j’ai pleurées chaudement –
Comprends mes rêves, mon amant,
Ils sont tous pleins de désir pour toi.
8 novembre 1941
Selma Meerbaum-Eisinger
Traduit par Marc Sagnol
Comme un dernier remous sur une blanche plage
Que les flots refoulés ne peuvent pas saisir,
Sur la nuque que mord le souffle du désir,
Un frisson de cheveux trace son clair sillage.
Frisson d'écume d'or, si vivante que l'âge
Se connaît à la voir, et qui semble choisir
Les cols dont la beauté modelée à loisir
A les perfections antiques d'un moulage.
En extase penché, j'aurai pour horizon
L'oreille à qui l'amour porte mon oraison,
L'oreille, bijou fait en rose de coquille ;
Et ma bouche osera baiser l'éclat vermeil
Des minces cheveux fous brodés par le soleil,
Dont la confusion étincelante brille.
Albert Mérat.
Elle était là, seule et tranquille, regardant vers le large ; puis lorsqu’elle eut senti la présence de Stephen et son regard d’adoration, ses yeux se tournèrent vers lui, subissant ce regard avec calme, sans honte ni impudeur. Longtemps, longtemps elle le subit ainsi, puis, calme, détourna ses yeux de Stephen et les abaissa vers le ruisseau, remuant l’eau de-ci, de-là, doucement, du bout de son pied. Le premier clapotis léger de l’eau remuée rompit le silence, doux et timide, et murmurant, timide comme les clochettes du sommeil : de-ci, de-là, de-ci, de-là : et une rougeur timide palpitait sur sa joue.
James Joyce, Portrait de l'artiste en jeune homme.
Tu es mon amour depuis tant d'années,
Mon vertige devant tant d'attente,
Que rien ne peut vieillir, froidIr ;
Même ce qui attendait notre mort,
Ou lentement sut nous combattre,
Même ce qui nous est étranger,
Et mes éclipses et mes retours.
Fermée comme un volet de buis,
Une extrême chance compacte
Est notre chaîne de montagnes,
Notre comprimante splendeur.
Je dis chance, ô ma martelée ;
Chacun de nous peut recevoir
La part de mystère de l'autre
Sans en répandre le secret ;
Et la douleur qui vient d'ailleurs
Trouve enfin sa séparation
Dans la chair de notre unité,
Trouve enfin sa route solaire
Au centre de notre nuée
Qu'elle déchire et recommence.
Je dis chance comme je le sens.
Tu as élevé le sommet
Que devra franchir mon attente
Quand demain disparaîtra.
René Char
Celui qui lie la joie à lui-même
Ne fait que détruire la vie ailée;
Mais celui qui embrasse la joie au vol
Vit dans le soleil levant de l’éternité.
He who binds to himself a joy
Does the winged life destroy;
But he who kisses the joy as it flies
Lives in eternity’s sunrise.
William Blake
---
La poésie en dit long et c'est vite fait.
La prose ne va pas très loin et prend du temps.
Charles Bukowski
por selva oscura…
Le poème ce n’est
qu’une conversation dans la pénombre
du vieux fourneau, lorsque déjà
tout le monde s’en est allé, et que frémit
dehors le profond bois; un poème
ce n’est que quelques mots
qu’on a chéris, et qui changent
de place avec le temps, pour n’être désormais
qu’une tache, qu’une
indicible espérance;
un poème ce n’est
que le bonheur, qu’une conversation
dans la pénombre, que tout
ce qui s’en est allé, et n’est plus
que silence.
Eliseo Diego