Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Vertuchou.over-blog.com

Au début, je ne pensai

29 Juin 2026, 00:37am

Publié par vertuchou

Au début, je ne pensai qu’à Raquel, à son corps, à sa peau, à ses gestes, à sa façon de sourire, de devenir sérieuse, de regarder, de me regarder, et à la dépouille sèche et dépourvue de sens en laquelle l’absence de tout cela transformait mon corps, condamnant mes yeux à une impuissance pire que la cécité parce qu’elle ne les empêchait pas de continuer à contempler la trivialité, cet ensemble de formes et de couleurs pâles, ternes, et idiotes de façon irritante, qui s’obstinaient à perdurer autour de moi.

Le temps s’appelait Raquel, les jours, les heures, les minutes, les secondes se définissaient par elle et en fonction d’elle. Il n’y avait que deux moments dans ma vie : ceux que je gagnais auprès d’elle et ceux que je perdais dans un monde qui la proclamait dans tout ce qu’il contenait – les personnes et les objets, les paysages et les bâtiments, l’ombre et la lumière – parce que je la voyais partout et que partout je souffrais de ne pouvoir la regarder. 

Almudena Grandes, Le coeur glacé.

 

Voir les commentaires

Orange amère

28 Juin 2026, 00:51am

Publié par vertuchou

Dans un jardin caché
Entre terre et mer
Est née la poésie
Une maison en ruine
Fragment d'un monde abandonné par les aïeux
Un oranger, une source, des orties
Ce petit morceau de terre
Entre ciel et mer
M'apprit l'existence de l'oranger doux-amer
Je voyais dans son regard
Qu'il a connu ce fruit dans son enfance lointaine
Le ressac des vagues domine
Je ressens les bruines sur mon visage
La mer est proche dans mes souvenirs
J'ai marché en ce lieu, tant et tant de fois
Pour en débusquer ses mystères
Pour attendre et entendre la voix des anciens
J'ai imaginé tant de fois cet homme, enfant
Les pieds sur le sable gris
Le regard enfoui dans les profondeurs marines
Il les connait si bien
J'ai imaginé la terre dans le creux de sa main
J'en ai humé l'odeur
Je le vois s'éloigner du vieil arbre
Pour me tendre une orange sucrée
Il venait de la cueillir dans son paradis perdu.

Habiba Djahnine 

 

Voir les commentaires

Ether & Wood

27 Juin 2026, 00:02am

Publié par vertuchou

Voir les commentaires

Petit air

26 Juin 2026, 00:08am

Publié par vertuchou

Quelconque une solitude
Sans le cygne ni le quai
Mire sa désuétude
Au regard que j’abdiquai

Ici de la gloriole
Haute à ne la pas toucher
Dont maint ciel se bariole
Avec les ors de coucher

Mais langoureusement longe
Comme de blanc linge ôté
Tel fugace oiseau si plonge
Exultatrice à côté

Dans l’onde toi devenue
Ta jubilation nue

    II

Indomptablement a dû
Comme mon espoir s’y lance
Eclater là-haut perdu
Avec furie et silence,

Voix étrangère au bosquet
Ou par nul écho suivie,
L’oiseau qu’on n’ouït jamais
Une autre fois en la vie.

Le hagard musicien,
Cela dans le doute expire
Si de mon sein pas du sien
A jailli le sanglot pire

Déchiré va-t-il entier
Rester sur quelque sentier !

Stéphane Mallarmé

Voir les commentaires

La poésie est le chemin

25 Juin 2026, 00:33am

Publié par vertuchou

La poésie est le chemin qui nous aide à formuler ce qui est sans nom, le rendant ainsi envisageable. Les horizons les plus lointains de nos espoirs et de nos peurs sont pavés de nos poèmes, taillés dans le roc des expériences de nos vies quotidiennes. 

Audre Lorde

Voir les commentaires

Menschen, glaubt doch dieser Gnade

24 Juin 2026, 00:54am

Publié par vertuchou

Christ, notre Seigneur est venu au Jourdain, BWV 7 : VII. Hommes, croyez pourtant en cette grâce

Voir les commentaires

Sans titre

23 Juin 2026, 00:50am

Publié par vertuchou

Edward Weston. Sans titre [Seminaire de San Martín, Tepotzotlán], 1924.

Edward Weston. Sans titre [Seminaire de San Martín, Tepotzotlán], 1924.

Voir les commentaires

Good Thing

23 Juin 2026, 00:48am

Publié par vertuchou

Voir les commentaires

Corps à cœur

22 Juin 2026, 00:49am

Publié par vertuchou

Le coup d'un soir
où la rencontre des corps
n'a rien du coup
porté
mais nous transporte
vers là d'où l'on est arrivé

Effarant décalage
des corps et des âmes
où la douceur de la caresse
n'a d'égal
inversé
que la rugosité du palais

Quand le reste s'en mêle
l'impalpable
l'insaisissable
l'inexplicable
qu'on emballe en un joli mot

ne jamais le
dé-cor-tiquer
au risque de l'abîmer

Pourquoi
cet homme que tu glisserais
volontiers dans ton lit

mais pas à ta table
ou l'inverse

cet autre dont la seule main
sur ton épaule
te fait hérisser le poil

D'où viennent les aimants
ceux qui s'attirent
Forces telluriques
Où vont les contraires

Où allaient ceux
de chaque côté de la faille
dont la rencontre fortuite
réveilla la colère
de la terre

D'où venions-nous
Où allions-nous
Qu'avions-nous rapporté
des sentiers empruntés

Où irions-nous si
l'on ne faisait halte
jamais
à la rencontre de l'autre
qui nous ressemble
parfois
ou nous surprend
mais toujours
nous rassemble

différemment

Thérèse Bardenaine

Voir les commentaires

Dis-moi aussi que tu m'aimes

21 Juin 2026, 00:30am

Publié par vertuchou

Dis-moi aussi que tu m'aimes, et comment tu m'aimes, et que tu m'aimeras jusqu'à la fin. J'en ai besoin, c'est l'eau dans le désert. Mon amour, mon cher amour, je suis tourné vers toi, sans trêve, de tout l'être, sans exception. Pardonne-moi cette lettre un peu morne. C'est ton silence, peut-être. Mais mon cœur lui est vivant et c'est à toi qu'il le doit. Je vais aller mieux, travailler... Mais je ne t'aimerai jamais mieux, ni plus, maintenant que je suis tout entier abandonné à toi.
J'embrasse tes yeux, ton rire, ta nuque sous les cheveux... ô quelle pluie de délices, ce serait, que de pouvoir te tenir encore sous moi, captive, et tiède... toi et moi, enfin...

14 heures. Je t'aime.
15 heures. Nous !
16 heures. Nous… »

Lettre d'Albert Camus à Maria Casarès.

 

Voir les commentaires