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Coups de cœur
Lendemain
Hé bien ! j’ai triomphé, l’on m’a fort applaudie,
J’ai su rire, chanter, jouer la comédie,
Être jeune une fois et répondre à chacun,
Sur son salut banal, un autre lieu commun.
L’éclair à la prunelle et le rose à la joue,
Hé bien ! c’est vrai, j’ai fait tout cela, je l’avoue.
Et cependant, malgré tant de sérénité,
De mouvement, de bruit, de plaisir, de gaîté,
Malgré tous les amis dont j’étais entourée,
Comme le flux montant de la grosse marée,
J’écoutais, je sentais, à ce même moment,
Aux portes de mon coeur gronder incessamment
Les flots graves et sourds de mes larmes anciennes.
Un seul s’en est douté, quand, mes mains dans les siennes,
Il a jeté sur moi son beau regard profond,
Et, d’un coup d’oeil rapide, a plongé jusqu’au fond.
Pour tous les autres, non ! de l’angoisse soufferte
Ils n’ont rien deviné. Moi, toujours vive, alerte,
J’allais et je venais de plus en plus gaîment.
Puis, lorsqu’ils sont partis, tous m’ont fait compliment
Sur l’exquis naturel et la verve étourdie
Avec lesquels j’avais joué la comédie
Louisa Siefert
Ah ! si seulement
Ah ! si seulement avec une goutte de poésie ou d’amour, nous pouvions apaiser la haine du monde.
Pablo Néruda, Résidence sur terre.
Toute vie
Toute vie est une aventure navigant entre inattendu et inespéré.
François Cheng
La plaine de Bormes
Je chante ce que tu as aimé
Je chante ce que tu as aimé, ma vie,
au cas où tu t'approches et écoute, ma chère,
au cas où vous vous souvenez du monde dans lequel vous avez vécu,
au coucher du soleil je chante, mon ombre.
Je ne veux pas me taire, mon amour.
Comment me trouverais-tu sans mon cri loyal?
Quel signe, qui me dit, ma vie?
Je suis le même qui était à toi, ma vie.
Ni lent, ni déplacé, ni perdu.
Viens au crépuscule, ma chère;
viens me souvenir d'une chanson, ma vie,
si la chanson que vous reconnaissez comme apprise
et si tu te souviens encore de mon nom.
Je vous attends sans délai ni délai.
Ne craignez pas la nuit, le brouillard ou les averses.
Aller avec ou sans chemin.
Appelle-moi où tu es, mon âme,
Et marche droit vers moi, mon pote.
Gabriela Mistral
La poésie ?
La poésie ?
Un amour de jeunesse, qui m'accompagne pour la vie.
La vie ?
Un présent, à s'offrir chaque jour.
Marc-Alexandre Oho Bambe
Nous ne boirons pas dans le même verre
Nous ne boirons pas dans le même verre
Ni de l'eau ni du vin doux,
Nous n'échangerons pas de baisers le matin,
Et le soir nous ne serons pas ensemble à la fenêtre.
Ton signe est le soleil ; le mien, la lune ;
Mais nous vivons d'un seul amour.
Mon tendre ami fidèle est toujours avec moi,
Ton amie joyeuse est toujours avec toi,
Mais je comprends l'effroi dans ces yeux gris,
Et tu es la cause de mon malaise.
Nous espaçons nos rencontres trop brèves.
C'est notre lot : protégeons notre paix.
Oui, mais ta voix chante dans mes poèmes,
Mon souffle passe dans les tiens.
Oh, ce bûcher existe et ni l'oubli
Ni la peur n'osent s'approcher.
Si tu savais comme, en ce moment,
J'aime tes lèvres, roses, sèches !
Anna Akhmatova
Love on the Left Bank
Odes Profanes
Tout déjà était en toi
même l’âpre saveur des paroles des morts
Avec sur ta bouche close
leur goût d’indicible sel.
Mais empare-toi de l’absence et ose
Va avance aveugle et seul
Toute flèche aime sa cible.
L’enfance le sait qui, libre
(habiter Nulle Part est le plus sûr)
déchire sans innocence
son invisible futur.
Claude Michel Cluny
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