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L’Été

9 Août 2026, 00:41am

Publié par vertuchou

Nous rôdons par les blés roussis que midi brûle.
Une fièvre amoureuse en nos veines circule.
Nous nous sommes couchés aux pentes des talus,
Sous le ciel bleu, moins bleu que le bleu de nos âmes,
Sous un soleil moins fort, moins ardent que la flamme
Qui consume nos sens… Et nous n’en pouvons plus.

Puis nous avons cherché les étangs et les saules.
J’ai posé mes deux mains, ainsi, sur vos épaules,
Afin de m’absorber mieux en votre beauté…
Et d’elle j’ai joui plus que je ne puis le dire
Et de vous je me suis grisée, et j’ai vu rire,
Dans vos yeux clairs, le rire immense de l’Été.

Marie Nizet

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La poésie est un écho

8 Août 2026, 00:07am

Publié par vertuchou

La poésie est un écho qui demande une ombre pour danser.

Carl Sandburg

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Les sentiments qui font le plus mal

7 Août 2026, 00:26am

Publié par vertuchou

Les sentiments qui font le plus mal, les émotions qui piquent le plus, sont celles qui sont absurdes — le désir de choses impossibles, précisément parce qu’elles le sont ; la nostalgie de ce qui n’a jamais été ; le désir de ce qui aurait pu être ; regret de ne pas être quelqu’un d’autre ; insatisfaction face à l’existence du monde. Tous ces demi-tons de la conscience de l’âme créent en nous un paysage douloureux, un coucher de soleil éternel de ce que nous sommes.

Fernando Pessoa, Le Livre de l’Inquiétude.

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Self-portrait in a mirror

6 Août 2026, 00:46am

Publié par vertuchou

Elyse Hradecky, #4 {Self-portrait in a mirror} , 2023,  huile sur bois 15-20 cm.

Elyse Hradecky, #4 {Self-portrait in a mirror} , 2023, huile sur bois 15-20 cm.

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Petit matin

5 Août 2026, 00:31am

Publié par vertuchou

Je te reconnaîtrai aux algues de la mer
Au sel de tes cheveux aux herbes de tes mains
Je te reconnaîtrai au profond des paupières
Je fermerai les yeux tu me prendras la main

Je te reconnaîtrai quand tu viendras pieds nus
Sur les sentiers brûlants d'odeurs et de soleil
Les cheveux ruisselants sur tes épaules nues
Et les seins ombragés des palmes du sommeil

Je laisserai alors s'envoler les oiseaux
Les oiseaux longs-courriers qui traversent les mers
Les étoiles aux vents courberont leurs fuseaux
Les oiseaux très pressés fuiront dans le ciel clair

Je t'attendrai en haut de la plus haute tour
Où pleurent nuit et jour les absents dans le vent
Quand les oiseaux fuiront je saurai que le jour
Est là marqué des pas de celle que j'attends

Complices du soleil je sens mon corps mûrir
De la patience aveugle et laiteuse des fruits
Ses froides mains de sel lentement refleurir
Dans le matin léger qui jaillit de la nuit 
Claude Roy

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Un poète est un rossignol

4 Août 2026, 00:03am

Publié par vertuchou

Un poète est un rossignol, qui s’assoit dans l’obscurité et chante pour réjouir sa propre solitude avec de doux sons ; Ses auditeurs sont comme des hommes fascinés par la mélodie d’un musicien invisible, qui se sentent émus et adoucis, sans savoir d’où ni pourquoi.

Percy Bysshe Shelley

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Vivons, ma Lesbie, et aimons

3 Août 2026, 00:40am

Publié par vertuchou

Vivons, ma Lesbie, et aimons,
et tout ce que diront les austères vieillards,
ne l’estimons pas plus qu’un sou.
Les soleils peuvent se coucher et revenir.
Nous, quand notre brève lumière s’est une fois couchée,
c’est une nuit éternelle qu’il nous faut dormir.
Donne-moi mille baisers, et puis cent,
puis mille autres, et puis cent encore,
puis mille autres encore, et puis cent.
Puis, quand nous serons arrivés à beaucoup de milliers,
nous les brouillerons tous, pour que nous ne sachions plus,
ou qu’un jaloux ne puisse nous faire du mal
s’il venait à savoir qu’il s’est donné tant de baisers.
 
Catulle

Traduit du latin par Philippe Heuzé

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Le pâtissier

2 Août 2026, 00:36am

Publié par vertuchou

August Sander, le pâtissier, 1928

August Sander, le pâtissier, 1928

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M.L.F.

1 Août 2026, 00:30am

Publié par vertuchou

Femme
Je suis le blé fendu
Je suis la grange
Mais j'apprends à n'être plus le pain
Qu'on rompt
Se partage
Et digère
Une fois la pulpe
Dévorée
J'ânonne ma liberté
Avec des séismes
Des fulgurances
Des poudroiements
Femme par les feuillages de l'homme
Qui vibrent sous le vent
De mes matins
Je ne veux pas être éternellement
La guerrière
Alors je lui tends la paume
Pour marcher le chemin rond
De la planète
Sans agressivité
Et il me regarde
Moi
Ni mère ni déesse
Semblable à lui 

Denise Dubois-Jallais

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Je touche tes lèvres

31 Juillet 2026, 00:05am

Publié par vertuchou

Je touche tes lèvres, je touche d’un doigt le bord de tes lèvres, je dessine ta bouche comme si elle naissait de ma main, comme si elle s’entrouvrait pour la première fois, et il me suffit de fermer les yeux pour tout défaire et tout recommencer, je fais naître chaque fois la bouche que je désire, la bouche que ma main choisit et qu’elle dessine sur ton visage, une bouche choisie entre toutes, choisie par moi avec une souveraine liberté pour la dessiner de ma main sur ton visage et qui, par un hasard que je ne cherche pas à comprendre, coïncide exactement avec ta bouche qui sourit sous la bouche que ma main te dessine.
Tu me regardes, tu me regardes de tout près, tu me regardes de plus en plus près, nous jouons au cyclope, nos yeux grandissent, se rejoignent, se superposent, et les cyclopes se regardent, respirent confondus, les bouches se rencontrent, luttent tièdes avec leurs lèvres, appuyant à peine la langue sur les dents, jouant dans leur enceinte où va et vient un air pesant dans un silence et un parfum ancien. Alors mes mains s’enfoncent dans tes cheveux, caressent lentement la profondeur de tes cheveux, tandis que nous nous embrassons comme si nous avions la bouche pleine de fleurs ou de poissons, de mouvements vivants, de senteur profonde. Et si nous nous mordons, la douleur est douce et si nous sombrons dans nos haleines mêlées en une brève et terrible noyade, cette mort instantanée est belle. Et il y a une seule salive et une seule saveur de fruit mûr, et je te sens trembler contre moi comme une lune dans l’eau.

Julio Cortázar, Marelle.

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