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Coups de cœur
D’où me vient la tendresse ?
D’où me vient la tendresse ?
J’ai caressé d’autres boucles
Et j’ai connu des lèvres
Plus sombres que les tiennes.
Les étoiles s’allumaient et mouraient
(D’où me vient la tendresse ?)
Et les yeux s’allumaient et mouraient
Plongés dans mon regard.
J’ai entendu d’autres chants
Dans la nuit sombre et noire
(D’où me vient la tendresse ?) -
La tête sur le cœur du chanteur.
D’où me vient la tendresse ?
Et que puis-je en faire, adolescent
Malicieux, chanteur vagabond,
Aux cils plus longs que longs ?
18 février 1916
Marina Tsvétaïeva
Le poème doit être
Le poème doit être comme l'étoile, qui est un monde et paraît un diamant.
Juan Ramon Jimenez
Autobiographie
Dans mon enfance les arbres étaient verts
Et il y avait tant et tant à voir
Reviens vite ou ne reviens jamais.
Mon père faisait résonner les murs,
Il portait son col de travers.
Reviens vite ou ne reviens jamais.
Ma mère portait une robe jaune ;
Douce, douce, la douceur même.
Reviens vite ou ne reviens jamais.
À l’âge de cinq ans les rêves noirs sont venus ;
Rien après ne fut tout à fait pareil.
Reviens vite ou ne reviens jamais.
Le sombre parlait aux morts :
La lampe était sombre à côté de mon lit.
Reviens vite ou ne reviens jamais.
Quand je me réveillais ils ne faisaient pas attention à moi ;
Personne, personne n’était là.
Reviens vite ou ne reviens jamais.
Quand ma terreur silencieuse criait,
Personne, personne ne répondait.
Reviens vite ou ne reviens jamais.
Je me suis levé : le soleil glacial
M’a vu partir seul.
Reviens vite ou ne reviens jamais.
Louis MacNeice
septembre 1940
Peter Gunn
Sonnet VIII
Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
J’ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m’est et trop molle et trop dure.
J’ai grands ennuis entremêlés de joie.
Tout à un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j’endure ;
Mon bien s’en va, et à jamais il dure ;
Tout en un coup je sèche et je verdoie.
Ainsi Amour inconstamment me mène ;
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.
Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur
Louise Labé
Ils s’étreignirent sans rien ajouter
Ils s’étreignirent sans rien ajouter, et celui qui survécut se rappela toujours cette étreinte, la conserva parmi les instants les plus précieux de sa vie, l’évoqua avec la cupidité de l’avare qui compte son argent sans se lasser et le revécut souvent, dans les périodes les plus dures et dans les meilleures, entre l’éblouissement de l’amour et l’attente de la mort, entre la rapidité de l’infortune et la lenteur de la prospérité, entre l’odeur de peur que dégageaient les wagons des trains, celle des nuits à la belle étoile et l’oubli inconscient de l’odeur de la peur, et après, avec les émotions et les désirs, avec les dimanches et les jours ouvrables, avec la chaleur du corps de sa femme les nuits d’hiver où il fallait s’emmitoufler et les rires de leurs enfants qui grandissaient sans le fardeau épuisant de la mémoire,
Almudena Grandes, Le coeur glacé.
Ton poème
C’est un poème riche en images,
pauvre en divertissements.
Rassure-toi. Il ne dure pas longtemps.
Cécile Coulon
Song of the Birds
Cette tendre pâleur
Cette tendre pâleur qui recouvrit
D’une nuée d’amour son doux sourire,
S’offrit à mon cœur si majestueuse
Que mon visage parla avant moi.
Je compris aussitôt comment les saints
Se voient au Paradis : une idée pure
S’ouvrit à moi, à l’insu de tout autre
Je la perçus, je n’ai d’yeux que pour elle.
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