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Coups de cœur
Un poème est une durée
Un poème est une durée, pendant laquelle, lecteur, je respire une loi qui fut préparée ;
je donne mon souffle et les machines de ma voix ; ou seulement leur pouvoir, qui se concilie avec le silence.
Paul Valéry
La voyageuse
Si l'on parle de moi,
Je me cacherai sous les violettes
Et deviendrai
Le Scarabée d'or.
Si l'on me touche
Je serai la musique qui tourne
Au-dessus de vos saison de Mai.
Si l'on m'aborde,
Je serai le feu.
Claude de Burine.
Sotto il Monte, portrait d'un jeune porteur
1909
La dame avait une robe
En ottoman violine
Et sa tunique brodée d’or
Était composée de deux panneaux
S’attachant sur l’épaule
Les yeux dansants comme des anges
Elle riait elle riait
Elle avait un visage aux couleurs de France
Les yeux bleus les dents blanches et les lèvres très rouges
Elle avait un visage aux couleurs de France
Elle était décolletée en rond
Et coiffée à la Récamier
Avec de beaux bras nus
N’entendra-t-on jamais sonner minuit
La dame en robe d’ottoman violine
Et en tunique brodée d’or
Décolletée en rond
Promenait ses boucles
Son bandeau d’or
Et traînait ses petits souliers à boucles
Elle était si belle
Que tu n’aurais pas osé l’aimer
J’aimais les femmes atroces dans les quartiers énormes
Où naissaient chaque jour quelques êtres nouveaux
Le fer était leur sang la flamme leur cerveau
J’aimais j’aimais le peuple habile des machines
Le luxe et la beauté ne sont que son écume
Cette femme était si belle
Qu’elle me faisait peur
Guillaume Apollinaire
Elle tend la main, elle veut toucher Isabelle,
Elle tend la main, elle veut toucher Isabelle, entendre battre son cœur. Elle a toujours cherché cela, à travers la peau des autres, les battements du sang. Déjà dans la cour de l'école on se méfiait d'elle. Les filles l'évitaient, elles allaient se plaindre à leur mère, ça faisait des histoires. Son frère lui expliquait. On ne peut s'approcher que des cœurs des gens que l'on aime très fort.
Claudie Gallay, L'amour est une île.
Donne-moi tes mains
Donne-moi tes mains pour l'inquiétude
Donne-moi tes mains dont j'ai tant rêvé
Dont j'ai tant rêvé dans ma solitude
Donne-moi tes mains que je sois sauvé
Lorsque je les prends à mon propre piège
De paume et de peur de hâte et d'émoi
Lorsque je les prends comme une eau de neige
Qui fuit de partout dans mes mains à moi
Sauras-tu jamais ce qui me traverse
Qui me bouleverse et qui m'envahit
Sauras-tu jamais ce qui me transperce
Ce que j'ai trahi quand j'ai tressailli
Ce que dit ainsi le profond langage
Ce parler muet de sens animaux
Sans bouche et sans yeux miroir sans image
Ce frémir d'aimer qui n'a pas de mots
Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
D'une proie entre eux un instant tenue
Sauras-tu jamais ce que leur silence
Un éclair aura connu d'inconnu
Donne-moi tes mains que mon cœur s'y forme
S'y taise le monde au moins un moment
Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
Que mon âme y dorme éternellement.
Louis Aragon
La rêveuse
J'ai tant fixé la beauté
J’ai tant fixé la beauté
Que mes yeux en sont pleinement emplis.
Lignes du corps,
lèvres rouges,
membres voluptueux.
Chevelures semblant tomber des statues grecques,
toujours belles même quand échevelées
elles retombent un peu sur un front blanc.
Visages de l’amour comme le désirait mon poème…
Visages à peine entrevus, dans mes nuits,
dans les nuits de ma jeunesse…
Constantin Cavafis
La fiction et la poésie
La fiction et la poésie sont des médicaments, des remèdes.
Elles guérissent l'entaille pratiquée par la réalité sur l'imagination.
Jeanette Winterson
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