Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Vertuchou.over-blog.com

Corps à cœur

22 Juin 2026, 00:49am

Publié par vertuchou

Le coup d'un soir
où la rencontre des corps
n'a rien du coup
porté
mais nous transporte
vers là d'où l'on est arrivé

Effarant décalage
des corps et des âmes
où la douceur de la caresse
n'a d'égal
inversé
que la rugosité du palais

Quand le reste s'en mêle
l'impalpable
l'insaisissable
l'inexplicable
qu'on emballe en un joli mot

ne jamais le
dé-cor-tiquer
au risque de l'abîmer

Pourquoi
cet homme que tu glisserais
volontiers dans ton lit

mais pas à ta table
ou l'inverse

cet autre dont la seule main
sur ton épaule
te fait hérisser le poil

D'où viennent les aimants
ceux qui s'attirent
Forces telluriques
Où vont les contraires

Où allaient ceux
de chaque côté de la faille
dont la rencontre fortuite
réveilla la colère
de la terre

D'où venions-nous
Où allions-nous
Qu'avions-nous rapporté
des sentiers empruntés

Où irions-nous si
l'on ne faisait halte
jamais
à la rencontre de l'autre
qui nous ressemble
parfois
ou nous surprend
mais toujours
nous rassemble

différemment

Thérèse Bardenaine

Voir les commentaires

Dis-moi aussi que tu m'aimes

21 Juin 2026, 00:30am

Publié par vertuchou

Dis-moi aussi que tu m'aimes, et comment tu m'aimes, et que tu m'aimeras jusqu'à la fin. J'en ai besoin, c'est l'eau dans le désert. Mon amour, mon cher amour, je suis tourné vers toi, sans trêve, de tout l'être, sans exception. Pardonne-moi cette lettre un peu morne. C'est ton silence, peut-être. Mais mon cœur lui est vivant et c'est à toi qu'il le doit. Je vais aller mieux, travailler... Mais je ne t'aimerai jamais mieux, ni plus, maintenant que je suis tout entier abandonné à toi.
J'embrasse tes yeux, ton rire, ta nuque sous les cheveux... ô quelle pluie de délices, ce serait, que de pouvoir te tenir encore sous moi, captive, et tiède... toi et moi, enfin...

14 heures. Je t'aime.
15 heures. Nous !
16 heures. Nous… »

Lettre d'Albert Camus à Maria Casarès.

 

Voir les commentaires

Chant de fête

20 Juin 2026, 00:06am

Publié par vertuchou

Il disait : « Pourquoi ce sourire,
« Pourquoi ces yeux prêts à pleurer,
« Pourquoi rester sans me rien dire,
« Et, tout bas, pourquoi soupirer ?

« Quel regret des choses passées
« Du jour présent vient émerger ?
« Quelle est celle de tes pensées
« Que je ne dois pas partager ?

« Est-ce désir, espoir ou rêve,
« Inquiétude ou souvenir ?
« Souffle de l’aube qui se lève
« Ou de la nuit qui va venir ?

« Est-ce au ciel bleu que tu regardes,
« Aux clairs horizons infinis ?
« Ou bien, cher ange qui nous gardes,
« Est-ce au foyer que tu bénis ?

« Est-ce tes enfants ou ta mère
« Ou celui qui vit à tes pieds ?
« Quelle envie ou quelle chimère
« Fait tes doux regards tout mouillés ?

« Est-ce angoisse ou mélancolie ?
« Ennui, songe vain, vague effroi ?
« Oh ! parle : tristesse ou folie,
« Tu le sais, j’aime tout de toi ! »

Mais elle, relevant la tête,
Répondait : « Ne comprends-tu pas ?
« Tout à l’heure, au seuil de la fête
« On s’écartait devant nos pas.

« J’entendais un murmure étrange
« Qui s’élevait derrière nous…
« Et c’était un chœur de louange
« Autour du nom de mon époux.

« L’un disait l’œuvre de la veille,
« L’autre le bienfait d’aujourd’hui :
« Tous étaient d’accord, ô merveille !
« Et tous s’inclinaient devant lui.

« Tandis qu’il allait, l’âme fière
« De mon bras passé sous le sien,
« Ô candeur ! ô vertu première !
« Lui n’entendait, ne voyait rien.

« Mais moi, que sa gloire auréole,
« Que l’honneur de son nom grandit,
« Je recueillais chaque parole
« Et j’écoutais tout ce qu’on dit.

« Aussi pressé-je avec ivresse
« Dans ma main l’anneau nuptial,
« Immortel gage de tendresse,
« Chaînon du lien idéal ;

« Aussi plus que tous admiré-je
« Ces traits lassés et maladifs
« Et ce large front dont la neige
« Couronne les sillons hâtifs ;

« Aussi sens-je un dédain extrême
« Pour les biens dont tous sont jaloux ;
« Car j’ai l’amour pour diadème,
« La joie et l’orgueil pour bijoux. »

Louisa Siefert

Voir les commentaires

Tu ne savais pas

19 Juin 2026, 00:01am

Publié par vertuchou

Voir les commentaires

J'aimerai savoir...

18 Juin 2026, 00:44am

Publié par vertuchou

Je ne te connais pas
Bien que tu sois des familiers qui m'accompagnent
En devançant mes yeux.
Je sais que je ne suis que ton fantôme,
Et je ne veux
Que suivre sans retour
L'absence dématérialisée
De ton désir.

Marc-Henri Arfeux 

Voir les commentaires

Seule la poésie

17 Juin 2026, 12:00pm

Publié par vertuchou

Seule la poésie est extralucide.

Gabriel García  Márquez

Voir les commentaires

La ceinture

16 Juin 2026, 00:56am

Publié par vertuchou

Non pas sur la bouche
même si c'est louche
puisque ma langue
a le goût de ta vertu
de ton honneur perdu

non pas sur les lèvres
même si j'en rêve
même si je tremble
et bien que mon cœur soit nu
mon âme est revêtue

de pudeur et d'impudence
sans te faire offense
mieux n'vaut pas tenter sa chance

rien ne dure
au dessus de la ceinture

non pas sur la bouche
même sous la douche
même si c'est dur
je te mordrai c'est promis
tous les coups sont permis

non pas sur les lèvres
même pas en rêve
à  cent pour sûre
ou tu mangeras ton pain gris
mon cœur est endurci

ne tire pas sur l'ambulance
garde la potence
plus rien n'a plus d'importance

rien ne dure
au dessus de la ceinture

non pas sur la bouche
je sais je touche le fond du lac
le temps des cerises est mort
le diable est dans le corps

non pas sur les lèvres
non c'est pas mièvre
c'est pas le trac
mais je préfère me donner crue
sans revers ni refus

rendons nous à  l'évidence
tout est cuit d'avance
mieux n'vaut pas tenter sa chance

rien ne dure
au dessus de la ceinture

non pas sur la bouche
je sais c'est louche
puisque ma peau
a l'odeur de ton odeur
au dehors il fait chaud

non pas sur les lèvres
jamais de trêve
et pas d'assaut
le bonheur est dans la pente
entre le sol et le ventre

entre l'oubli et l'oubli
même l'oiseau du paradis
joue plutôt jeux interdits

rien ne dure
au dessus de la ceinture. 

Elodie Frégé

Voir les commentaires

Algo Nuevo

15 Juin 2026, 00:45am

Publié par vertuchou

Voir les commentaires

En allant chercher des obus

14 Juin 2026, 00:05am

Publié par vertuchou

Toi qui précèdes le long convoi qui marche au pas
Dans la nuit claire…
Les testicules pleins, le cerveau tout empli d’images neuves…
Le sergent des riz pain de sel qui jette l’épervier dans le canal bordé de
tilleuls…
L’âme exquise de la plus Jolie me parvient dans l’odeur soudaine des
lilas qui déjà tendent à défleurir dans les jardins abandonnés

Des Bobosses poudreux reviennent des tranchées blanches comme
les bras de l’Amour

Je rêve de t’avoir nuit et jour dans mes bras
Je respire ton âme à l’odeur des lilas

Ô Portes de ton corps
Elles sont neuf et je les ai toutes ouvertes
O Portes de ton corps
Elles sont neuf et pour moi se sont toutes refermées

À la première porte
La Raison Claire est morte
C`était, t’en souviens-tu le premier jour à Nice
Ton oeil de gauche ainsi qu`une couleuvre glisse
Jusqu’à mon coeur
Et que se rouvre encore la porte de ton regard de gauche

À la seconde porte
Toute ma force est morte
C`était t’en souviens-tu dans une auberge à Cagnes
Ton oeil de droite palpitait comme mon coeur
Tes paupières battent comme dans la brise battent les fleurs
Et que se rouvre encore la porte de ton regard de droite

À la troisième porte
Entends battre l’aorte
Et toutes mes artères gonflées par ton seul amour
Et que se rouvre encore la porte de ton oreille de gauche

À la quatrième porte
Tous les printemps m’escortent
Et l’oreille tendue entends du bois joli
Monter cette chanson de l`amour et des nids
Si triste pour les soldats qui sont en guerre
Et que se rouvre encore la porte de ton oreille de droite

À la cinquième porte
C`est ma vie que je t’apporte
C’était t’en souviens-tu dans le train qui revenait de Grasse
Et dans l`ombre, tout près, tout bas
Ta bouche me disait
Des mots de damnation si pervers et si tendres
Que je me demande, ô mon âme blessée
Comment alors j’ai pu sans mourir les entendre
Ô mots si doux, si forts que quand j’y pense il me semble que je les touche
Et que s’ouvre encore la porte de ta bouche

À la sixième porte
Ta gestation de putréfaction, ô Guerre, avorte
Voici tous les printemps avec leurs fleurs
Voici les cathédrales avec leur encens
Voici tes aisselles avec leur divine odeur
Et tes lettres parfumées que je sens
Pendant des heures
Et que se rouvre encore la porte de ta narine de gauche

À la septième porte
Ô parfums du passé que le courant d’air emporte
Les effluves salins donnaient à tes lèvres le goût de la mer
Odeur marine, odeur d’amour; sous nos fenêtres mourait la mer
Et l’odeur des orangers t’enveloppait d’amour
Tandis que dans mes bras tu te pelotonnais
Quiète et coite
Et que se rouvre encore la porte de ta narine de droite

À la huitième porte
Deux anges joufflus veillent sur les roses tremblantes qui supportent
Le ciel exquis de ta taille élastique
Et me voici armé d`un fouet fait de rayons de lune
Les amours couronnés de jacinthe arrivent en troupe
Et que se rouvre encore la porte de ta croupe

À la neuvième porte
Il faut que l`amour même en sorte
Vie de ma vie
Je me joins a toi pour l’éternité
Et par l’amour parfait et sans colère
Nous arriverons dans la passion pure ou perverse
Selon ce qu’on voudra
À tout savoir à tout voir, à tout entendre
Je me suis renoncé dans le secret profond de ton amour
Ô porte ombreuse, ô porte de corail vivant
Entre les deux colonnes de perfection
Et que se rouvre encore la porte que tes mains savent si bien ouvrir

Courmelois, le 13 mai 1915

Guillaume Apollinaire

 

Voir les commentaires

Quand elle apparaissait sur le seuil

13 Juin 2026, 00:26am

Publié par vertuchou

Quand elle apparaissait sur le seuil, mon cœur bondissait. Je courais vers le hall, saisissais mes livres et la suivais. Je ne perdais jamais de vue la silhouette brune, et lorsqu’elle arrivait au point où nos chemins divergeaient, j’allongeais le pas, afin de la dépasser. Ceci se renouvelait tous les matins. Je ne lui avais jamais parlé, sauf un petit mot quelconque de temps à autre, et cependant à son nom, mon sang ne faisait qu’un tour.

Son image m’accompagnait partout, même aux endroits les moins romantiques.

James Joyce, Araby

 

Voir les commentaires