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J’aime mon corps lorsque qu’il est avec ton corps

31 Mai 2026, 00:13am

Publié par vertuchou

j’aime mon corps lorsqu’il est avec ton
corps. Il devient une chose tellement nouvelle.
Muscles mieux et nerfs plus.
j’aime ton corps. j’aime ce qu’il fait,
j’aime ses comment. j’aime sentir la colonne
de ton corps et ses vertèbres, et tremblante
sa fermeté soyeuse et que je vais
encore et encore et encore
l’embrasser, j’aime embrasser ton ceci ton cela,
j’aime, lentement caresser le, scandaleux duvet
de ta toison électrique, et le qu’arrive-t-il
sur la chair entrouverte… Les grands yeux miettes d’amour,

et il se peut que j’aime le frisson

de toi sous moi complètement nouvelle

Edward Estlin Cummings

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Selden et Lily

30 Mai 2026, 00:42am

Publié par vertuchou

Selden et Lily demeuraient immobiles, acceptant l’irréalité de la scène comme unie à leur propre sensation de rêve. Ils n’eussent pas été surpris qu’une brise d’été vint leur caresser le visage, ou de voir les lumières apparues à travers les branches se doubler à la voûte d’un ciel étoilé. L’étrange solitude autour d’eux n’était pas plus étrange que la douceur de s’y trouver ensemble.

Edith Wharton, Chez les heureux du monde.
 

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Erotika

29 Mai 2026, 00:05am

Publié par vertuchou

Mets ton pied nu
sur le papier
sur le poème
je dessinerai au crayon
le contour de ton pied
je le fixerai sur le mur
avec une punaise
j'allumerai aussi les trois bougies
sur le chandelier -
alors ferme la porte.

Athènes, 16.II.80 

Yannis Ritsos

 

 

 

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Gloria

28 Mai 2026, 00:15am

Publié par vertuchou

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L'amour borgne

27 Mai 2026, 00:11am

Publié par vertuchou

Je t’aime de mon œil unique, je te lorgne
Ainsi qu’un Chinois l’opium :
Je t’aime aussi de mon amour borgne,
Fille aussi blanche qu’un arum.
Je veux tes paupières de bistre,
Et ta voix plus lente qu’un sistre ;
Je t’aime de mon œil sinistre
Où luit la colère du rhum.

Je te suis du regard, lubrique comme un singe,
Ivre comme un ballon sans lest.
Ton âme incertaine de Sphinge
Flotte entre le zist et le zest.
Et je halète vers l’amorce
Des seins vibrants, du souple torse
Où la grâce épouse la force,
Et des yeux verts comme l’ouest.

Ton visage s’estompe à travers les courtines ;
Et tu médites, un fruit sec
Entre tes lèvres florentines
Où s’apaise un sourire grec.
Je meurs de tes paroles brèves…
Je veux que de tes dents tu crèves
Mon œil où se brouillent les rêves,
Comme un ara, d’un coup de bec.

Renée Vivien 

 

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La poésie est toujours

26 Mai 2026, 00:59am

Publié par vertuchou

La poésie est toujours un acte de paix. Le poète naît de la paix comme le pain naît de la farine.

Pablo Neruda

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La voyageuse

25 Mai 2026, 00:11am

Publié par vertuchou

Si l'on parle de moi,
Je me cacherai sous les violettes
Et deviendrai
Le scarabée d'or.
Si l'on me touche
Je serai la musique qui tourne
Au-dessus de vos saisons de Mai.
Si l'on m'aborde,
Je serai le feu.

Claude de Burine

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Towards

24 Mai 2026, 00:30am

Publié par vertuchou

Kim Bohie, Towards, 2024. Couleur sur toile, 130.3 x 162.2 cm.

Kim Bohie, Towards, 2024. Couleur sur toile, 130.3 x 162.2 cm.

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Dans un ciel couleur de métal

23 Mai 2026, 00:02am

Publié par vertuchou

Dans un ciel couleur de métal,
l’éclat froid d’une dynamo.
Oh silence de ma bonne étoile !
De mes dents, l’étincelle d’un mot –

En moi le passé comme une pierre
tombe dans l’infini silencieux.
Le temps s’enfuit, pâle et muet.
Lueur d’une lame : mes cheveux –

Ma moustache rampe, alourdie,
chenille sur ma bouche éteinte.
Mal au cœur, les mots ont tiédi.
Mais qui serait là pour entendre –

Attila József (1905 - 1937)

Traduit du hongrois par Alice Zeniter

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C’était toujours

22 Mai 2026, 00:40am

Publié par vertuchou

C’était toujours le même beau visage éclatant de jeunesse qu’elle avait devant elle. Mais ce n’était plus cette attirance objective qu’on éprouve pour le corps d’un homme qu’on commence à aimer. Il y avait là une force magnétique beaucoup plus obscure, beaucoup plus globale. Quelque chose chez Senkitchi la fascinait, ne la lâchait plus, et elle n’aurait déjà plus su dire ce que c’était. Sa voix, un geste banal, son sourire, une habitude de rien du tout comme cette façon qu’il avait, lorsqu’il craquait une allumette de faire la moue en regardant la flamme s’allumer d’un regard hésitant… tout cela, surtout depuis le début de leur vie commune, s’était collé comme de la glue dans les moindres recoins du cœur de Taéko, et elle ne pouvait plus s’en défaire. Essayer d’extirper de son esprit un seul de ces petits riens insignifiants revenait pour elle à s’arracher la peau en prenant le risque de la faire saigner.

Yukio Mishima, L'école de la chair.

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