En somme
En somme, plus un poème est conforme à la Poésie, moins il peut se penser en prose sans périr.
Paul Valéry
Coups de cœur
En somme, plus un poème est conforme à la Poésie, moins il peut se penser en prose sans périr.
Paul Valéry
Si tu pouvais jamais égaler, ô ma lyre,
Le doux frémissement des ailes du zéphyre
À travers les rameaux,
Ou l'onde qui murmure en caressant ces rives,
Ou le roucoulement des colombes plaintives,
Jouant aux bords des eaux ;
Si, comme ce roseau qu'un souffle heureux anime,
Tes cordes exhalaient ce langage sublime,
Divin secret des cieux,
Que, dans le pur séjour où l'esprit seul s'envole,
Les anges amoureux se parlent sans parole,
Comme les yeux aux yeux ;
Si de ta douce voix la flexible harmonie,
Caressant doucement une âme épanouie
Au souffle de l'amour,
La berçait mollement sur de vagues images,
Comme le vent du ciel fait flotter les nuages
Dans la pourpre du jour :
Tandis que sur les fleurs mon amante sommeille,
Ma voix murmurerait tout bas à son oreille
Des soupirs, des accords,
Aussi purs que l'extase où son regard me plonge,
Aussi doux que le son que nous apporte un songe
Des ineffables bords !
Ouvre les yeux, dirais-je, ô ma seule lumière !
Laisse-moi, laisse-moi lire dans ta paupière
Ma vie et ton amour !
Ton regard languissant est plus cher à mon âme
Que le premier rayon de la céleste flamme
Aux yeux privés du jour.
Alphonse de Lamartine.
Il la regarde. Elle est belle. Belle à la manière des souvenirs de vacances, comme ces visages familiers qui vous reviennent avec l’odeur de l’herbe coupée, où ressuscitent quand l’après-midi filtre par les persiennes et ranime la mémoire d’une sieste dans une maison où l’on a été heureux.
Nicolas Mathieu, Connemara.
Aucun feu, aucun charbon ne peut brûler aussi fort
Que cet amour secret que personne ne connaît.
Pas une rose, pas un œillet ne peut fleurir aussi joliment
Que lorsque deux âmes se tiennent l'une près de l'autre.
Si tu mets un miroir dans mon cœur,
Alors tu peux voir combien sincèrement je le pense !
Nous rôdons par les blés roussis que midi brûle.
Une fièvre amoureuse en nos veines circule.
Nous nous sommes couchés aux pentes des talus,
Sous le ciel bleu, moins bleu que le bleu de nos âmes,
Sous un soleil moins fort, moins ardent que la flamme
Qui consume nos sens… Et nous n’en pouvons plus.
Puis nous avons cherché les étangs et les saules.
J’ai posé mes deux mains, ainsi, sur vos épaules,
Afin de m’absorber mieux en votre beauté…
Et d’elle j’ai joui plus que je ne puis le dire
Et de vous je me suis grisée, et j’ai vu rire,
Dans vos yeux clairs, le rire immense de l’Été.
Marie Nizet
La poésie est un écho qui demande une ombre pour danser.
Carl Sandburg
Les sentiments qui font le plus mal, les émotions qui piquent le plus, sont celles qui sont absurdes — le désir de choses impossibles, précisément parce qu’elles le sont ; la nostalgie de ce qui n’a jamais été ; le désir de ce qui aurait pu être ; regret de ne pas être quelqu’un d’autre ; insatisfaction face à l’existence du monde. Tous ces demi-tons de la conscience de l’âme créent en nous un paysage douloureux, un coucher de soleil éternel de ce que nous sommes.
Fernando Pessoa, Le Livre de l’Inquiétude.