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Coups de cœur
Le vampire
Tes boucles ténébreuses et lourdent coulent
sur tes blanches courbes comme un fleuve
et dans leur flot crépu et sombre je répands
les roses enflammées de mes baisers
Tandis que j'entrouvre les épais
anneaux, je sens le léger et froid
effleurement de ta main et un long frisson
me parcourir et me pénètre jusqu'aux os.
Tes pupilles chaotiques et farouches
étincellent au soupir
qui s'exhale et me déchire les entrailles,
et pendant que j'agonise, toi, assoiffée,
tu sembles un vampire sombre et obstiné
qui de mon sang ardent se repaît.
Efren Rebolledo
Ma bouche contre ton oreille
Ma bouche contre ton oreille, je te dis des mots qui ne s'écrivent pas. Des mots qui exigent la voix. Des mots de toi à moi, les derniers prononcés qui traversent ta peau devenue froide, qui parcourent tes oreilles, ton cerveau, tes veines et tout ton squelette pour rejoindre ton souffle, si ténu soit-il. Des mots d'amour, de gratitude, alors que déjà se profile l'incertitude de ne pouvoir jamais vivre sans toi.
Léonor de Recondo, Manifesto.
Ta voix
Embusqué dans mon écriture
tu chantes dans mon poème.
Otage de ta douce voix
pétrifiée dans ma mémoire.
Oiseau accroché à sa fuite.
Air tatoué par un absent.
Montre qui bat avec moi
pour que jamais je ne m’éveille.
Alejandra Pizarnik
Red Curtain
Nous marchons en ce monde
Nous marchons en ce monde
sur le toit de l'enfer
en regardant les fleurs
Dans le poète
Dans le poète : l’oreille rit, la bouche jure ;
C’est l’intelligence, l’éveil qui tue ;
C’est le sommeil qui rêve et voit clair
Paul Éluard
Saint Jérôme lisant
La raison me fait connaître
La raison me fait connaître
Qu'amour n'est plus de saison
Mais quand l'amour est maître,
Écoute-t-on la raison ?
Qu'est-ce que mon cœur espère
Quand il se mêle d'aimer ?
Quand on n'est plus propre à plaire,
Pourquoi se laisser charmer ?
Charles Le Marquetel dit Saint-Évremond
Je me demandais
Je me demandais comment arriver jusqu'au restaurant sans lui arracher cette robe qui ne servait qu'à la faire éclater de partout, la jeter sur la première banquette venue et la prendre là, en oubliant les convenances, le lieu public et ses badauds, la planète, le siècle, le temps, l'espace, tout, sauf son corps et son visage de statue narquoise.
Jacques Sternberg, Histoires à dormir sans vous.
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