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J’entrai et la pris dans mes bras

16 Janvier 2024, 01:44am

Publié par vertuchou

J’entrai et la pris dans mes bras. Je sentis ses ongles sur ma nuque. Elle sanglotait. Je savais qu’il ne s’agissait ni de moi ni d’elle. Il s’agissait de dénuement. C’était seulement un moment d’entraide. Nous avions besoin d’oubli, tous les deux, de gîte d’étape, avant d’aller porter plus loin nos bagages de néant. Il fallut encore traverser le désert où chaque vêtement qui tombe, rompt, éloigne et brutalise, où les regards se fuient pour éviter une nudité qui n’est pas seulement celle des corps, et où le silence accumule ses pierres. Deux êtres en déroute qui s’épaulent de leur solitude et la vie attend que ça passe.

Romain Gary, Clair de femme.

 

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Le miroir

15 Janvier 2024, 01:29am

Publié par vertuchou

Au ralenti, le clair de lune traversait une fois
le rêveur miroir,
où, à genoux, inviolablement profond,
vieux port aux secrets inoubliables
des merveilles inoubliables.
Mais maintenant des toiles d'araignées poussiéreuses s'entrelacent
à travers le miroir, celui qui autrefois
J'ai vu les doigts qui enlevaient l'or
d'un front insouciant;
et les profondeurs sont aveuglées par la lune,
et oublié ses secrets, jamais révélés.

Aldous Huxley

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A Monsieur F. Hiller

14 Janvier 2024, 01:48am

Publié par vertuchou

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Appel

13 Janvier 2024, 01:58am

Publié par vertuchou

Je n'ai pu contenter mon âme inassouvie
Avec toute la vie.

Je n'ai pu contenter mon corps inapaisé
Avec tout le baiser.

Le désir éternel qui gémit dans mon être
N'a pas trouvé son maître.

Et rien ne fera taire en mon âme et mon corps
La voix qui crie : Encore!....Encore!...

Lucie Delarue-Mardrus

 

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La poésie ne doit pas être une arme

12 Janvier 2024, 01:30am

Publié par vertuchou

La poésie ne doit pas être une arme, elle doit être un câlin, une invention, une découverte de ce qui arrive aux autres, c'est-à-dire une découverte, un encouragement, un ajout, un frisson. La poésie doit être obligatoire.

Gloria Fuertes

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La Havane

11 Janvier 2024, 01:27am

Publié par vertuchou

Ce n’est pas Cuba où la mer dissout l’âme.
Ce n'est pas Cuba - que Gauguin n'a jamais vu,
que Picasso n'a jamais vu,
Où les noirs s'habillaient de jaune et de cerise
Ils font le tour de la promenade, entre deux lumières,
et les yeux vaincus
Ils ne cachent plus leurs pensées.

Ce n’est pas Cuba – celui qui a entendu Stravisnsky
Organiser les sons des marimbas et des güiros
Aux funérailles de Papa Montero,
Ñañigo avec un canaille de canne et de rumbero.

Ce n'est pas Cuba - là où le Yankee colonial
Il se soigne des bouffées de chaleur en sirotant des « slushies »
De brise, sur les terrasses du quartier ;
Où la police désinfecte
La piqûre des derniers moustiques
Ils fredonnent toujours en espagnol.

Ce n’est pas Cuba – où la mer est transparente
Pour que le butin du Maine ne soit pas perdu,
Et un entrepreneur révolutionnaire
Il teint l'air de l'après-midi en blanc,
Fanning, avec un sourire de vétéran,
De ton fauteuil à bascule, le parfum
Des douanes noix de coco et mangues.

Alphonse Reyes

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Ménerbes

10 Janvier 2024, 01:17am

Publié par vertuchou

Nicolas De Staël, Ménerbes, 1954, huile sur toile, 60 X 81 cm

Nicolas De Staël, Ménerbes, 1954, huile sur toile, 60 X 81 cm

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Oreiller d'herbes

9 Janvier 2024, 01:24am

Publié par vertuchou

En sortant par la porte, j'ai eu de nombreuses pensées.
Le vent du printemps soulève mes vêtements,
Des herbes parfumées poussent sur des traces de roues.
Le chemin abandonné s'enfonce dans le brouillard.
Je m'arrête m'appuyant sur ma canne et regarde à l'entour,
La nature entière brille.
J'entends le doux roucoulement des rossignols
Je vois une pluie de pétales tomber.
Là où s'épuise le chemin, s'étend la plaine.
Je note un poème sur la porte d'un vieux temple.
La solitude s'étend jusqu'à la limite des nuages.
Une oie sauvage traverse le ciel pour retourner au pays.
Que le coeur est profond et serein.
Dans mon extase j'oublie ce qui distingue le bien et le mal.
J'ai dépassé la trentaine et j'entre dans la vieillesse.
Le paysage printanier est toujours tendre.
Je me promène en suivant la mutation de la nature.
Je me trouve imperturbablement face aux fleurs parfumées.

Le chrysanthème à la fenêtre
est sans couleur encore
Mais voici l'aurore

Natsume Sôseki

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De penser, Simone

8 Janvier 2024, 01:42am

Publié par vertuchou

Dimanche soir [5 septembre 1920]

De penser, Simone, que dans quelques très petites heures, je ne pourrai plus vous aimer avec mes yeux, que je serai déjà loin de vous, me décourage presque. Pourquoi notre amour nous apporte-t-il si peu de bonheur ? Je vous aime pourtant avec tout ce que j’ai de meilleur : je ne peux pas plus vous aimer.

Quand vous lirez ces lignes, je ne serai plus là ; sentirez-vous toute mon âme vous entourer, vous pénétrer ?
Elle sera toujours avec vous.

.Alain

Lettre d'Alain Grandbois à Simone Routier

 

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Hospice

7 Janvier 2024, 01:24am

Publié par vertuchou

C'est l'hospice, l'ancien hospice provincial,
le manoir délabré de tuiles noircies
où nichent les martinets en été
et les corbeaux crient les nuits d'hiver.
Avec son fronton au nord, entre les deux tours
de l'ancienne forteresse, le bâtiment sordide
de murs fissurés et de murs sales
c'est un coin d'ombre éternelle. Le vieil hospice!
Pendant que le soleil de janvier envoie sa faible lumière,
sa triste lumière voilée sur les champs stériles,
À une petite fenêtre, ils apparaissent, à la lumière du jour,
des visages pâles, abasourdis et malades,
contempler les montagnes bleues de la sierra;
Ou, du ciel blanc, comme sur une fosse,
tombe la neige blanche sur la terre froide,
sur la terre froide la neige silencieuse ...

Antonio Machado

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