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Coups de cœur
L'empreinte
D'une si rude étreinte et d'un tel serrement
Qu'avant que la douceur du jour me soit ravie
Elle s'échauffera de mon enlacement.
La mer abondamment sur le monde étalée
Gardera dans la route errante de son eau
Le goût de ma douleur qui est âcre et salée
Et sur les jours mouvants roule comme un bateau.
Je laisserai de moi dans le pli des collines
La chaleur de mes yeux qui les ont vu fleurir,
Et la cigale assise aux branches de l'épine
Fera vibrer le cri strident de mon désir.
Dans les champs printaniers la verdure nouvelle
Et le gazon touffu sur le bord des fossés
Sentiront palpiter et fuir comme des ailes
Les ombres de mes mains qui les ont tant pressés.
La nature qui fut ma joie et mon domaine
Respirera dans l'air ma persistante ardeur,
Et sur l'abattement de la tristesse humaine
Je laisserai la forme unique de mon cœur.
La poésie n'est donc pas un luxe
La poésie n'est donc pas un luxe ou un amusement, mais une nécessité, au même titre que l'amour. Tous les besoins, même les plus urgents, sont subordonnés à ces deux qui sont en fin de compte les deux aspects d’une même énergie primordiale qui donne à la vie son véritable sens. Se passer de poésie équivaudrait à renoncer à la vie.
Aldo Pellegrini
Sonate pour violon en mi mineur BWV 1023
A une mendiante rousse
Blanche fille aux cheveux roux,
Dont la robe par ses trous
Laisse voir la pauvreté
Et la beauté,
Pour moi, poète chétif,
Ton jeune corps maladif,
Plein de taches de rousseur,
A sa douceur.
Tu portes plus galamment
Qu'une reine de roman
Ses cothurnes de velours
Tes sabots lourds.
Au lieu d'un haillon trop court,
Qu'un superbe habit de cour
Traîne à plis bruyants et longs
Sur tes talons ;
En place de bas troués,
Que pour les yeux des roués
Sur ta jambe un poignard d'or
Reluise encor ;
Que des noeuds mal attachés
Dévoilent pour nos péchés
Tes deux beaux seins, radieux
Comme des yeux ;
Que pour te déshabiller
Tes bras se fassent prier
Et chassent à coups mutins
Les doigts lutins,
Perles de la plus belle eau,
Sonnets de maître Belleau
Par tes galants mis aux fers
Sans cesse offerts,
Valetaille de rimeurs
Te dédiant leurs primeurs
Et contemplant ton soulier
Sous l'escalier,
Maint page épris du hasard,
Maint seigneur et maint Ronsard
Épieraient pour le déduit
Ton frais réduit !
Tu compterais dans tes lits
Plus de baisers que de lis
Et rangerais sous tes lois
Plus d'un Valois !
- Cependant tu vas gueusant
Quelque vieux débris gisant
Au seuil de quelque Véfour
De carrefour ;
Tu vas lorgnant en dessous
Des bijoux de vingt-neuf sous
Dont je ne puis, oh ! pardon !
Te faire don.
Va donc ! sans autre ornement,
Parfum, perles, diamant,
Que ta maigre nudité,
Ô ma beauté !
Charles Baudelaire
Elle pose ses mains
Elle pose ses mains de chaque côté de mon visage et la pièce s'effondre. Je ne me suis jamais autant perdu dans un baiser auparavant.
Et puis, l’espace entre nous explose. Mon cœur manque constamment de battements et mes mains ne peuvent pas la rapprocher suffisamment de moi. Je la goûte et réalise que je suis affamé.
J'ai déjà aimé, mais ce n'était pas comme ça.
J'ai déjà embrassé auparavant, mais cela ne m'a pas brûlé vif.
Peut-être que ça dure une minute, et peut-être une heure. Tout ce que je sais, c'est ce baiser, et combien sa peau est douce lorsqu'elle effleure la mienne, et que même si je ne le savais pas jusqu'à présent, j'attends cette personne depuis toujours.
Jodi Lynn Picoult
Soleil dérisoire
Soleil jaune au poing
Elle s'appelle Liberté
On l'a placée sur la plus haute montagne
Qui regarde la ville
Et les pigeons gris l'ont souillée
Jour après jour
Changée en pierre
Les plis de son manteau sont immobiles
Et ses yeux sont aveugles
Sur sa tête superbe une couronne d'épines et de fiente
Elle règne sur un peuple de tournesols amers
Agités par le vent des terrains vagues
Tandis qu'au loin la ville fumante
Se retourne sur son aire
Et rajuste les chaînes aux chevilles des esclaves.
Anne Hébert
Une ouvrière agricole tirant du lin dans une ferme de Yeovil, Somerset, Angleterre
Choses dont je me souviens
Dernier rêve de voyage
Je me réveille au chant des oiseaux
La pluie d’hier a fait place au soleil
Au sommet de la montagne
Le pin se hâte
De se refléter
Dans la lumière naissante.
Natsumé Sôseki
La poésie c’est le luxe
La poésie c’est le luxe de l’inaccoutumance, seule l’inertie est menaçante.
Saint-John Perse
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