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Coups de cœur
Parfois avec le cœur
Parfois avec le cœur
Peu souvent avec l'âme
Plus rarement avec force
Peu - aiment vraiment.-
Emily Dickinson
Vivre en poésie,
Vivre en poésie, ce n'est pas renoncer.
C'est se garder à la lisière de l'apparent et du réel.
Andrée Chedid
Je boirai tes rivières
Et je boirai tes rivières
Les lunes qui perlent aux agates de tes yeux
Quand tu baisses les rideaux de tes cils
Sur tes bleus océans,
Je boirai tes rivières
Déversées sur les grèves de tes sables clairs
Je remonterai le cours de tes aiguières
Pour puiser à la source de tes aquarelles,
A l’épanchement de tes fenêtres
Là tout au bord, je resterai
Pour abriter les orages
Et les petits moutons blancs
De tes flots firmaments,
En ton âme diluvienne
J’irai prier les sirènes
Et pleurer les fontaines
De tes îles noyées.
Laetitia Extremet
Our New Home
Les uns échangent des caresses de regards
Les uns échangent des caresses de regards,
Les autres boivent jusqu'aux premières lueurs,
Mais moi, toute la nuit, je négocie
Avec ma conscience indomptable.
Je dis : « Je porte ton fardeau,
Et il est lourd, tu sais depuis combien d'années. »
Mais pour elle le temps n'existe pas,
Et pour elle il n'est pas d'espace dans le monde.
Voici revenu le sombre soir du carnaval,
Le parc maléfique, la course lente du cheval,
Le vent chargé de bonheur et de gaieté,
Qui s'abat sur moi des pentes de ciel.
Au-dessus de moi, un témoin tranquille
Montre sa double corne... Oh, m'en aller,
Par la vieille allée du Pavillon chinois,
Là, où l'on voit des cygnes et de l'eau morte.
Novembre 1935
Anna Akhmatova
traduit du russe par Jean-Louis Backès
Enfin ! J’ai besoin
Enfin ! J’ai besoin, j’ai soif de vous voir. Je crois que je donnerais le reste de ma vie pour vous parler un quart d’heure des choses les plus indifférentes.
Adieu, je vous quitte pour être plus avec vous, pour oser vous parler avec tout l’abandon, avec toute l’énergie de la passion qui me dévore.
Lettre de Stendhal à Métilde Dembovski, Varèse, le 16 novembre 1818
Printemps.
J'aime comme une fleur,
j'aime comme un oiseau.
J'aime si doucement que
l'amour s'en étonne;
Et les jeunes printemps
viennent dans mon automne
Refléter leur beauté comme
le ciel dans l'eau.
Iwan Gilkin
Nicole Dumont
Connais-moi..
Connais-moi si tu peux, ô passant, connais-moi !
Je suis ce que tu crois et suis tout le contraire :
La poussière sans nom que ton pied foule à terre
Et l'étoile sans nom qui peut guider ta foi.
Je suis et ne suis pas telle qu'en apparence :
Calme comme un grand lac où reposent les cieux,
Si calme qu'en plongeant tout au fond de mes yeux,
Tu te verras en leur fidèle transparence...
Si calme, ô voyageur... Et si folle pourtant !
Flamme errante, fétu, petite feuille morte
Qui court, danse, tournoie et que la vie emporte
Je ne sais où mêlée aux vains chemins du vent.
Sauvage, repliée en ma blancheur craintive
Comme un cygne qui sort d'une île sur les eaux,
Un jour, et lentement à travers les roseaux
S'éloigne sans jamais approcher de la rive...
Si doucement hardie, ô voyageur, pourtant !
Un confiant moineau qui vient se laisser prendre
Et dont tu sens, les doigts serrés pour mieux l'entendre,
Tout entier dans ta main le cœur chaud et battant. -
Forte comme en plein jour une armée en bataille
Qui lutte, saigne, râle et demeure debout;
Qui triomphe de tout, risque tout, souffre tout,
Silencieuse et haute ainsi qu'une muraille...
Faible comme un enfant parti pour l'inconnu
Qui s'avance à tâtons de blessure en blessure
Et qui parfois a tant besoin qu'on le rassure
Et qu'on lui donne un peu la main, le soir venu...
Ardente comme un vol d'alouette qui vibre
Dans le creux de la terre et qui monte au réveil,
Qui monte, monte, éperdument, jusqu'au soleil,
Bondissant, enflammé, téméraire, fou, libre!...
Et plus frileuse, plus, qu'un orphelin l'hiver
Qui tout autour des foyers clos s'attarde, rôde
Et désespérément cherche une place chaude
Pour s'y blottir longtemps sans bouger, sans voir clair...
Chèvre, tête indomptée, ô passant, si rétive
Que nul n'osera mettre un collier à son cou,
Que nul ne fermera sur elle son verrou,
Que nul hormis la mort ne la fera captive...
Et qui se donnera tout entière pour rien,
Pour l'amour de servir l'amour qui la dédaigne,
D'avoir un pauvre cœur qui mendie et qui craigne
Et de suivre partout son maître comme un chien...
Connais-moi! Connais-moi! Ce que j'ai dit, le suis-je ?
Ce que j'ai dit est faux - Et pourtant c'était vrai !
L'air que j'ai dans le cœur est-il triste ou bien gai ?
Connais-moi si tu peux. Le pourras-tu ?... Le puis-je ?...
Quand ma mère vanterait
À toi son voisin, son hôte,
Mes cent vertus à voix haute
Sans vergogne, sans arrêt;
Quand mon vieux curé qui baisse
Te raconterait tout bas
Ce que j'ai dit à confesse...
Tu ne me connaîtras pas.
Ô passant, quand tu verrais
Tous mes pleurs et tout mon rire,
Quand j'oserais tout te dire
Et quand tu m'écouterais,
Quand tu suivrais à mesure
Tous mes gestes, tous mes pas,
Par le trou de la serrure...
Tu ne me connaîtras pas !
Et quand passera mon âme
Devant ton âme un moment
Éclairée à la grand-flamme
Du suprême jugement,
Et quand Dieu comme un poème
La lira toute aux élus,
Tu ne sauras pas lors même
Ce qu'en ce monde je fus...
Marie Noël
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