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Le meilleur moment des amours

29 Mars 2024, 01:21am

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Publié par vertuchou

Le meilleur moment des amours
N’est pas quand on a dit : « Je t’aime. »
Il est dans le silence même
À demi rompu tous les jours ;

Il est dans les intelligences
Promptes et furtives des coeurs ;
Il est dans les feintes rigueurs
Et les secrètes indulgences ;

Il est dans le frisson du bras
Où se pose la main qui tremble,
Dans la page qu’on tourne ensemble
Et que pourtant on ne lit pas.

Heure unique où la bouche close
Par sa pudeur seule en dit tant ;
Où le cœur s’ouvre en éclatant
Tout bas, comme un bouton de rose ;

Où le parfum seul des cheveux
Parait une faveur conquise !
Heure de la tendresse exquise
Où les respects sont des aveux.

Sully Prudhomme

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Tu es là, mon amour

28 Mars 2024, 01:56am

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Publié par vertuchou

Tu es là, mon amour, et je n'ai lieu qu'en toi. J'élèverai vers toi la source de mon être, et t'ouvrirai ma nuit de femme, plus claire que ta nuit d'homme ; et la grandeur en moi d'aimer t'enseignera peut-être la grâce d'être aimé. Licence alors aux jeux du corps ! Offrande, offrande, et faveur d'être ! La nuit t'ouvre une femme : son corps, ses havres, son rivage ; et sa nuit antérieure où gît toute mémoire. L'amour en fasse son repaire !
 
Saint-John Perse, Amers.

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Toujours vers toi

27 Mars 2024, 01:26am

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Publié par vertuchou

Toujours vers toi
Sans te le dire
Jusqu'à ta bouche
aimée.
Mais l'instant qui coule
Me nomme
Quel que soient les traits
que j'emprunte.

René Char

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Love and Hate in a Different Time

26 Mars 2024, 00:36am

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Publié par vertuchou

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S’il avait su

25 Mars 2024, 01:18am

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Publié par vertuchou

S’il avait su quelle âme il a blessée,
Larmes du coeur, s’il avait pu vous voir,
Ah ! si ce coeur, trop plein de sa pensée,
De l’exprimer eût gardé le pouvoir,
Changer ainsi n’eût pas été possible ;
Fier de nourrir l’espoir qu’il a déçu :
A tant d’amour il eût été sensible,
S’il avait su.

S’il avait su tout ce qu’on peut attendre
D’une âme simple, ardente et sans détour,
Il eût voulu la mienne pour l’entendre,
Comme il l’inspire, il eût connu l’amour.
Mes yeux baissés recelaient cette flamme ;
Dans leur pudeur n’a-t-il rien aperçu ?
Un tel secret valait toute son âme,
S’il l’avait su.

Si j’avais su, moi-même, à quel empire
On s’abandonne en regardant ses yeux,
Sans le chercher comme l’air qu’on respire,
J’aurais porté mes jours sous d’autres cieux.
Il est trop tard pour renouer ma vie,
Ma vie était un doux espoir déçu.
Diras-tu pas, toi qui me l’as ravie,
Si j’avais su !

Marceline Desbordes-Valmore

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Dès que vous avez compris

24 Mars 2024, 01:46am

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Publié par vertuchou

Dès que vous avez compris       
Qu’il est partout difficile de vivre       
Alors naît la poésie.  

Natsume Sôseki

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Il était une feuille

23 Mars 2024, 01:25am

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Publié par vertuchou

Il était une feuille avec ses lignes
Ligne de vie
Ligne de chance
Ligne de cœur
Il était une branche au bout de la feuille
Ligne fourchue signe de vie
Signe de chance
Signe de cœur
Il était un arbre au bout de la branche
Un arbre digne de vie
Digne de chance
Digne de cœur
Cœur gravé, percé, transpercé,
Un arbre que nul jamais ne vit.
Il était des racines au bout de l'arbre
Racines vignes de vie.
Vignes de chance
Vignes de cœur
Au bout des racines il était la terre
La terre tout court
La terre toute ronde
La terre toute seule au travers du ciel
La terre.

Robert Desnos

 

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Nu à la chaise de jardin

22 Mars 2024, 01:10am

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Publié par vertuchou

Émile Savitry, Nu à la chaise de jardin, Paris,1950.

Émile Savitry, Nu à la chaise de jardin, Paris,1950.

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A la Femme aimée

21 Mars 2024, 01:16am

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Publié par vertuchou

Lorsque tu vins, à pas réfléchis, dans la brume,
Le ciel mêlait aux ors le cristal et l’airain.
Ton corps se devinait, ondoiement incertain,
Plus souple que la vague et plus frais que l’écume.
Le soir d’été semblait un rêve oriental
De rose et de santal.

Je tremblais. De longs lys religieux et blêmes
Se mouraient dans tes mains, comme des cierges froids.
Leurs parfums expirants s’échappaient de tes doigts
En le souffle pâmé des angoisses suprêmes.
De tes clairs vêtements s’exhalaient tour à tour
L’agonie et l’amour.

Je sentis frissonner sur mes lèvres muettes
La douceur et l’effroi de ton premier baiser.
Sous tes pas, j’entendis les lyres se briser
En criant vers le ciel l’ennui fier des poètes
Parmi des flots de sons languissamment décrus,
Blonde, tu m’apparus.

Et l’esprit assoiffé d’éternel, d’impossible,
D’infini, je voulus moduler largement
Un hymne de magie et d’émerveillement.
Mais la strophe monta bégayante et pénible,
Reflet naïf, écho puéril, vol heurté,
Vers ta Divinité.

Renée Vivien

 

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Qu’une main palpe

20 Mars 2024, 01:54am

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Publié par vertuchou

Qu’une main palpe ma tête à tâtons, et prenne du bout des doigts la forme de la coquille, la ligne du cou et les attaches, je n’ai pas la force de le prendre, je m’enfondre, je me phantome, et comme des doigts cherchent à tâtons l’ourlet de mes oreilles et mon bonnet de cheveux, dans l’horreur de mon saisissement, trop jouir me nuit, l’intelligence est perdue, dans mon gosier la parole est tarie, une glace me prend, jusqu’aux pointes me saisit toute raide, mes spondyles sont deslochées, je ne m’ouïs même pas respirer, je suis faillie.

Hélène Cixous, La.

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