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Souvenir

5 Avril 2026, 00:37am

Publié par vertuchou

J’espérais bien pleurer, mais je croyais souffrir
En osant te revoir, place à jamais sacrée,
O la plus chère tombe et la plus ignorée
Où dorme un souvenir !

Que redoutiez-vous donc de cette solitude,
Et pourquoi, mes amis, me preniez-vous la main,
Alors qu’une si douce et si vieille habitude
Me montrait ce chemin ?

Les voilà, ces coteaux, ces bruyères fleuries,
Et ces pas argentins sur le sable muet,
Ces sentiers amoureux, remplis de causeries,
Où son bras m’enlaçait.

Les voilà, ces sapins à la sombre verdure,
Cette gorge profonde aux nonchalants détours,
Ces sauvages amis, dont l’antique murmure
A bercé mes beaux jours.

Les voilà, ces buissons où toute ma jeunesse,
Comme un essaim d’oiseaux, chante au bruit de mes pas.
Lieux charmants, beau désert où passa ma maîtresse,
Ne m’attendiez-vous pas ?

Ah ! laissez-les couler, elles me sont bien chères,
Ces larmes que soulève un coeur encor blessé !
Ne les essuyez pas, laissez sur mes paupières
Ce voile du passé !

Je ne viens point jeter un regret inutile
Dans l’écho de ces bois témoins de mon bonheur.
Fière est cette forêt dans sa beauté tranquille,
Et fier aussi mon coeur.

Que celui-là se livre à des plaintes amères,
Qui s’agenouille et prie au tombeau d’un ami.
Tout respire en ces lieux ; les fleurs des cimetières
Ne poussent point ici.

Voyez ! la lune monte à travers ces ombrages.
Ton regard tremble encor, belle reine des nuits ;
Mais du sombre horizon déjà tu te dégages,
Et tu t’épanouis.

Ainsi de cette terre, humide encor de pluie,
Sortent, sous tes rayons, tous les parfums du jour :
Aussi calme, aussi pur, de mon âme attendrie
Sort mon ancien amour.

Que sont-ils devenus, les chagrins de ma vie ?
Tout ce qui m’a fait vieux est bien loin maintenant ;
Et rien qu’en regardant cette vallée amie
Je redeviens enfant.

O puissance du temps ! ô légères années !
Vous emportez nos pleurs, nos cris et nos regrets ;
Mais la pitié vous prend, et sur nos fleurs fanées
Vous ne marchez jamais.

Tout mon coeur te bénit, bonté consolatrice !
Je n’aurais jamais cru que l’on pût tant souffrir
D’une telle blessure, et que sa cicatrice
Fût si douce à sentir.

Loin de moi les vains mots, les frivoles pensées,
Des vulgaires douleurs linceul accoutumé,
Que viennent étaler sur leurs amours passées
Ceux qui n’ont point aimé !

Dante, pourquoi dis-tu qu’il n’est pire misère
Qu’un souvenir heureux dans les jours de douleur ?
Quel chagrin t’a dicté cette parole amère,
Cette offense au malheur ?

En est-il donc moins vrai que la lumière existe,
Et faut-il l’oublier du moment qu’il fait nuit ?
Est-ce bien toi, grande âme immortellement triste,
Est-ce toi qui l’as dit ?

Non, par ce pur flambeau dont la splendeur m’éclaire,
Ce blasphème vanté ne vient pas de ton coeur.
Un souvenir heureux est peut-être sur terre
Plus vrai que le bonheur.

Eh quoi ! l’infortuné qui trouve une étincelle
Dans la cendre brûlante où dorment ses ennuis,
Qui saisit cette flamme et qui fixe sur elle
Ses regards éblouis ;

Dans ce passé perdu quand son âme se noie,
Sur ce miroir brisé lorsqu’il rêve en pleurant,
Tu lui dis qu’il se trompe, et que sa faible joie
N’est qu’un affreux tourment !

Et c’est à ta Françoise, à ton ange de gloire,
Que tu pouvais donner ces mots à prononcer,
Elle qui s’interrompt, pour conter son histoire,
D’un éternel baiser !

Qu’est-ce donc, juste Dieu, que la pensée humaine,
Et qui pourra jamais aimer la vérité,
S’il n’est joie ou douleur si juste et si certaine
Dont quelqu’un n’ait douté ?

Comment vivez-vous donc, étranges créatures ?
Vous riez, vous chantez, vous marchez à grands pas ;
Le ciel et sa beauté, le monde et ses souillures
Ne vous dérangent pas ;

Mais, lorsque par hasard le destin vous ramène
Vers quelque monument d’un amour oublié,
Ce caillou vous arrête, et cela vous fait peine
Qu’il vous heurte le pied.

Et vous criez alors que la vie est un songe ;
Vous vous tordez les bras comme en vous réveillant,
Et vous trouvez fâcheux qu’un si joyeux mensonge
Ne dure qu’un instant.

Malheureux ! cet instant où votre âme engourdie
A secoué les fers qu’elle traîne ici-bas,
Ce fugitif instant fut toute votre vie ;
Ne le regrettez pas !

Regrettez la torpeur qui vous cloue à la terre,
Vos agitations dans la fange et le sang,
Vos nuits sans espérance et vos jours sans lumière :
C’est là qu’est le néant !

Mais que vous revient-il de vos froides doctrines ?
Que demandent au ciel ces regrets inconstants
Que vous allez semant sur vos propres ruines,
A chaque pas du Temps ?

Oui, sans doute, tout meurt ; ce monde est un grand rêve,
Et le peu de bonheur qui nous vient en chemin,
Nous n’avons pas plus tôt ce roseau dans la main,
Que le vent nous l’enlève.

Oui, les premiers baisers, oui, les premiers serments
Que deux êtres mortels échangèrent sur terre,
Ce fut au pied d’un arbre effeuillé par les vents,
Sur un roc en poussière.

Ils prirent à témoin de leur joie éphémère
Un ciel toujours voilé qui change à tout moment,
Et des astres sans nom que leur propre lumière
Dévore incessamment.

Tout mourait autour d’eux, l’oiseau dans le feuillage,
La fleur entre leurs mains, l’insecte sous leurs pieds,
La source desséchée où vacillait l’image
De leurs traits oubliés ;

Et sur tous ces débris joignant leurs mains d’argile,
Etourdis des éclairs d’un instant de plaisir,
Ils croyaient échapper à cet être immobile

Qui regarde mourir !
Insensés ! dit le sage. Heureux dit le poète.
Et quels tristes amours as-tu donc dans le coeur,
Si le bruit du torrent te trouble et t’inquiète,
Si le vent te fait peur?

J’ai vu sous le soleil tomber bien d’autres choses
Que les feuilles des bois et l’écume des eaux,
Bien d’autres s’en aller que le parfum des roses
Et le chant des oiseaux.

Mes yeux ont contemplé des objets plus funèbres
Que Juliette morte au fond de son tombeau,
Plus affreux que le toast à l’ange des ténèbres
Porté par Roméo.

J’ai vu ma seule amie, à jamais la plus chère,
Devenue elle-même un sépulcre blanchi,
Une tombe vivante où flottait la poussière
De notre mort chéri,

De notre pauvre amour, que, dans la nuit profonde,
Nous avions sur nos coeurs si doucement bercé !
C’était plus qu’une vie, hélas ! c’était un monde
Qui s’était effacé !

Oui, jeune et belle encor, plus belle, osait-on dire,
Je l’ai vue, et ses yeux brillaient comme autrefois.
Ses lèvres s’entr’ouvraient, et c’était un sourire,
Et c’était une voix ;

Mais non plus cette voix, non plus ce doux langage,
Ces regards adorés dans les miens confondus ;
Mon coeur, encor plein d’elle, errait sur son visage,
Et ne la trouvait plus.

Et pourtant j’aurais pu marcher alors vers elle,
Entourer de mes bras ce sein vide et glacé,
Et j’aurais pu crier :  » Qu’as-tu fait, infidèle,
Qu’as-tu fait du passé?  »

Mais non : il me semblait qu’une femme inconnue
Avait pris par hasard cette voix et ces yeux ;
Et je laissai passer cette froide statue
En regardant les cieux.

Eh bien ! ce fut sans doute une horrible misère
Que ce riant adieu d’un être inanimé.
Eh bien ! qu’importe encore ? O nature! ô ma mère !
En ai-je moins aimé?

La foudre maintenant peut tomber sur ma tête :
Jamais ce souvenir ne peut m’être arraché !
Comme le matelot brisé par la tempête,
Je m’y tiens attaché.

Je ne veux rien savoir, ni si les champs fleurissent;
Ni ce qu’il adviendra du simulacre humain,
Ni si ces vastes cieux éclaireront demain
Ce qu’ils ensevelissent.

Je me dis seulement :  » À cette heure, en ce lieu,
Un jour, je fus aimé, j’aimais, elle était belle.  »
J’enfouis ce trésor dans mon âme immortelle,
Et je l’emporte à Dieu !

Alfred de Musset

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Pour l'instant, j'attendais Lara

4 Avril 2026, 00:57am

Publié par vertuchou

Pour l'instant, j'attendais Lara et elle apparut, se détacha d'un des groupes, et se dirigea précipitamment vers moi, peut-être était-elle un peu gênée, elle devait sûrement se rendre compte de tout le mal que se donnaient les autres filles pour faire semblant de ne rien voir et de ne rien savoir, pour afficher une insouciance d'autant plus exagérée qu'elles se rapprochaient du portail. Lara avait l'air un peu embarrassé, mais il y avait autre chose dans son attitude, dans cette manière qu'elle avait de prendre congé du groupe des autres filles et d'accourir, toute seule, à ma rencontre: une curieuse retenue, une pudeur féminine. C'était je pense le prix de l'amour, ce fardeau, cette chose sérieuse, une sorte de résignation qui n'excluait pas le risque d'être blessé, outragé, de souffrir. Elle me devançait de loin à cet égard, elle s'était, elle, entièrement donnée tandis que moi, je me retenais comme s'il s'agissait de me garder pour quelque chose de plus grand, de plus beau, de me préserver pour plus tard. 

Paul Nizon, l'année de l'amour.

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Le Roi errant

3 Avril 2026, 00:08am

Publié par vertuchou

Aucun versant ne me retient.
Je n'appartiens à aucune rive.
Au long des cols ou au milieu du fleuve,
la brusque espérance tempère
en moi la longue amertume.

Que je rôde en barque le soir
autour des îlots boisés,
guidé par l'onde rampante des feux,
ou qu'à l'aube, vêtu de brume phosphorescente
je franchisse le damier scintillant des étangs,
j'éprouve la même infime sensation d'un vertige.

Touché par les larmes d'une joie infinie
que je sens infusée par tout l'espace vacant,
j'ai le sentiment alors de frôler la lisière
d'un monde au revers du monde, plus vaste
que celui-ci, plus allègre, et dont le rapide
reflet étincelle encore autour des choses muettes.

Jean-Pierre Chambon

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Fantaisie et fugue en sol mineur

2 Avril 2026, 00:43am

Publié par vertuchou

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Ode au vagin

1 Avril 2026, 00:36am

Publié par vertuchou

Quand une femme est en chemise
Les épaules de marbre blanc,
Le cul, forme encore indécise
Dans les plis du voile tremblant,
Le parfum épars dans la chambre,
L'orteil, le mollet qui se cambre,
Les nichons rosés d'un émoi,
Les bras, la taille forte ou frêle,
Tout t'annonce, tout te révèle,
Rien n'est attirant que pour toi.

Le voile glisse. Extase ! Aurore !
Exquis prélude des bons coups !
Les cuisses te cachent encore,
Mais voici ton poil souple et doux,
Ton poil, touffe d'or ou d'ébène
Que l'on croirait posée à peine
Au bas du ventre point plissé,
Et qui, lentement caressée,
Allonge sa pointe frisée
Comme un triangle renversé.

Mais les cuisses s'ouvrent. Victoire !
Voici le con dans sa beauté,
Sous sa frisure blonde ou noire
Adorablement abrité,
Humide comme une prunelle,
Frissonnant déjà comme une aile
Dans le fouillis des rameaux verts,
Détendu sur sa fente rose,
Et l'air tout de même un peu chose,
Avec son sourire en travers !

La main de l'amant t'entrebâille
Vivante rose de cypris,
Et de tout de suite elle travaille,
D'un doigt léger, le clitoris.
Fin chef-d’œuvre de la nature,
Vit d'oiseau, pine en miniature,
Bouton subitement durci,
Qui, dans l'écartement des lèvres,
Tout baigné d'amoureuses fièvres,
Dresse la tête et bande aussi.

Ô paradis ! Joie étoilée !
Explosion du désir fou !
La langue, la langue effilée,
Toute la langue dans le trou !
Pendant que, de ses mains savantes,
Il étreint les fesses mouvantes
Ou chatouille le bout des seins,
Et que, la chevelure éparse,
L'impétueuse et belle garce
Halète en mordant les coussins !

Et d'abord il faut que je dise,
En un rythme savant et clair
Comment ta forme se précise
Dans le poème de la chair.
Mais quel baiseur - fut-il un maître
Dans l'art de s'égayer l'urètre -
A t-il seulement soupçonné
Comment tu t'ouvres et te fermes,
Et de quels subtils épidermes
La nature t'a façonné ?

Tu reste pour lui le mystère,
Sous sa main comme sous ses yeux,
L'énigme auguste de la terre,
Le secret énorme des cieux,
Le gouffre petit, mais terrible,
Le fantastique trou du crible,
L'enfoncement sombre et béni,
La réalité dans le rêve,
L'inexplicable fente d'Eve
Sur la nuit et l'infini.

Quand on t'ouvre et qu'on te regarde
Dans ta sublime étrangeté,
La prunelle devient hagarde
Comme au bord d'un flot redouté.
Curiosités dangereuses !
Tu t'élargis et tu te creuses :
Les doigts effarés doutent d'eux.
La lèvre, délicate et rose,
S'amincit et se superpose :
On croirait que vous êtes deux !

Quelle floraison magnifique
Au divin jardin des amours !
Ainsi que le Protée antique,
Tu changes partout et toujours,
Tantôt plus fermée qu'une digue,
Tantôt béant comme une figue
Quand au soleil elle se fend,
Tantôt mi-clos à la décharge,
Tout petitet, juste assez large
Pour le frêle doigt d'un enfant.

Clovis Hugues

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Anna arriva

31 Mars 2026, 00:52am

Publié par vertuchou

Anna arriva. Elle s’assit au troisième rang et lorsqu’il l’aperçut, son cœur se serra et il comprit clairement qu’il n’y avait plus au monde d’être qui lui fût plus proche, plus cher, qui comptât plus qu’elle ; ce visage perdu dans une foule de province, cette petite femme que rien ne distinguait, avec son face-à-main vulgaire entre les doigts, remplissait maintenant toute son existence, était son malheur, sa joie, le seul bonheur qu’il souhaitât ; et tandis que jouaient le mauvais orchestre, les piètres violons du lieu, il pensait à sa beauté. Il pensait, il rêvait.

Anton Tchekov, De l'amour.

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Les droits de l'homme

30 Mars 2026, 00:03am

Publié par vertuchou

Le droit d’être vulnérable

Le droit d’être faible

Le droit d’avoir tort

Le droit d’être intuitif

Le droit de ne pas savoir

Le droit de ne pas être sûr de soi

Le droit d'être souple

Le droit de ne pas avoir honte de tout cela

Grayson Perry

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Marche pour les matelots

29 Mars 2026, 00:55am

Publié par vertuchou

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Sonnet à l'inconnue

28 Mars 2026, 00:44am

Publié par vertuchou

Charme de l'inconnue qu'on ne voit qu'une fois,
O reflet de notre âme et de notre génie,
Toi que je ne verrai plus jamais de ma vie
Et que j'ai rencontrée dans un jardin bourgeois!

Je vis passer l'éclair de mes propres effrois
Dans les yeux ombragés de fière nostalgie,
Je connus sur ton front la virile énergie
Qui cache la douleur des âmes aux abois.

Mais tu ne me vis point et tes regards stupides
S'attachaient sans la voir à la foule des yeux vides.
Tu n'étais pourtant pas seule car des parents

Près de toi déroulaient leur verbe dérisoire
Que tu n'entendais pas; dans mes songes ardents,
Inconnue! tu viendras flotter sur ma mémoire.

Gello

 

 

 

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Qu'est-ce vivre en poète?

27 Mars 2026, 00:19am

Publié par vertuchou

Qu'est-ce vivre en poète?
D'abord ne pas craindre,
oser se donner,
avoir l'audace de vivre avec une certaine démesure. 

Alejandro Jodorowsky, Le théâtre de la guérison.

 

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