La nostalgie
La nostalgie, c'est l'encre du poète.
Didier Pichon
Coups de cœur
La nostalgie, c'est l'encre du poète.
Didier Pichon
Toi et moi
Tu serais rêve
Je serais vent
Gu Cheng
[...]
Chante à présent la figue, Simiane,
Parce que ses amours sont cachées.
Je chante la figue, dit-elle.
Dont les belles amours sont cachées,
Sa floraison est repliée.
Chambre close où se célèbrent des noces ;
Aucun parfum ne les conte au-dehors.
Comme rien ne s'en évapore,
Tout le parfum devient succulence et saveur.
Fleur sans beauté ; fruit de délices ;
Fruit qui n'est que sa fleur mûrie.
J'ai chanté la figue, dit-elle,
Chante à présent toutes les fleurs.
André Gide
Elle baisse la tête et glisse une mèche derrière l’oreille. Réflexe auquel il s’attache. Petite bribe d’une personne qui fait qu’on commence à l’aimer sans rien de fondé. Il voudrait l’embrasser. Il voudrait la protéger du reste du monde. Il se recule au fond du canapé en finissant son verre.
Antoine Dole, Je reviens de mourir.
Ne bouge pas.
Si tu bouges tu le brises.
Comme une grande bulle de cristal
mince
ce soir, est le monde :
il gonfle il gonfle il monte.
Qui d'entre nous
croyait en épier le rythme et le souffle?
Mieux vaut ne pas bouger.
C'est un bleu d'eau profonde
qui nous enveloppe,
en lui
pullulent formes images arabesques.
Ici pas de lune pour nous :
c'est plus loin qu'elle doit s'arrêter :
les confins du visible en écument.
Fleurs d'ombre
jamais vues, imaginées,
Vergers emprisonnés
par deux murs,
parfums entre les doigts des potagers !
Nuit sombre,
crées-tu des fantômes
ou berces-tu
dans tes bras un monde ?
Ne bouge pas.
Comme une bulle immense,
tout gonfle, tout monte.
Et toute cette fausse réalité
explosera
peut-être.
Nous, nous resterons peut-être.
Nous peut-être.
Ne bouge pas.
Si tu bouges tu le brises.
Tu pleures ?
Eugenio Montale
D’où me vient la tendresse ?
J’ai caressé d’autres boucles
Et j’ai connu des lèvres
Plus sombres que les tiennes.
Les étoiles s’allumaient et mouraient
(D’où me vient la tendresse ?)
Et les yeux s’allumaient et mouraient
Plongés dans mon regard.
J’ai entendu d’autres chants
Dans la nuit sombre et noire
(D’où me vient la tendresse ?) -
La tête sur le cœur du chanteur.
D’où me vient la tendresse ?
Et que puis-je en faire, adolescent
Malicieux, chanteur vagabond,
Aux cils plus longs que longs ?
18 février 1916
Marina Tsvétaïeva
Le poème doit être comme l'étoile, qui est un monde et paraît un diamant.
Juan Ramon Jimenez
Dans mon enfance les arbres étaient verts
Et il y avait tant et tant à voir
Reviens vite ou ne reviens jamais.
Mon père faisait résonner les murs,
Il portait son col de travers.
Reviens vite ou ne reviens jamais.
Ma mère portait une robe jaune ;
Douce, douce, la douceur même.
Reviens vite ou ne reviens jamais.
À l’âge de cinq ans les rêves noirs sont venus ;
Rien après ne fut tout à fait pareil.
Reviens vite ou ne reviens jamais.
Le sombre parlait aux morts :
La lampe était sombre à côté de mon lit.
Reviens vite ou ne reviens jamais.
Quand je me réveillais ils ne faisaient pas attention à moi ;
Personne, personne n’était là.
Reviens vite ou ne reviens jamais.
Quand ma terreur silencieuse criait,
Personne, personne ne répondait.
Reviens vite ou ne reviens jamais.
Je me suis levé : le soleil glacial
M’a vu partir seul.
Reviens vite ou ne reviens jamais.
Louis MacNeice
septembre 1940