La poésie, dans une œuvre
La poésie, dans une œuvre, c'est ce qui fait apparaître l'invisible.
Nathalie Sarraute
Coups de cœur
La poésie, dans une œuvre, c'est ce qui fait apparaître l'invisible.
Nathalie Sarraute
Plus jamais de chambre pour nous,
Ni de baisers à perdre haleine
Et plus jamais de rendez-vous
Ni de saison, d’une heure à peine,
Où reposer à tes genoux.
Pourquoi le temps des souvenirs
Doit-il me causer tant de peine
Et pourquoi le temps du plaisir
M’apporte-t-il si lourdes chaînes
Que je ne puis les soutenir ?
Rivage, oh ! rivage où j’aimais
Aborder le bleu de ton ombre,
Rives de novembre ou de mai
Où l’amour faisait sa pénombre
Je ne vous verrai plus jamais.
Plus jamais. C’est dit. C’est fini
Plus de pas unis, plus de nombre,
Plus de toit secret, plus de nid,
Plus de lèvres où fleurit et sombre
L’instant que l’amour a béni.
Quelle est cette nuit dans le jour ?
Quel est dans le bruit ce silence ?
Mon jour est parti pour toujours,
Ma voix ne charme que l’absence,
Tu ne me diras pas bonjour.
Tu ne diras pas, me voyant,
Que j’illustre les différences,
Tu ne diras pas, le croyant,
Que je suis ta bonne croyance
Et que mon coeur est clairvoyant.
Mon temps ne fut qu’une saison.
Adieu saison vite passée.
Ma langueur et ma déraison
Entre mes mains sont bien placées
Comme l’amour en sa maison.
Adieu plaisirs de ces matins
Où l’heure aux heures enlacée
Veillait un feu jamais éteint.
Adieu. Je ne suis pas lassée
De ce que je n’ai pas atteint
Louise de Vilmorin
Le silence de la maison
dort encore
le ciel n’existe plus
il est dans les brins
d‘herbe, les feuillages
et sous les toits
Le brouillard
mord nos corps
nos âmes nos cœurs
Le visible et l’invisible
les désirs et l’impuissance
l’avant l’après
le maintenant
se confondent…
C’est un jour
au milieu de nulle part
Songe à la douceur
de l’habiter
pour quelques heures
en ta compagnie
Laetitia Cuvelier
Je suis riche et libre, et je revis en rêve, à plein poumons, chaque seconde de l’après-midi. Je n’ai plus aucune envie de sortir aujourd’hui. Je veux rêver de légers rêves et parer ma chambre de leur éclat comme des guirlandes, pour l’accueil. Je veux emporter dans ma nuit la bénédiction de tes mains sur mes mains et mes cheveux. Je ne veux parler à personne, pour ne pas gaspiller l’écho de tes paroles qui tremble tel un émail sur les miennes et les fait sonner plus tendres ; et, le soleil couché, je ne veux voir aucune lampe pour allumer au feu de tes yeux mille bûchers secrets…
Lettre de Gérard de Nerval à Jenny Colon
Viendras-tu avec moi ?
Je peux vous offrir un feu d’artifice
De mille soleils éclatés
Et le tremblement de douce angoisse
Je peux vous apprendre à voler.
Viendras-tu avec moi ma belle ?
Viendras-tu avec moi ?
Je peux vous emmener par les racines
Vous faire monter dans la sève des arbres
Je peux vous apprendre la caresse
Du sang qui coule sur le sabre.
Viendras-tu avec moi, ma belle ?
Viendras-tu avec moi ?
Je peux vous offrir un cimetière
Où les tombes s’ouvrent sur les corps
Vous faire découvrir des désirs obscurs
Je peux vous offrir la mort.
Viendras-tu avec moi, ma belle ?
Viendras-tu avec moi ?
Greame Allwright
Dans une humble chaumière
les feuilles de thé ratissées
après l’orage
Matsuo Basho
La poésie est l’art de faire entrer la mer dans un verre
Italo Calvino
À mon amour
J’avais voulu les montrer,
Les fleurs de prunier,
Mais elles ne se distinguent plus
Depuis que la neige est tombée.
Yamabe no Akahito