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Variation n°26

13 Février 2026, 00:37am

Publié par vertuchou

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Papillon bleu

12 Février 2026, 06:45am

Publié par vertuchou

Bleu reflet qui s'irise,
Un papillon nacré
Emporté par la brise
Luit, brille, disparait.

Tel, d'une aile légère,
Le bonheur est venu
Puis a, fleur éphémère,
Lui, brillé, disparu. 

Hermann Hesse

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Je frémissais

11 Février 2026, 00:40am

Publié par vertuchou

Je frémissais, je ne savais pas pourquoi.
Je n’avais pas froid.
Non, c’était la poésie.
Je venais de découvrir une façon d’être heureuse.

Sylvia Plath, Ariel

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Secret de ton regard

10 Février 2026, 12:37pm

Publié par vertuchou

Secret de ton regard, ô souple

Source, enveloppe de soie

De ton regard dans l'eau des rêves

Goutte, cristal et la buée

De ta pudeur à l'aiguille d'ombre

Fouillant l'envers de ton visage

Secret de clairière, opaline À luire à la lune et l'iris À pointes de feu, l'ouverture
Du néant où je viens nager

Quand je plonge au puits de ton œil
Au centre, regard en miroir
D'un songe à jamais sans sommeil
Dans la nuit originelle

Secret de ta gloire enfouie
Dans la terre légère des morts
Si je la rejoins sous ton règne
Bénéfique ô fée
Morgane
Et l'empire enfin des sorts
A refermé les ravines
La nuit dans ses plis de suie

Jacques Chessex

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Baño Azul

9 Février 2026, 00:52am

Publié par vertuchou

Karen Lamassonne, Baño Azul, 1979)

Karen Lamassonne, Baño Azul, 1979)

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Ah ! lune d’hiver

8 Février 2026, 00:02am

Publié par vertuchou

Ah ! lune d’hiver
Depuis ce temple sans porte
Que le ciel est haut

Yosa Buson 
 

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Tu es amoureux ?

7 Février 2026, 00:50am

Publié par vertuchou

Tu es amoureux ?

Non, elle me trouble, me séduit et m'inquiète, m'attire et m'effraye. Je me méfie d'elle comme d'un piège, et j'ai envie d'elle comme d'un sorbet quand on a soif. Je subis son charme. Je me sens en contact avec un être anormal, en dehors des règles naturelles, exquis ou détestable, je ne sais pas. 

Je te dis que tu es amoureux. 

C'est possible après tout. Elle me préoccupe beaucoup.. J'y songe trop, je pense à elle en m'endormant et aussi en me réveillant, c'est assez grave. Son image me suit me poursuit, m'accompagne sans cesse toujours devant. 

 Guy de Maupassant, Yvette.

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Italia mea

6 Février 2026, 00:33am

Publié par vertuchou

Toi dont nos peupliers rêvent dans leur exil
Plainte que j'ai portée en moi toute la vie
Imaginaire azur je te demande asile
Terre du long désir
Italie
Italie

...

J'irai je marcherai la nuit dans tes collines

Je m'assiérai dans l'ombre où les vents dormiront
L'aube m'y trouvera prêt à sa discipline
Et ta lumière peinte où me brûler le front

Je t'apporte mon cœur c'est un enfant prodigue
Pardonne-lui d'avoir si longuement tardé
Dans ces pays fanés que les hivers fatiguent
Et galvaudé ses chants pour des cieux galvaudés

L'insensé qui suivit là-bas des saltimbanques À la table des rois barbares qui s'assit
Ne lui demande pas
Mère ce qui lui manque
C'est bien pour l'oublier qu'il s'agenouille ici

Car tu sais ce que c'est
D'abord les gens s'amusent
D'un jeune homme inconnu dont les mots sont de feu

Et lui ne comprend pas qu'un baiser vous abuse
Que c'était pour un soir et qu'on change de jeu

On l'aura trimbalé disons quelques semaines
Avec les fournisseurs et les valets des chiens
Il aura pour cela gagé son âme humaine
Cette musique en lui dont il ne reste rien

II erre
On l'a pourtant gardé dans les bagages
On s'informe parfois encore s'il est là
Mais c'est comme un bleuet qu'on se mit au corsage À terre pour un geste au tournant qui roula

Il traînera des jours entiers par les tavernes
Il jouera les couleurs des appareils à sous
On le verra frayer les porteurs de lanternes
Les filles les voleurs et les maquereaux saouls

Va cours éloigne-toi des palais et des torches
Où ce monde paré parade insolemment
Crains si tu paraissais d'entendre dès le porche À son rire mêlé le rire d'un amant

À supposer pourtant que les laquais te laissent
Traverser les yeux fous les salles mon ami Écoute-les se taire et comprends ta faiblesse
Aux flambeaux ta pâleur et comment tu es mis

Où suis-je
Allons faisons trois pas sur la terrasse
Quels sont ces jardins d'ombre où rôdent les parfums
Et
Vérone ou
Vicence où je cherche la trace
Des amours éternels et d'un amour défunt

Il régnait un clair d'anémone
Qui donnait la pâleur du plomb
A ces vieux palais noirs et blonds
Dont les courbes de violon
Disaient qu'on était à
Crémone

La nuit semblait le bouclier
D'un ange mort à la renverse
Et la lune levait les herses
Pour chasser par les places perses
On ne sait trop quels sangliers

Qui fuyaient sous les colonnades

J'avais sur moi le jour de feu
Et je cherchais sous les toits bleus
Un tiède abri miraculeux

Dans la dentelle des arcades

Amati
Guarneri luthiers

O grand
Stradivarius tendre

Seul votre pas pouvait descendre

Le silence de palissandre
Dans la rue où vous habitiez

J'avais traversé les villages
Qui brûlent sous le soleil blanc
Depuis les faubourgs de
Milan
Gomme des bêtes dont les flancs
Halètent dans leur attelage

Où tout un peuple souffle et sue
Et murmure dans sa saumure
Par trente degrés
Réaumur
Derrière le pisé des murs
Qu'on renverse en soufflant dessus

Et puis le soir
Et la misère
Sur ces pavés s'évanouit
Au pavois d'un ciel inouï
Dont les pavots épanouis
De leur lait l'idéalisèrent

Il était tard
II faisait beau
J'allais j'allais à l'aventure
Par cette ombre sans créature
Au hasard des architectures
Dans le doux sommeil des tombeaux

Quand j'arrivai devant l'église À peine un oiseau s'envola
Comme une pierre et me sembla
Une âme hésitante qui là-Haut tournait aussitôt rassise

J'étais ivre de la beauté
Et lentement je fis le tour
De ce bâtiment vaste et sourd
Dans la ruelle basse pour
En fuir la façade sculptée

D'ici je ne voyais qu'un môle

Une jetée énorme un dos

De puissance un long mur vide aux

Proportions de rideau

Comme une nudité d'épaule

Longtemps je restai regarder

Cet espace sans meurtrières

Cette limite des prières

Quand près de moi des yeux brillèrent

Avec des menaces grondées

Le jour comme un hyposulfite
Lave la ville et le cliché À chaque bain d'aube ébauché Éclaircit autour des clochers
Une blancheur de néophyte

Du rideau qu'un bras nu drapa
Sort le premier chant de la ruche
Des cris d'enfant
Des heurts de cruches
Un jacassement de perruches
Un bruit de portes et de pas

Tous les escaliers tambourinent
Le linge à des ficelles pend
Une marmaille se répand
Par les pentes s'en vont rampant
Mariner des serpents d'urine

Une paresse d'apprenti
Traîne encore un brouillard de somme
Les songes lentement se gomment
Dans le cheminement des hommes
Où tintent les boîtes d'outils

Le matin poussant sa varlope
Fait choir la brume par copeaux
Chaussures
Vins
Viandes
Chapeaux
Négociants de cuirs et peaux
S'ouvre un moyen âge d'échoppes

Des tonneaux sortent d'un hangar
Les cercles peints de vermillon
Le conducteur du camion
Sa femme attend un mômillon
Un train s'essouffle dans la gare

L'été brûlant se lève tôt
Pour mettre l'ombre au blanchissage
Et dans les quartiers du passage
Il se fait un grand rebrassage
D'étrangers d'hôtels et d'autos

Louis Aragon

 

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New York

5 Février 2026, 00:43am

Publié par vertuchou

Ernst Haas, New York, 1962.

Ernst Haas, New York, 1962.

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Grisaille

4 Février 2026, 00:18am

Publié par vertuchou

En regardant au travers d’une opale à moitié grise

deux beaux yeux gris me sont revenus

Je les avais connus il y a sans doute vingt ans.

 

Pendant plus d’un mois nous nous sommes aimés

Puis il est parti. Pour Smyrne je crois.

Pour travailler là-bas et plus jamais nous nous revîmes.

 

S’il vit toujours, ils auront bien fané

ses beaux yeux gris

son beau visage

il se sera terni

 

Mémoire, ma mémoire, garde-les en toi

Comme ils furent autrefois

mémoire

redonne-moi tout ce que tu peux de mon amour ?

 

Tout ce que tu peux redonne-moi le ce soir encore

 

Constantin Kavafis

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