Et qu’est-ce qu’un beau poème
Et qu’est-ce qu’un beau poème sinon une folie retouchée ?
Gaston Bachelard , La poétique de la rêverie.
Coups de cœur
Et qu’est-ce qu’un beau poème sinon une folie retouchée ?
Gaston Bachelard , La poétique de la rêverie.
Le poids du monde
c’est l’amour.
Sous le fardeau
de la solitude,
sous le fardeau
de l’insatisfaction.
le poids,
le poids que nous portons
c’est l’amour.
Qui peut le nier ?
Dans les rêves
il touche
le corps,
dans la pensée
construit
un miracle,
dans l’imagination
nous tourmente
jusqu’à
ce
qu’il soit né
dans l’humain—
il regarde par le cœur
brûlant de pureté—
car le fardeau de la vie
c’est l’amour,
mais nous portons le poids
avec lassitude,
alors nous devons rester
dans les bras de l’amour,
rester enfin dans les bras
de l’amour.
Pas de repos
sans l’amour,
pas de sommeil
sans rêves
d’amour—
sois fou ou décontracté
obsédé d’anges
ou de machines,
le souhait final
est l’amour
—ne peut être amère,
ne peut nier,
ne peut se refréner
si dénié :
le fardeau est trop lourd
—doit donner
pour aucun retour
comme la pensée
est donnée
en solitude
dans toute sa splendeur
de son excès.
Les corps chauds
brillent ensemble
dans l’obscurité,
la main bouge
au centre
de la chair,
la peau tremble
en bonheur
et l’âme vient
à l’œil avec joie—
oui, oui,
c’est ce que
je voulais,
j’ai toujours voulu,
j’ai toujours voulu,
revenir
au corps
où je suis né.
Allen Ginsberg.
Traduction par Caspar Schjelbred
Les matins sont plus doux
et plus les noix deviennent foncées
et les baies ont un visage plus rond.
La rose n’est plus en ville.
Maple porte une écharpe plus gay.
La campagne une jupe écarlate,
Et moi aussi, pour ne pas être démodée,
je porterai un bijou
Emily Dickinson
La poésie guérit les blessures infligées par la raison.
Novalis
Je t'attends aux grilles des routes
Aux croisées du vent du sommeil
Je crie ton nom du fond des soutes
Des marécages sans oiseaux
Du fond de ce désert de fonte
Où je pose un à un mes pas
J'attends la source de tes bras
De tes cheveux de ton haleine
J'attends la source de tes bras
De tes cheveux de ton haleine
Tu es terrible tu m'enchaînes
Tu me dévastes tu me fais
Je t'attends comme la forêt
Inextricable enchevêtrée
Tissée de renards et de geais
Mais que le matin fait chanter.
Luc Bérimont
Laisse les nuages blancs passer au soleil.
Il n’y a ici que toi, la terre et le ciel.
Ne pense à presque rien. Douces comme du miel,
auprès des cressons bleus les brebis viendront boire.
La fille chantera dans la métairie noire,
et sur la terre tiède il tombera des poires.
La vieille tremblera sur le rouet tremblant,
le bélier bêlera dans le troupeau bêlant
— et la fille aimera l’amour de son amant.
Les ânes passeront en frissonnant de mouches.
La mère chantera sur l’enfant qu’elle couche,
et je t’embrasserai, la bouche sur la bouche.
Puis le ciel sera bleu, puis le ciel sera gris.
Les oiseaux chanteront et pousseront des cris
et auprès du vieux puits il poussera des buis.
Écoute, mon amie : il y a sous la grange
un nid d’hirondelles petites et criardes
et qui ont la douceur de la vie calme et sage.
Les grands chars sont passés. Sur leurs cornes luisantes
les bœufs avaient les longues fougères ombrageantes
des bois glacés d’Été qui ont des sources lentes.
On a coupé les blés qui dormaient au soleil ;
puis la pluie est venue, elle est venue du ciel :
elle a noyé le blé et a mangé le miel.
On a coupé mon cœur qui dormait au soleil…
Une fille est venue, elle est venue du Ciel :
elle a noyé mon cœur et a mangé le miel :
mais la douleur est douce et ton amour est doux.
Tu m’as donné ton cœur, ta tête et tes genoux :
nous ne faisons plus qu’un et ton cœur est à nous.
Francis Jammes
Lorsqu’il téléphonait pour qu’on se voie, son appel ne changeait rien, je restais dans la même tension douloureuse qu’avant. J’étais entrée dans un état où même la réalité de sa voix n’arrivait pas à me rendre heureuse. Tout était manque sans fin, sauf le moment où nous étions ensemble à faire l’amour. Et encore, j’avais la hantise du moment qui suivrait, où il serait reparti. Je vivais le plaisir comme une future douleur.
Annie Ernaux, Passion simple.
Je te regarde et le soleil grandit
Il va bientôt couvrir notre journée
Éveille-toi cœur et couleur en tête
Pour dissiper les malheurs de la nuit
Je te regarde tout est nu
Dehors les barques ont peu d'eau
Il faut tout dire en peu de mots
La mer est froide sans amour
C'est le commencement du monde
Les vagues vont bercer le ciel
Toi tu te berces dans tes draps
Tu tires le sommeil à toi
Éveille-toi que je suive tes traces
J'ai un corps pour t'attendre, pour te suivre
Des portes de l'aube aux portes de l'ombre
Un corps pour passer ma vie à t'aimer
Un cœur pour rêver hors de ton sommeil.
Paul Éluard