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La ceinture

16 Juin 2026, 00:56am

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Publié par vertuchou

Non pas sur la bouche
même si c'est louche
puisque ma langue
a le goût de ta vertu
de ton honneur perdu

non pas sur les lèvres
même si j'en rêve
même si je tremble
et bien que mon cœur soit nu
mon âme est revêtue

de pudeur et d'impudence
sans te faire offense
mieux n'vaut pas tenter sa chance

rien ne dure
au dessus de la ceinture

non pas sur la bouche
même sous la douche
même si c'est dur
je te mordrai c'est promis
tous les coups sont permis

non pas sur les lèvres
même pas en rêve
à  cent pour sûre
ou tu mangeras ton pain gris
mon cœur est endurci

ne tire pas sur l'ambulance
garde la potence
plus rien n'a plus d'importance

rien ne dure
au dessus de la ceinture

non pas sur la bouche
je sais je touche le fond du lac
le temps des cerises est mort
le diable est dans le corps

non pas sur les lèvres
non c'est pas mièvre
c'est pas le trac
mais je préfère me donner crue
sans revers ni refus

rendons nous à  l'évidence
tout est cuit d'avance
mieux n'vaut pas tenter sa chance

rien ne dure
au dessus de la ceinture

non pas sur la bouche
je sais c'est louche
puisque ma peau
a l'odeur de ton odeur
au dehors il fait chaud

non pas sur les lèvres
jamais de trêve
et pas d'assaut
le bonheur est dans la pente
entre le sol et le ventre

entre l'oubli et l'oubli
même l'oiseau du paradis
joue plutôt jeux interdits

rien ne dure
au dessus de la ceinture. 

Elodie Frégé

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Algo Nuevo

15 Juin 2026, 00:45am

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Publié par vertuchou

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En allant chercher des obus

14 Juin 2026, 00:05am

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Publié par vertuchou

Toi qui précèdes le long convoi qui marche au pas
Dans la nuit claire…
Les testicules pleins, le cerveau tout empli d’images neuves…
Le sergent des riz pain de sel qui jette l’épervier dans le canal bordé de
tilleuls…
L’âme exquise de la plus Jolie me parvient dans l’odeur soudaine des
lilas qui déjà tendent à défleurir dans les jardins abandonnés

Des Bobosses poudreux reviennent des tranchées blanches comme
les bras de l’Amour

Je rêve de t’avoir nuit et jour dans mes bras
Je respire ton âme à l’odeur des lilas

Ô Portes de ton corps
Elles sont neuf et je les ai toutes ouvertes
O Portes de ton corps
Elles sont neuf et pour moi se sont toutes refermées

À la première porte
La Raison Claire est morte
C`était, t’en souviens-tu le premier jour à Nice
Ton oeil de gauche ainsi qu`une couleuvre glisse
Jusqu’à mon coeur
Et que se rouvre encore la porte de ton regard de gauche

À la seconde porte
Toute ma force est morte
C`était t’en souviens-tu dans une auberge à Cagnes
Ton oeil de droite palpitait comme mon coeur
Tes paupières battent comme dans la brise battent les fleurs
Et que se rouvre encore la porte de ton regard de droite

À la troisième porte
Entends battre l’aorte
Et toutes mes artères gonflées par ton seul amour
Et que se rouvre encore la porte de ton oreille de gauche

À la quatrième porte
Tous les printemps m’escortent
Et l’oreille tendue entends du bois joli
Monter cette chanson de l`amour et des nids
Si triste pour les soldats qui sont en guerre
Et que se rouvre encore la porte de ton oreille de droite

À la cinquième porte
C`est ma vie que je t’apporte
C’était t’en souviens-tu dans le train qui revenait de Grasse
Et dans l`ombre, tout près, tout bas
Ta bouche me disait
Des mots de damnation si pervers et si tendres
Que je me demande, ô mon âme blessée
Comment alors j’ai pu sans mourir les entendre
Ô mots si doux, si forts que quand j’y pense il me semble que je les touche
Et que s’ouvre encore la porte de ta bouche

À la sixième porte
Ta gestation de putréfaction, ô Guerre, avorte
Voici tous les printemps avec leurs fleurs
Voici les cathédrales avec leur encens
Voici tes aisselles avec leur divine odeur
Et tes lettres parfumées que je sens
Pendant des heures
Et que se rouvre encore la porte de ta narine de gauche

À la septième porte
Ô parfums du passé que le courant d’air emporte
Les effluves salins donnaient à tes lèvres le goût de la mer
Odeur marine, odeur d’amour; sous nos fenêtres mourait la mer
Et l’odeur des orangers t’enveloppait d’amour
Tandis que dans mes bras tu te pelotonnais
Quiète et coite
Et que se rouvre encore la porte de ta narine de droite

À la huitième porte
Deux anges joufflus veillent sur les roses tremblantes qui supportent
Le ciel exquis de ta taille élastique
Et me voici armé d`un fouet fait de rayons de lune
Les amours couronnés de jacinthe arrivent en troupe
Et que se rouvre encore la porte de ta croupe

À la neuvième porte
Il faut que l`amour même en sorte
Vie de ma vie
Je me joins a toi pour l’éternité
Et par l’amour parfait et sans colère
Nous arriverons dans la passion pure ou perverse
Selon ce qu’on voudra
À tout savoir à tout voir, à tout entendre
Je me suis renoncé dans le secret profond de ton amour
Ô porte ombreuse, ô porte de corail vivant
Entre les deux colonnes de perfection
Et que se rouvre encore la porte que tes mains savent si bien ouvrir

Courmelois, le 13 mai 1915

Guillaume Apollinaire

 

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Quand elle apparaissait sur le seuil

13 Juin 2026, 00:26am

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Publié par vertuchou

Quand elle apparaissait sur le seuil, mon cœur bondissait. Je courais vers le hall, saisissais mes livres et la suivais. Je ne perdais jamais de vue la silhouette brune, et lorsqu’elle arrivait au point où nos chemins divergeaient, j’allongeais le pas, afin de la dépasser. Ceci se renouvelait tous les matins. Je ne lui avais jamais parlé, sauf un petit mot quelconque de temps à autre, et cependant à son nom, mon sang ne faisait qu’un tour.

Son image m’accompagnait partout, même aux endroits les moins romantiques.

James Joyce, Araby

 

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L'humilité

12 Juin 2026, 00:55am

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Publié par vertuchou

L'humilité ne consiste pas à se considérer comme inférieur,

mais à être affranchi de l'importance de soi.

Matthieu Ricard

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Nappe Rayée avec Deux Pommes

11 Juin 2026, 00:52am

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Publié par vertuchou

Leigh Palmer, Nappe Rayée avec Deux Pommes, 1983,

Leigh Palmer, Nappe Rayée avec Deux Pommes, 1983,

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Devine

10 Juin 2026, 00:42am

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Publié par vertuchou

Devine
Un grand champ de lin bleu parmi les raisins noirs
Lorsque vers moi le vent l’incline frémissant
Un grand champ de lin bleu qui fait au ciel miroir
Et c’est moi qui frémis jusqu’au fond de mon sang

Devine
Un grand champ de lin bleu dans le jour revenu
Longtemps y traîne encore une brume des songes
Et j’ai peur d’y lever des oiseaux inconnus
Dont au loin l’ombre ailée obscurément s’allonge

Devine 
Un grand champ de lin bleu de la couleur des larmes
Ouvert sur un pays que seul l’amour connaît
Où tout a des parfums le pouvoir et le charme
Comme si des baisers toujours s’y promenaient

Devine 
Un grand champ de lin bleu dont c’est l’étonnement 
Toujours à découvrir une eau pure et profonde
De son manteau couvrant miraculeusement
Est-ce un lac ou la mer les épaules du monde

Devine 
Un grand champ de lin bleu qui parle rit et pleure
Je m’y plonge et m’y perds dis-moi devines-tu
Quelle semaille y fit la joie et la douleur
Et pourquoi de l’aimer vous enivre et vous tue
Devine

Louis Aragon
 

 

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La vocation de la poésie

9 Juin 2026, 00:53am

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Publié par vertuchou

La vocation de la poésie n'est pas de nous éblouir par une idée surprenante, mais de faire qu'un instant de l'être devienne inoubliable et digne d'une insoutenable nostalgie. 

Milan Kundera

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A l'envers de ma porte

8 Juin 2026, 00:58am

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Publié par vertuchou

Ma peur bleue, ma groseille,
L’amour est une abeille
Qui me mange le cœur
Et bourdonne à ma bouche
Que tu nourris et touches
Des baisers du malheur.

Mon ange sans oreilles,
Ma peur bleue, ma groseille,
Ne viendras-tu jamais
À l’envers de ma porte ?
Es-tu de cette sorte
Ange sourd et muet ?

Tes mains sans teint, polies
Au jeu de tes folies,
Se mouillent à mes yeux
Et tu ris de ces fleuves
Où naviguent mes vœux
Parmi tes robes neuves.

Ne me donneras-tu
Que ton chapeau pointu
À porter ma sorcière,
Et nul autre baiser
Que ces nids de danger
Et ces ruches entières ?

Ne me permets-tu pas
De t’enlever tes bas
À l’envers de ma porte ?
Je veux voir tes pieds nus
Et les abeilles mortes
Du bonheur revenu.

Mon ange sans oreilles,
Ma peur bleue, ma groseille
Posée sur mes désirs,
Ma chambre est grande ouverte
Que coupe l’allée verte
Par où tu dois venir.

Ma peur bleue, ma groseille,
Viens à fleur de mes veilles
Et que tombe le jour
À l’envers de ma porte.
Et que le vent emporte
Le chemin du retour.

Louise de Vilmorin

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Qu'est-ce qui fait que l'on s'éprend

7 Juin 2026, 00:54am

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Publié par vertuchou

Qu'est-ce qui fait que l'on s'éprend, comme ça, au premier regard, sans jamais s'être vus avant ? Il y a des rencontres qui se font et d'autres, toutes les autres qui nous échappent, nous sommes tellement inattentifs... Parfois nous croisons quelqu'un, il suffit de quelques mots échangés, et nous savons que nous avons à vivre quelque chose d'essentiel ensemble. Mais il suffit d'un rien pour que ces choses là ne se passent pas et que chacun poursuive sa route de son côté. 

Claudie Gallay, Les déferlantes.

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