Il nous faudra des Poètes
Il nous faudra des Poètes. Des femmes et des hommes qui, comme les Sourciers,
dialoguent avec l’invisible, l’indicible et le portent au monde.
Benoît Coppée
Coups de cœur
Il nous faudra des Poètes. Des femmes et des hommes qui, comme les Sourciers,
dialoguent avec l’invisible, l’indicible et le portent au monde.
Benoît Coppée
Seul il monte à l'échafaud
les bras attachés
sept fusils contre son dos bien droit
Il pense à une femme qui le pleurera en silence
il rêve au soleil d'après lui
aux fleuves ; aux moineaux
Il voit un grand palmier que le vent pénètre et secoue
Il voit un nuage : après moi, il pleuvra peut-être
Il aperçoit un narcisse qui disparaît derrière la haie :
"Sera-t-il cueilli par un homme ?
Offert à une jeune fille heureuse ?
Abandonné sur le banc d'un jardin ?"
Il a tendu ses yeux vers l'aube
Il était seul
Il a monté les escaliers de bois
Une tourterelle s'est réveillée
Elle dormait sur l'échafaud
Elle s'est envolée au loin
Fadel al-Azzawi
Dans les yeux du chat
la couleur de la mer
un jour ensoleillé d’hiver
Yorie
La poésie se fait entendre quand les mots se taisent.
Raoul Vaneigem, Journal imaginaire.
Est ton pays
Celui qui t'ouvre les portes
Sans fouiner dans la besace
De tes songes
Est ton pays
Celui qui t'indique où
Mettre tes songes en lieu sûr
Nul ne naît en terre étrangère
L'espace appartient à l'homme
Dont le sort est d'errer
Ne me demande pas mon pays d'origine
Regarde dans mes yeux baissés
La fêlure des horizons
... Qui t'a parlé du mot exil
Je ne le prononce plus
Bâtis dans ton coeur
Des terres de réserve
Des îles vierges
Ne demande à l'espace qu'un peu d'immobilité
Le temps d'une halte
Il faut bêcher le territoire au jour le jour
Y planter un drapeau blanc
Et non des épouvantails
Qui apeurent les oiseaux
L'exil est aussi ce chemin
Qui délivre de la solitude
Tout homme seul
Porte la langueur du temps
Sur ses épaules
Il pleure le cloisonnement
De l'espace
Mais toi
Regarde plutôt la splendeur
Des songes égarés
Dans l'herbe de ton enfance...
Alain Mabanckou
L’eau claire
n’a ni envers
ni endroit
Keiko Chiyo-ni
Hélène sourit. Elle regardait la jeune fille, cette grande sauterelle qui ressemblait à un dessin, et la trouvait décidément très belle. Son élégance à peu de frais, son profil équin, ses cheveux superbes et l’écart de ses yeux, tout chez elle rendait une impression d’enviable singularité. Sans se l’avouer, Hélène était fière d’être dans les petits papiers de cette jeune fille qui semblait à la pointe de l’époque. L’ivresse aidant, elle la cherchait de l’épaule, et avait un peu envie de l’embrasser.
Nicolas Mathieu, Connemara.
Pourquoi cette feuille ?
A un détail près
le monde n'a pas changé
en si peu de temps
A un détail près
ce matin est une réplique
grisaille à l'appui
du précédent
A un détail près
le poids écrasant la poitrine
ne s'est pas allégé d'un iota
A un détail près
l'on se sent toujours vivant
un peu plus
un peu moins
Le même équilibre
fragile ou non
A un détail près
celui de cette petite question entêtante :
Pourquoi cette feuille
ni plus jaune ni plus verte que les autres
est-elle tombée de l'arbre ?
Abdellatif Laâbi