Soleil couchant
Soleil couchant –
Tout à coup la neige
tombe d’une branche
Atsuko Ishida
Coups de cœur
Soleil couchant –
Tout à coup la neige
tombe d’une branche
Atsuko Ishida
Mon credo est l’amour et vous êtes mon seul dogme. Vous m’avez ravi à moi-même par une force à laquelle je ne résiste pas. Pourtant, avant de vous rencontrer, je savais résister. Et même après vous avoir vue, je me suis souvent efforcé de raisonner contre les raisons de mon amour. Je ne peux plus le faire. L’effort serait trop grand. Mon amour est égoïste. Je ne puis respirer sans vous.
A vous pour toujours,
John Keats
Si tu prenais le temps camarade de rencontre de me regarder dans la peau
Au cœur de ma solitude
Là où s'inscrivent les mémoires de l'amour, de la guerre et du froid
Sur mon enveloppe d'homme fragile comme de la soie
Tu verrais alors les mêmes angoisses que toi, les mêmes délires que toi
Avec des arcs-en-ciel et des p'tites amours en poubelles
Tu verrais des ailes de géant brûlées par l'air du temps
Regarde-moi
Tu verrais le mal et l'égoïsme quand tu aimes une femme
Et que tu veux la garder pour toi, pour ton sexe et ton cerveau
Et puis la guerre que je fais à ma jalousie
Ce cancer de l'amour qui te bouffe la tendresse
Toute la tendresse
Regarde-moi dans la peau et fais pas gaffe si je tremble
C'est pas l'alcool
Ni l'herbe de Colombie
C'est juste la peur
La peur de tous ces mecs qui t'écoutent
Qui te fichent
Qui te traquent
Et t'oses plus dire je t'aime à une fille que t'as rencontrée
Un soir à Saint-Germain
Quand tu sais qu'elle aussi
Elle a peut-être des micros au bout des seins
Regarde-moi
Regarde, regarde camarade de rencontre
Tu vois, c'est ma façon à moi de te dire que je t'aime
Et qu'il faut qu'on se dise des mots
Des regards et des caresses
Pour ne pas repartir chacun dans son métro
Avec des torrents de paroles qui te restent au travers du cœur
Et de la gorge
Regarde
Je suis transparent
Je peux tout voir
Tout savoir
Je me fous des secrets
Regarde-moi
Yves Simon
Cette lettre, ami, ne la froisse pas;
Tâche de la lire, amour, jusqu’au bout.
J’en ai assez d’être une inconnue,
D’être sur ta route une étrangère.
Non, pas ces yeux-là, pas cette colère !
Je suis à toi, je suis celle que tu aimes.
Je ne suis ni bergère, ni reine,
Ni non plus, à coup sûr, religieuse…
Dans cette robe grise de tous les jours,
Sur ces talons usés…
Comme avant, mon étreinte brûle,
Et mes grands yeux disent la peur.
Cette lettre, ami, ne la froisse pas,
Le mensonge est de toujours; ne pleure pas.
Mets-la dans ta pauvre musette,
Mets-la, s’il te plaît, tout au fond.
Anna Akhmatova
La poésie c'est un état. Une sorte de vagabondage. J'avais trois ans, quand un soir, je suis sortie seule. Pour essayer de ramener le clair de lune dans le seau à champagne de mes parents. La poésie, c'est ça.
Claude de Burine
Ouvre les portes de la nuit
Tu trouveras mon coeur pendu
Dans l'armoire odorant de l'amour
Pendu parmi les robes roses de l'aurore
Mangé par les mites, la saleté et les ans
Perdu sans vêtements, écorché par l'espoir
Mon coeur aux rêves galants
Vit encore.
Joyce Mansour
Il faut, dans ce bas monde, aimer beaucoup de choses,
Pour savoir, après tout, ce qu’on aime le mieux,
Les bonbons, l’Océan, le jeu, l’azur des cieux,
Les femmes, les chevaux, les lauriers et les roses.
Il faut fouler aux pieds des fleurs à peine écloses ;
Il faut beaucoup pleurer, dire beaucoup d’adieux.
Puis le cœur s’aperçoit qu’il est devenu vieux,
Et l’effet qui s’en va nous découvre les causes.
De ces biens passagers que l’on goûte à demi,
Le meilleur qui nous reste est un ancien ami.
On se brouille, on se fuit. Qu’un hasard nous rassemble,
On s’approche, on sourit, la main touche la main,
Et nous nous souvenons que nous marchions ensemble,
Que l’âme est immortelle, et qu’hier c’est demain.
Alfred de Musset
Tu vois bien que tout est à sa place : le corps et l’âme. Tu vois bien que l’amour entre dans nos corps, s’y fait chair, y devient plus lourd que nous-mêmes – le plus lourd et le plus tenace de nous-mêmes –, mais aussi qu’il s’échappe. Après l’amour nos corps sont là, mais nous les regardons. C’est même le seul moment qui nous soit donné pour les regarder. Et s’ils ont été de bons chemins, s’ils ont bien laissé passer l’amour, ils sont beaux, ils sont simples. Ils n’ont jamais été aussi simples.
Jacques Lusseyran, Conversation amoureuse.