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Coups de cœur
Ma douce amour
Ma douce amour, ma plaisance chérie,
Mon ami cher, tout ce que puis aimer,
Votre douceur m'a de tous maux guérie.
En vérité, je vous peux proclamer
Fontaine dont tout bien me vient,
Qui en paix comme en joie me soutient
Et dont plaisirs m'arrivent à largesse,
Car vous tout seul me tenez en liesse.
L'âcre douleur qui en moi s'est nourrie
Si longuement d'avoir autant aimé,
Votre bonté l'a pleinement tarie.
Or je ne dois me plaindre ni blâmer
Cette Fortune qui devient
Favorable, si telle se maintient ;
Mise m'avez sur sa voie et adresse,
Car vous tout seul me tenez en liesse.
Ainsi l'Amour, par toute seigneurie,
A tel honneur m'a voulu réclamer,
Car dire puis, sans nulle flatterie,
Qu'il n'est meilleur même en deçà des mers
Que vous, m'amour, ainsi le tient
Pour vrai mon cœur qui tout à vous se tient
Et vers rien d'autre son penser ne dresse,
Car vous tout seul me tenez en liesse. »
Christine de Pisan
Juan Olmedo regarda
Juan Olmedo regarda les yeux de cette femme, qui étaient parfois bruns, parfois verts, mais toujours de la couleur des tempêtes, et dans le regard qu’ils lui renvoyèrent, il lut qu’il n’y avait qu’une chose à faire, aller de l’avant, toujours de l’avant, suivre la seule voie possible, un rail, jusqu’à l’endroit où commencent à fleurir les coquelicots, imaginer un endroit où les trains n’arrivent pas, le trouver, et s’arrêter au bord de l’océan pour apprendre que si le vent souffle de la droite, c’est le ponant, s’il souffle de la gauche, c’est le levant, et s’il vient du large, c’est le vent du Sud, mais que tous effacent le chemin du retour. Il y avait beaucoup de vie dans ces yeux, une très longue histoire, et l’avenir.
Almudena Grandes, Vents contraires.
Les quatre temps cardinaux
La poule noire de la nuit
vient encore de pondre une aurore.
Salut le blanc, salut le jaune,
Salut, germe qu’on ne voit pas.
Seigneur midi, roi d’un instant,
au haut du jour frappe le gong.
Salut à l’œil, salut aux dents,
Salut au masque dévorant, toujours !
Sur les coussins de l’horizon,
le fruit rouge du souvenir.
Salut soleil qui sait mourir
Salut, brûleur de nos souillures.
Mais en silence je salue la grande Minuit,
Celle qui veille quand les trois s’agitent.
Fermant les yeux je la vois sans rien voir par-delà les ténèbres
Fermant l’oreille j’entends son pas qui ne s’éloigne pas.
René Daumal
Talestri, reine des Amazones : ouverture
Si tu le veux bien, divine Ignorante
Si tu le veux bien, divine Ignorante,
Je ferai celui qui ne sait plus rien
Que te caresser d’une main errante,
En le geste expert du pire vaurien,
Si tu le veux bien, divine Ignorante.
Soyons scandaleux sans plus nous gêner
Qu’un cerf et sa biche ès bois authentiques.
La honte, envoyons-la se promener.
Même exagérons et, sinon cyniques,
Soyons scandaleux sans plus nous gêner.
Surtout ne parlons pas littérature.
Au diable lecteurs, auteurs, éditeurs
Surtout ! Livrons-nous à notre nature
Dans l’oubli charmant de toutes pudeurs,
Et, ô ! ne parlons pas littérature.
Jouir et dormir ce sera, veux-tu ?
Notre fonction première et dernière,
Notre seule et notre double vertu,
Conscience unique, unique lumière,
Jouir et dormir, m’amante, veux-tu ?
Paul Verlaine
La nostalgie
La nostalgie, c'est l'encre du poète.
Didier Pichon
Toi et moi
Toi et moi
Tu serais rêve
Je serais vent
Gu Cheng
Sunrise
Ronde de la grenade -extrait
[...]
Chante à présent la figue, Simiane,
Parce que ses amours sont cachées.
Je chante la figue, dit-elle.
Dont les belles amours sont cachées,
Sa floraison est repliée.
Chambre close où se célèbrent des noces ;
Aucun parfum ne les conte au-dehors.
Comme rien ne s'en évapore,
Tout le parfum devient succulence et saveur.
Fleur sans beauté ; fruit de délices ;
Fruit qui n'est que sa fleur mûrie.
J'ai chanté la figue, dit-elle,
Chante à présent toutes les fleurs.
André Gide
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