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Amity

23 Décembre 2025, 00:31am

Publié par vertuchou

Bernard Fleetwood-Walker,  Amity, 1933, huile sur toile.

Bernard Fleetwood-Walker, Amity, 1933, huile sur toile.

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Un pont sur la Creuse

22 Décembre 2025, 00:22am

Publié par vertuchou

L’eau des millénaires creuse

L’épaisseur des granits noirs

Dont scintillent les cristaux

 

Tu respires l’air du gouffre

 

Le pont nous semble si haut

 que la rivière fait peur

Le ciel coule trop profond

 

Nous sommes des primitifs

Qui répondent à l’écho

Comme à l’inconnu qui passe

 

Nous sommes l’eau qui reflète

un frémissement de feuille

 

Juliette Darle

 

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Toujours la poésie

21 Décembre 2025, 01:15am

Publié par vertuchou

Toujours la poésie essaie d’habiller la femme, 
mais elle ne peut pas.  
Toujours elle essaie de cerner l’infini, mais elle ne peut pas,   et la femme est l’infini.

Adonis

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Perlimpinpin

20 Décembre 2025, 00:42am

Publié par vertuchou

Pour qui, comment quand et pourquoi ?
Contre qui, comment, contre quoi ?
C′en est assez de vos violences
Qui êtes-vous, où allez-vous ?
Qui priez-vous, que voulez-vous ?


Je vous prie de faire silence
Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
S'il faut absolument qu′on soit
Contre quelqu'un ou quelque chose
Je suis pour les soleils couchants
En haut des collines désertes
Je suis pour les forêts profondes
Car un enfant qui pleure, qu'il soit de n′importe où
Est un enfant qui pleure
Car un enfant qui meurt au bout de vos fusils
Est un enfant qui meurt


Que c'est abominable d'avoir à choisir
Entre deux innocences !
Que c'est abominable d'avoir pour ennemis
Les rires de l'enfance !
Pour qui, comment, quand et combien ?
Contre qui ? Comment et combien ?
À en perdre le goût de vivre,
Le goût de l'eau, le goût du pain
Et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles !
Mais pour rien, mais pour presque rien,
Pour être avec vous et c'est bien !
Et pour une rose entr'ouverte,
Et pour une respiration,
Et pour un souffle d'abandon,
Et pour ce jardin qui frissonne !
Rien avoir, mais passionnément,
Ne rien se dire éperdument,
Mais tout donner avec ivresse
Et riche de dépossession,
N'avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses,
Ne pas parler de poésie,
Ne pas parler de poésie
En écrasant les fleurs sauvages
Et faire jouer la transparence
Au fond d'une cour au murs gris
Où l'aube n'a jamais sa chance.
Contre qui, comment, contre quoi ?
Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
Pour retrouver le goût de vivre,
Le goût de l'eau, le goût du pain
Et celui du Perlimpinpin
Dans le square des Batignolles.
Contre personne et contre rien,
Contre personne et contre rien,
Mais pour toutes les fleurs ouvertes,
Mais pour une respiration,
Mais pour un souffle d'abandon
Et pour ce jardin qui frissonne !
Et vivre passionnément,
Et ne se battre seulement
Qu'avec les feux de la tendresse
Et, riche de dépossession,
N'avoir que sa vérité,
Posséder toutes les richesses,
Ne plus parler de poésie,
Ne plus parler de poésie
Mais laisser vivre les fleurs sauvages
Et faire jouer la transparence
Au fond d'une cour aux murs gris
Où l'aube aurait enfin sa chance,
Vivre,
Vivre
Avec tendresse,
Vivre
Et donner
Avec ivresse !


Barbara

 

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Te Deum

19 Décembre 2025, 00:59am

Publié par vertuchou

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Sous l'épais sycomore

18 Décembre 2025, 00:43am

Publié par vertuchou

Sous l'épais sycomore, ô vierge, où tu sommeilles,
Dans le jardin fleuri, tiède et silencieux,
Pour goûter la saveur de tes lèvres vermeilles
Un papillon d'azur vers toi descend des cieux.

C'est l'heure où le soleil blanchit les vastes cieux
Et fend l'écorce d'or des grenades vermeilles.
Le divin vagabond de l'air silencieux
Se pose sur ta bouche, ô vierge, et tu sommeilles !

Aussi doux que la soie où, rose, tu sommeilles,
Il t'effleure de son baiser silencieux.
Crains le bleu papillon, l'amant des fleurs vermeilles,
Qui boit toute leur âme et s'en retourne aux cieux.

Tu souris ! Un beau rêve est descendu des cieux,
Qui, dans le bercement de ses ailes vermeilles,
Éveillant le désir encor silencieux,
Te fait un paradis de l'ombre où tu sommeilles.

Le papillon Amour, tandis que tu sommeilles,
Tout brûlant de l'ardeur du jour silencieux,
Va t'éblouir, hélas ! de visions vermeilles
Qui s'évanouiront dans le désert des cieux.

Ëveille, éveille-toi ! L'ardent éclat des cieux
Flétrirait moins ta joue aux nuances vermeilles
Que le désir ton coeur chaste et silencieux
Sous l'épais sycomore, ô vierge, où tu sommeilles !

Charles-Marie Leconte de Lisle

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Elle arriva

17 Décembre 2025, 00:11am

Publié par vertuchou

Elle arriva ,tranchant la chair fraîche de ma petite vie d'adolescent, pour y apporter la séduction et la souffrance, l'insomnie, les ravages du coeur et les tenailles de l'amour. Elle n'était pas attendue ,mais secrètement désirée, et,dès l'instant où j'entrevis sa flamme, je fus pris ,happé, par ce feu . 

Philippe Labro, Quinze ans.

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Il y a une vie visible à tous

16 Décembre 2025, 00:41am

Publié par vertuchou

Il y a une vie visible à tous, et il y en a une autre qui n'appartient qu'à nous, dont personne ne sait rien. Chacun de nous a son no man's land dans lequel il est totalement maître de lui-même. Cela ne signifie nullement que, du point de vue de l'éthique, l'un soit moral et l'autre immoral ; l'un est licite l'autre illégal. L'homme échappe simplement de temps en temps à tout contrôle, vit dans la liberté et le mystère.

Nina Berberova

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La Boîte à surprises

15 Décembre 2025, 00:36am

Publié par vertuchou

Victor Brauner, La Boîte à surprises  1954. Huile, stylo et encre et encaustique sur papier.

Victor Brauner, La Boîte à surprises 1954. Huile, stylo et encre et encaustique sur papier.

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Les espaces du sommeil

14 Décembre 2025, 00:19am

Publié par vertuchou

    Dans la nuit il y a naturellement les sept merveilles
    du monde et la grandeur et le tragique et le charme.
    Les forêts s’y heurtent confusément avec des créatures de légende
    cachées dans les fourrés.
    Il y a toi.
    Dans la nuit il y a le pas du promeneur et celui de l’assassin
    et celui du sergent de ville et la lumière du réverbère
    et celle de la lanterne du chiffonnier.
    Il y a toi.
    Dans la nuit passent les trains et les bateaux et le mirage des pays
    où il fait jour. Les derniers souffles du crépuscule
    et les premiers frissons de l’aube.
    Il y a toi.
    Un air de piano, un éclat de voix.
    Une porte claque. Un horloge.
    Et pas seulement les êtres et les choses et les bruits matériels.
    Mais encore moi qui me poursuis ou sans cesse me dépasse.
    Il y a toi l’immolée, toi que j’attends.
    Parfois d’étranges figures naissent à l’instant du sommeil et disparaissent.
    Quand je ferme les yeux, des floraisons phosphorescentes apparaissent
    et se fanent et renaissent comme des feux d’artifice charnus.
    Des pays inconnus que je parcours en compagnie de créatures.
    Il y a toi sans doute, ô belle et discrète espionne.
    Et l’âme palpable de l’étendue.
    Et les parfums du ciel et des étoiles et le chant du coq d’il y a 2 000 ans
    et le cri du paon dans des parcs en flamme et des baisers.
    Des mains qui se serrent sinistrement dans une lumière blafarde
    et des essieux qui grincent sur des routes médusantes.
    Il y a toi sans doute que je ne connais pas, que je connais au contraire.
    Mais qui, présente dans mes rêves, t’obstines à s’y laisser deviner sans y paraître.
    Toi qui restes insaisissable dans la réalité et dans le rêve.
    Toi qui m’appartiens de par ma volonté de te posséder en illusion
    mais qui n’approches ton visage du mien que mes yeux clos
    aussi bien au rêve qu’à la réalité.
    Toi qu’en dépit d’un rhétorique facile où le flot meurt sur les plages,
    où la corneille vole dans des usines en ruines,
    où le bois pourrit en craquant sous un soleil de plomb,
    Toi qui es à la base de mes rêves et qui secoues mon esprit plein de métamorphoses
    et qui me laisses ton gant quand je baise ta main.
    Dans la nuit, il y a les étoiles et le mouvement ténébreux de la mer,
    des fleuves, des forêts, des villes, des herbes,
    des poumons de millions et millions d’êtres.
    Dans la nuit il y a les merveilles du mondes.
    Dans la nuit il n’y a pas d’anges gardiens mais il y a le sommeil.
    Dans la nuit il y a toi.
    Dans le jour aussi.

    Robert Desnos

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