Que ferais-tu
Que ferais-tu
si la pluie
tombait
à l’envers ?
Moi ?
Ouais.
Je m’habituerais
à vivre
sur un nuage.
J’imagine.
Richard Brautigan
Coups de cœur
Que ferais-tu
si la pluie
tombait
à l’envers ?
Moi ?
Ouais.
Je m’habituerais
à vivre
sur un nuage.
J’imagine.
Richard Brautigan
Un frôlement suffit pour abattre ma force,
Un frôlement de mon amante.
Quand sa bouche frémit sur ma bouche dormante,
Son baiser entre en moi comme une lame torse.
Mais, par certaines nuits, si nous couchons ensemble,
Je ne suis plus rien qu’une proie
Qui se débat contre elle et rit et pleure et tremble,
Et va mourir de joie, et va mourir de joie !...
Elle est belle... Je l’aime... Ah ! quelle chose au monde
Pourrait m’arracher d’elle
Qui tendit à jamais cette corde profonde
Dans mon âme d’orgueil si sombre et si charnelle ?...
Lucie Delarue-Mardrus
T'en souvient-il ce qui des mains aux lèvres, comme un matin tardif dans la chambre d'avril, faisait l'envie de nous plus forte que raison? T'en souvient-il, l'arbre du lit, témoin de frondaisons si hautes, et les veines du large qui nous gardaient du vent, et ce bitume gris de lanterne avortée, qui passait, repassait aux carreaux des fenêtres? Envieuse, la rue faisait claquer ses pas dans les bruits de la pluie. Nous marchions sur un fil du coté de l'urgence. Dans les draps mélangés, une respiration faisait chose commune. Le temps qui s'enfuyait comme du vin de grappe et ce goût sur la langue précipité d'ivresse, t'en souvient-il? Une absolue beauté regardait ses enfants incendier la neige.
Ile Eniger, Le bleu des ronces.
nous les peu
nous les rien
nous les chiens
nous les maigres
nous les Nègres
Nous à qui n’appartient
guère plus même
cette odeur blême
des tristes jours anciens
Nous les gueux
nous les peu
nous les rien
nous les chiens
nous les maigres
nous les Nègres
Qu’attendons-nous
les gueux
les peu
les rien
les chiens
les maigres
les nègres
pour jouer aux fous
pisser un coup
tout à l’envi
contre la vie
stupide et bête
qui nous est faite
à nous les gueux
à nous les peu
à nous les rien
à nous les chiens
à nous les maigres
à nous les nègres
Léon Gontran Damas
Je songe au jardin, et à toi,
À tes pas, à la longue allée
Où calme, et la voix envolée,
Tu t’expliquais. Je songe au toit
Qui t’a vu languir, ne rien faire,
Et puis lire et songer, et puis
Acquérir l’amoureux appui
De l’orgueil que je te confère
Par mon cœur, incessant brasier
Qui forge ta claire fortune...
– Sur le sol l’ombre des rosiers
Comme un geste extasié
De la terre à la douce lune...
Anna de Noailles
Contrairement à la croyance populaire, la poésie n'est pas un processus d'inspiration instantanée. Les bons poètes, une fois que l'éclair a jailli en eux, s'accroupissent pour attendre patiemment. Ils laissent tous les ingrédients aromatiser et mijoter, jusqu'à ce que la saveur et la texture soient parfaites, avant de les retirer de la plaque chauffante de leur imagination et de les servir sur le papier.
Tarun J. Tejpal, Loin de Chandigarh.
J’ai toujours ton cœur avec moi
Je le garde dans mon cœur
Sans lui, jamais je ne suis
Là où je vais, tu vas ma chère
Et tout ce que je fais par moi-même,
Est ton fait, ma chérie.
Je ne crains pas le destin
Car tu es à jamais le mien, ma douce.
Je ne veux pas d’autre monde
Car, ma magnifique,
Tu es mon monde, en vrai.
C’est le secret profond que nul ne connaît.
C’est la racine de la racine,
Le bourgeon du bourgeon
Et le ciel du ciel d’un arbre appelé Vie
Qui croît plus haut que l’âme ne saurait l’espérer
Ou l’esprit le cacher.
C’est la merveille qui maintient les étoiles éparses.
Je garde ton cœur, je l’ai dans mon cœur.
E.E. Cummings