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Ronde de la grenade -extrait

11 Janvier 2026, 00:49am

Publié par vertuchou

[...]

Chante à présent la figue, Simiane,
Parce que ses amours sont cachées.

Je chante la figue, dit-elle.
Dont les belles amours sont cachées,
Sa floraison est repliée.
Chambre close où se célèbrent des noces ;
Aucun parfum ne les conte au-dehors.
Comme rien ne s'en évapore,
Tout le parfum devient succulence et saveur.
Fleur sans beauté ; fruit de délices ;
Fruit qui n'est que sa fleur mûrie.

J'ai chanté la figue, dit-elle,
Chante à présent toutes les fleurs.

André Gide

 

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Elle baisse la tête

10 Janvier 2026, 00:08am

Publié par vertuchou

Elle baisse la tête et glisse une mèche derrière l’oreille. Réflexe auquel il s’attache. Petite bribe d’une personne qui fait qu’on commence à l’aimer sans rien de fondé. Il voudrait l’embrasser. Il voudrait la protéger du reste du monde. Il se recule au fond du canapé en finissant son verre.

Antoine Dole, Je reviens de mourir.

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Elegie

9 Janvier 2026, 00:55am

Publié par vertuchou

Ne bouge pas.
Si tu bouges tu le brises.
Comme une grande bulle de cristal
mince
ce soir, est le monde :
il gonfle il gonfle il monte.

Qui d'entre nous
croyait en épier le rythme et le souffle?

Mieux vaut ne pas bouger.
C'est un bleu d'eau profonde
qui nous enveloppe,
en lui
pullulent formes images arabesques.
Ici pas de lune pour nous :
c'est plus loin qu'elle doit s'arrêter :
les confins du visible en écument.

Fleurs d'ombre
jamais vues, imaginées,
Vergers emprisonnés
par deux murs,
parfums entre les doigts des potagers !
Nuit sombre,
crées-tu des fantômes
ou berces-tu
dans tes bras un monde ?

Ne bouge pas.
Comme une bulle immense,
tout gonfle, tout monte.
Et toute cette fausse réalité
explosera
peut-être.
Nous, nous resterons peut-être.
Nous peut-être.
Ne bouge pas.
Si tu bouges tu le brises.

Tu pleures ?

Eugenio Montale

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Up close and personal

8 Janvier 2026, 00:00am

Publié par vertuchou

Lydia Roberts,  Up close and personal, 2023

Lydia Roberts, Up close and personal, 2023

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D’où me vient la tendresse ?

7 Janvier 2026, 00:15am

Publié par vertuchou

D’où me vient la tendresse ?
J’ai caressé d’autres boucles
Et j’ai connu des lèvres
Plus sombres que les tiennes.

Les étoiles s’allumaient et mouraient
(D’où me vient la tendresse ?)
Et les yeux s’allumaient et mouraient
Plongés dans mon regard.

J’ai entendu d’autres chants
Dans la nuit sombre et noire
(D’où me vient la tendresse ?) -
La tête sur le cœur du chanteur.

D’où me vient la tendresse ?
Et que puis-je en faire, adolescent
Malicieux, chanteur vagabond,
Aux cils plus longs que longs ?

18 février 1916

Marina Tsvétaïeva

 

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Le poème doit être

6 Janvier 2026, 00:18am

Publié par vertuchou

Le poème doit être comme l'étoile, qui est un monde et paraît un diamant.

Juan Ramon Jimenez

 

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Autobiographie

5 Janvier 2026, 01:32am

Publié par vertuchou

Dans mon enfance les arbres étaient verts
Et il y avait tant et tant à voir
Reviens vite ou ne reviens jamais.
Mon père faisait résonner les murs,
Il portait son col de travers.
Reviens vite ou ne reviens jamais. 
Ma mère portait une robe jaune ;
Douce, douce, la douceur même.
Reviens vite ou ne reviens jamais.
À l’âge de cinq ans les rêves noirs sont venus ;
Rien après ne fut tout à fait pareil.
Reviens vite ou ne reviens jamais.
Le sombre parlait aux morts :
La lampe était sombre à côté de mon lit.
Reviens vite ou ne reviens jamais.
Quand je me réveillais ils ne faisaient pas attention à moi ;
Personne, personne n’était là.
Reviens vite ou ne reviens jamais.
Quand ma terreur silencieuse criait,
Personne, personne ne répondait.
Reviens vite ou ne reviens jamais.
Je me suis levé : le soleil glacial
M’a vu partir seul.
Reviens vite ou ne reviens jamais.

Louis MacNeice

septembre 1940

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Peter Gunn

4 Janvier 2026, 00:54am

Publié par vertuchou

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Sonnet VIII

3 Janvier 2026, 00:13am

Publié par vertuchou

Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
J’ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m’est et trop molle et trop dure.
J’ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout à un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j’endure ;
Mon bien s’en va, et à jamais il dure ;
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène ;
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur

Louise Labé

 

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Ils s’étreignirent sans rien ajouter

2 Janvier 2026, 00:05am

Publié par vertuchou

Ils s’étreignirent sans rien ajouter, et celui qui survécut se rappela toujours cette étreinte, la conserva parmi les instants les plus précieux de sa vie, l’évoqua avec la cupidité de l’avare qui compte son argent sans se lasser et le revécut souvent, dans les périodes les plus dures et dans les meilleures, entre l’éblouissement de l’amour et l’attente de la mort, entre la rapidité de l’infortune et la lenteur de la prospérité, entre l’odeur de peur que dégageaient les wagons des trains, celle des nuits à la belle étoile et l’oubli inconscient de l’odeur de la peur, et après, avec les émotions et les désirs, avec les dimanches et les jours ouvrables, avec la chaleur du corps de sa femme les nuits d’hiver où il fallait s’emmitoufler et les rires de leurs enfants qui grandissaient sans le fardeau épuisant de la mémoire, 

Almudena Grandes, Le coeur glacé.

 

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