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Coups de cœur
La chair de ma couleur
La chair de ma couleur
prend visage car le
visage a sa langue
partout où la matière
étale grandes ouvertes
ses jambes
Fabio Scotto
Être poète
Être poète n’est pas une ambition que j’ai, c’est ma manière à moi d’être seul.
Fernando Pessoa
Chanson à dormir
Si je te perds un jour,
pourras-tu dormir alors
sans que tel le feuillage d'un tilleul
je bruisse à peine, penché sur toi?
Sans que je veille et dépose
des mots, des paupières presque,
sur tes seins, sur tes membres,
et sur ta bouche.
Sans que je te close
et te laisse seule avec ce qui t'appartient,
comme un jardin où poussent à foison
la mélisse et l'anis étoilé.
Rainer Maria Rilke
Forêts paisibles
Toucher la Lumière
Par une nuit de pleine lune
essaye de fixer la galaxie
Tu verras qu’elle est cours d’eau
avec tes bras pour affluents
ta poitrine pour estuaire
Aujourd’hui le ciel a écrit son poème
à l’encre blanche
Il l’a appelé neige
Ton rêve rajeunit tandis que tu vieillis
Le rêve grandit en marchant
vers l’enfance
Le rêve est une jument
qui au loin nous emporte
sans jamais se déplacer
Le nuage est las de voyager
Il descend à la plus proche rivière
pour laver sa chemise
A peine a-t-il mis les pieds dans l’eau
que la chemise se dissout
et disparaît
Une rose sort de son lit
prend les mains du matin
pour se frotter les yeux
Le palmier parle avec son tronc
la rose avec son odeur
Le vent et l’espace vagabondent
main dans la main
Arc-en-ciel ?
Unité du ciel et de la terre
tressés en une seule corde
Il marche sur les versants de l’automne
appuyé au bras du printemps
Le ciel pleure lui aussi
mais il essuie ses larmes
avec le foulard de l’horizon
Quand vient la fatigue
le vent déroule le tapis de l’espace
afin de s’y allonger
Dans la forêt de mes jours
aucune place
sauf pour le vent
Pour toucher la lumière
tu dois t’appuyer sur ton ombre
Je sens parfois que le vent
est un enfant qui crie
porté sur mes épaules
Comment décrire à l’arbre
le goût de son fruit ?
A l’arc
le travail de la corde ?
Telle une main
la lumière se déplace
sur le corps des ténèbres
C’est l’épaule de l’espace
qui s’effondre là-bas
sous les nuages noirs
L’espace dans l’œil de la guillotine
est lui aussi tête à couper
Tu ne peux être lanterne
si tu ne portes la nuit
sur tes épaules
Je conclurai un pacte avec les nuages
pour libérer la pluie
Un autre avec le vent
pour qu’il nous libère
les nuages et moi
La parole est demeure dans l’exil
chemin dans la patrie
Qu’il est étrange ce pacte
entre les vagues et le rivage –
le rivage écrit le sable
les vagues effacent l’écriture
Mémoire – ton autre demeure
où tu ne peux pénétrer
qu’avec un corps devenu
souvenir.
Adonis
J'aurais aimé fondre en larmes
J'aurais aimé fondre en larmes, mais je ne pouvais pas pleurer. Dans ce monde, Il est une tristesse si profonde qu'elle ne peut pas même prendre la forme des larmes. C'est une de ces choses que tu ne peux expliquer, et même si tu le pouvais, personne ne comprendrait. Et cette tristesse, sans changer de forme, s'accumule silencieusement dans ton cœur comme la neige par une nuit sans vent.
Haruki Murakami, La fin des temps.
Comme Rimbaud
Je suis sale comme Rimbaud
Je suis lâche comme Villon
Débauchée comme Hugo
Syphilitique comme Baudelaire
Mais peut-être après tout
N'aimez-vous pas la poésie
Je suis faux-j'ton comm' Racine
Exhibitionniste comm' Rousseau
Esclavagiste comm' Voltaire
Je n'existe pas comm' Shakespeare
Mais peut-être après tout
N'aimez-vous pas la littérature
Je suis bête comm' Michel Ange
Alcoolique comme Utrillo
Léche-bottes comme Vélasquez
Epileptique comme Van Gogh
Mais peut-être après tout
N'aimez-vous pas la peinture
Je suis putain comme Lulli
Et sourde comme Beethoven
Plagiaire comme Sébastien Bach
Cupide comme Albinoni
Mais peut-être après tout
N'aimez-vous pas la musique
Je suis gloutonne comme Colette
Souillon comme Marie Curie
Collabo comme Anne de Bretagne
Je n'suis pas un homme comme Jeanne d'Arc
Mais peut-être après tout
N'aimez-vous pas les femme"
Brigitte Fontaine
Miroir
Devant le ciel de ma vie
Devant le ciel de ma vie je me tiens
ignorant, m’étonnant. La grandeur des étoiles.
Ce qui monte, descend. Dans quel silence.
Suis-je vraiment ? Ai-je une part ? Ou échappé-je
au pur influx ? Les marées dans mon sang
suivent-elles cet ordre ? Oh, j’ai désir
de rejeter tous les désirs, et toute attache,
d’habituer mon cœur au plus lointain. Mieux vaut
pour lui vivre en l’effroi de ses étoiles
que sous un faux abri, et par le proche rassuré.
Rainer Maria Rilke